Le Nu féminin à travers les Arts

Comme je l’ai évoqué précédemment (cf. article « Natalia Vodianova pour Shalimar »), je suis très sensible à la représentation du Nu féminin dans l’Art. J’ai à ce titre quelques œuvres fétiches pour lesquelles je voue une totale admiration et dont je souhaite ici vous faire partager mes impressions et mon ressenti.

Mes deux préférées sont incontestablement :

La Grande Odalisque de Ingres, Musée du Louvre, que j’apprécie tout particulièrement dans sa version épurée « in grisaille » et qui se trouve dans la collection permanente du Metropolitan Museum.

Baudelaire dont on oublie souvent le rôle éminent en tant que critique d’art au XIXème, qualifiait Ingres de « pédant dont (il aimait) peu les facultés malingres ». Il lui reprochait en effet de manquer d’originalité en s’inscrivant dans une tradition héritée du passé, dans la lignée de Raphael, Carrache ou Poussin.

Pourtant, Ingres fait preuve d’imagination en introduisant dans ses sujets des déformations anatomiques qui ne vont pas sans contrarier la nature mais qui révèlent la beauté des corps ! En effet, comment concevoir dans la réalité  ce sein naissant quasi sous l’aisselle ou ce dos affublé de trois vertèbres supplémentaires ? Quand on y regarde de plus près, le traitement du nu opéré par Ingres n’est donc pas si académique. Il s’en dégage d’ailleurs une grande sensualité, accentuée par un orientalisme onirique complètement fantasmé par l’artiste et qui n’est pas sans me déplaire !

–  Rolla de Gervex, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (1878)

Ce tableau impressionne tout d’abord par son imposante taille (175 cm de hauteur sur 220 cm de longueur) mais aussi par l’éclat de ses couleurs, véhiculé par le corps de cette jeune fille à la chair lisse, qui s’abandonne avec légèreté sur ce lit d’amour à la blancheur immaculée.

Pour illustrer cette toile, Gervex s’est inspiré d’un poème long et sublime, de Alfred de Musset qui met en scène Jacques Rolla, jeune esthète désabusé, victime du « mal du siècle » caractéristique du romantisme de la fin du XIXème. Ce dernier  a « consumé » sa vie trois ans durant, et décide de se donner la mort après cette dernière nuit d’amour passée avec Marion, adolescente qui se prostitue pour fuir la misère. Cette dernière tentera de le retenir mais en vain. Rolla ne trouve plus aucun sens dans la société qui l’entoure. C’est le désenchantement.

« Rolla considérait d’un oeil mélancolique
La belle Marion dormant dans son grand lit;
Je ne sais quoi d’horrible et presque diabolique
Le faisait jusqu’aux os frissonner malgré lui
Marion coûtait cher -Pour lui payer sa nuit,
Il avait dépensé sa dernière pistole.
Ses amis le savaient. Lui-même, en arrivant,
Il s’était pris la main et donné sa parole
Que personne, au grand jour, ne le verrait vivant.

[…]

Quand Rolla sur les toits vit le soleil paraître,
Il alla s’appuyer au bord de la fenêtre

[…]

Rolla se détourna pour regarder Marie.
Elle se trouvait lasse, et s’était rendormie. »

Alfred de Musset, in « Rolla III, V » (extraits)

Ce tableau a été refusé du Salon de 1878. Jugé indécent, il a en effet suscité la polémique en son temps en montrant au grand jour les plaisirs de l’amour vénal symbolisé par le soulier rouge et le corset dégrafé avec empressement. De plus, la position du haut-de- forme, qui supplante les vêtements de la jeune fille, n’est pas anodine puisque cela signifie qu’elle se serait dévêtue la première et c’est bien tout l’objet du scandale. Car en définitive, ce nu très « pompier » à la posture lascive ne diffère en rien des références canoniques de l’époque en matière d’art.

Pour compléter votre savoir, je vous conseille vivement ce fabuleux ouvrage, paru récemment aux Editions Beaux-Arts « Une histoire indiscrète du Nu féminin » de Thomas Schlesser : une mine d’or !


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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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