Il nous a cl »Houellebecq »

Après avoir été évincé en 1998 pour les Particules Elémentaires , en 2001 pour Plateforme et quatre ans plus tard (à une voix près) pour La Possibilité d’une île, Houellebecq a enfin été couronné par le Prix Goncourt 2010 pour son dernier roman : La Carte et le Territoire. Il est vrai que celui qui se décrit comme un solitaire semblable à une « vieille tortue malade » se montre ici plus « soft » que dans ses précédents romans.
Il affiche un style épuré et aborde des thèmes moins polémiques que la débauche sexuelle à l’image de l’art, l’argent, l’amour, le terroir, les rapports père-fils, la mort etc. De plus, ce dernier roman tranche avec les précédents car il montre en toile de fond un auteur plus apaisé et qui semble, dans une certaine mesure, s’être réconcilié avec ses vieux démons. En effet, Houellebecq a vieilli : il s’est assagi et affronte avec davantage de sérénité la condition fragile de l’homme et son avenir dans les sociétés occidentales.

Emprunt à des critiques virulentes à son égard, Houellebecq a été pendant de nombreuses années dépeint comme quelqu’un de cynique et sinistre. Pourtant, ceux qui auront cerné la sensibilité de l’auteur apprécieront sans polémique son détachement naturel, caractéristique de sa personnalité. Car comme le dit si justement Frédéric Beigbeder,  « le plus houellebecquien des personnages c’est Houellebecq lui-même ».  C’est un homme profondément libre qui se fiche des conséquences et qui n’hésite pas à déclarer publiquement que « la religion la plus con, c’est quand même l’Islam »[1]. Provocateur scandaleux, Houellebecq n’en demeure pas moins un grand écrivain et le Goncourt le rappelle en consacrant une œuvre considérable qui gagne à être lue dans son ensemble pour être appréhendée à sa juste valeur. Les romans de Houellebecq sont  irrémédiablement à l’image de l’absurde décadence de la postmodernité.

La Carte et le Territoire se compose de trois parties qui relatent le destin de Jed Martin, un artiste plasticien qui semble réussir malgré lui.  Caractéristique des personnages houellebecquiens, Jed est un être profondément détaché mais pas complètement insensible. Le récit s’ouvre sur un événement de la vie quotidienne : un problème de plomberie survenue quelques jours avant Noël et qui semble avoir contrarié le protagoniste. On apprend ensuite que ce dernier a perdu sa mère (qui s’est suicidée à l’âge de 40 ans) et qu’il passe tous ses réveillons de fin d’année exclusivement avec son père, industriel accompli passionné par l’architecture mais désireux d’en finir avec la vie.  Au fil de l’histoire, Jed rencontre Olga lors du vernissage de son expo photos de cartes Michelin, « la Carte est plus intéressante que le Territoire ». Cette jolie russe travaille pour la communication du groupe Michelin et lui ouvre son carnet d’adresses le propulsant ainsi vers la voie du succès.  Malheureusement, cette dernière doit repartir en Russie. Il ne la retiendra pas. Jed renoue alors avec sa passion première, la peinture et enregistre un franc succès avec « Bill Gates et Steve Jobs s’entretenant de l’avenir de l’informatique »  (à défaut d’un « Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l’art » que le peintre avait préalablement détruit, faute de satisfaction).

Dès la deuxième partie, Houellebecq opère une étonnante mise en abyme en  se confrontant à son héros pour lequel il doit écrire la préface de son catalogue.  On découvre alors un Houellebecq qui ne manque pas de s’ironiser et s’amuse à se diaboliser. La troisième partie apparue plus faible aux yeux de certains, affiche un style résolument nouveau puisque Houellebecq s’essaie dans l’art du polar et il y arrive plutôt bien. On a alors l’impression que l’on passe d’un roman d’amour à un roman policier. C’est tellement intriguant que l’on est curieux de voir où l’auteur nous emmène. Les romantiques que nous sommes parfois auraient peut-être attendu un autre rebondissement dans la vie de Jed Martin mais il n’en est rien car La Carte et le Territoire c’est avant tout un autoportrait réaliste qui s’inscrit dans le cheminement intellectuel de Houellebecq.


[1] Lors d’une interview pour Lire à la sortie de Plateforme en 2001
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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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