Madame Grès, quand couture rime avec sculpture

Grande inspiratrice de la mode contemporaine, Madame Grès (de son vraie nom Germaine Krebs) reste pourtant assez méconnue du grand public. Et c’est un tord ! Celle qui ne cessera de répéter toute sa vie qu’elle voulait être sculpteur et que travailler le tissu ou la pierre, c’était somme toute la même chose, ne pouvait trouver meilleur écrin qu’au Musée Antoine Bourdelle, élève de Rodin. Et pour cause : de la sculpture à la couture, il n’y aurait donc qu’un pas et Madale Grès en est la preuve vivante.

Cette idée originale s’inscrit dans la programmation hors les murs du musée Galliera (musée de la mode de la ville de Paris actuellement fermé pour travaux de rénovation) orchestrée par son directeur Olivier Saillard, grand historien de la mode dont j’ai déjà parlé lors de mon précédent article sur la mode contemporaine aux Arts Décoratifs.

Cette exposition entre scultpure et couture sera donc l’occasion pour les néophytes de découvrir un lieu charmant à deux pas de Montparnasse qui arbore un joli patio avec jardins et ateliers. J’ai d’ailleurs remarqué ce musée en flanant au hasard d’un chemin et j’ai été étonné par la quiétude et l’ambiance quasi-méditative presque rassurante, qui s’en dégageait. Quel fut donc mon enthousiasme en apprenant qu’il allait accueillir une exposition de mode !

Forte de quatre-vingts pièces provenant du musée Galliera et de collections privées (dont celle de Azzedine Alaïa, un de ses grandes admirateurs) d’une cinquantaine de photographie originales ainsi qu’une centaine de croquis, l’exposition permet de redécouvrir le travail de Madame Grès et d’en percevoir les évolutions même si le style se veut intemporel, principe cher à la créatrice qui refusa de se laisser influencer par les effets de mode. Les robes de la créatice sont habilement réparties dans les onze salles qui composent le musée Bourdelle. Un véritable parcours initiatique. On apprend ainsi qu’elle débuta comme modiste sans même savoir coudre mais qu’elle y remediera en deux mois. D’ailleurs, elle n’aura pas besoin de beaucoup « coudre » pour réaliser son célébre plissé fait de jersey de soie, un textile lourd et souple qui ne tardera pas à devenir sa marque de fabrique. Après avoir crée sous le nom d' »Alix » et forte de son succès avec les costumes de la « la Guerre de Troie n’aura pas lieu » en 1935, elle ouvre la maison Grès en 1942 (pseudonyme provenant de l’anagramme tronqué du prénom de son mari peintre, Serge). Ses robes avec ses drapés d’inspirations antiques, à l’allure volontairement asymétrique sont crées à même le corps pour donner aux femmes l’âme d’une déesse.

Les robes de Grès sont légères, presque minimalistes et n’admettent aucune contrainte : pas de corset ni de baleines à la poitrine. Le corps doit être libre. Les fronces exceptionnelles qu’elle parvient à composer avec le tissu, tel du papier crépon, impressionnent d’ailleurs par leurs régularités parfaites qui confèrent à ses créations une remarquable profondeur (en particulier à la poitrine) sans aucune pince !

Celle qui a été nommée Présidente de la « Chambre Syndicale de la Couture Parisienne », qui a reçu en 1976 le Dé d’Or de la Haute Couture (une première pour une femme) ainsi que la Légion d’Honneur pour sa contribution à la renommée mondiale de la France, mourra pourtant en 1993 dans le denuement plus totale suite à des difficultés financières qui ont entrainé la liquidation de sa maison en 1987. On espère donc que cette exposition opérera comme une sorte de réparation pour cette grande Dame de la Mode.

« Je souhaite que le monde entier découvre cette grande dame de la mode française. Ses robes sont si modernes qu’on ne peut les dater. Elles sont éternelles » confesse à ce titre, Azzedine  Alaia.

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Madame Grès. La couture à l’oeuvre.

Du 25 mars au 24 juillet 2011 au Musée Bourdelle.

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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