Gustave et Martial Caillebotte au Musée Jacquemart-André

Il n’y a rien de plus réjouissant que le Musée Jacquemart-André, bel hôtel particulier subtilement caché dans un océan d’immeubles haussmaniens.

L’exposition « Dans l’intimité des frères Caillebotte » réunit pour la première fois les travaux de Gustave le peintre et de Martial le photographe amateur : portraits croisés de deux fils de famille qui ont eu la chance d’orienter leur existence autour de leur passion personnelle.

Gustave (né en 1848) est l’aîné de Martial (né en 1853). Alors que ce dernier s’intéresse à la peinture, son cadet lui se consacre à la photographie après avoir suivi des études tournées vers la musique. Les bouleversements familiaux (décès successifs de leurs parents et de leur frère alors qu’ils sont encore adolescents) permettent de mieux comprendre leur grande proximité. De plus, les deux frères bénéficieront d’un important héritage qui les laisseront libre de toute contrainte matérielle. Gustave Caillebotte a d’ailleurs joué un rôle important en tant que mécène et s’est battu pour défendre les principes novateurs de l’impressionnisme.

L’exposition est divisée en plusieurs thèmes – Paris dans ses mutations architecturales, la vie familiale des Caillebotte, les plaisirs du jardin, la modernité, les loisirs au fil de l’eau – qui font tour à tour dialoguer plus de 35 toiles et près de 150 tirages.

Personnellement, j’ai été particulièrement touchée par le thème parisien (1ère salle) et celui de la modernité (avant-dernière salle) qui permettent d’apprécier l’original traitement de la perspective qu’opère Gustave Caillebotte dans ses tableaux. « Les Peintres en Bâtiment » ainsi que « Le Pont de l’Europe » sont d’ailleurs les toiles qui m’ont le plus marquée dans ces espaces. De plus, la confrontation avec les photographies de son frère est particulièrement intéressante et laisserait d’ailleurs croire que Gustave se serait inspiré de Martial. Mais il ne faut pas s’y méprendre puisque lorsque ce dernier commence la photographie en 1890, Gustave a déjà produit la quasi-totalité de son oeuvre (il mourra subitement en 1894).

Les deuxième et troisième parties de l’exposition s’orientent autour de la vie familiale et des plaisirs du jardin. Gustave apprécie les joies du jardinage en dehors de sa passion pour la peinture. Les portraits et autoportraits font partie des travaux du peintre auxquels j’ai été le moins sensible (je le trouve plus surprenant dans le traitement des paysages). J’ai d’ailleurs été très amusée devant le défaut d’échelle flagrant entre la jeune femme et son mari dans « Intérieur, femme lisant » (cf.diaporama) et je me suis rendu compte par la suite que je n’étais manifestement pas la seule : « On a beaucoup ri du petit mari de monsieur Caillebotte, peut-on lire. Est-ce à dire que monsieur Caillebotte ignore à ce point les lois de la perspective ? ». A l’inverse les photographies de Martial sur ce thème s’avèrent assez touchantes. On découvre en effet ses enfants en train de jouer dans le jardin fleuri de la maison familiale et leurs regards malicieux ne nous laissent pas insensibles. Il y a également quelques clichés de Renoir, sa femme et son fils Jean qui rappellent la forte amitié entre Gustave et le père de l’impressionnisme.

La dernière salle « Au fil de l’eau » m’a instanément rappelé une exposition qui s’est tenue le printemps dernier à Giverny où une toile de Caillebotte « Canotier en Chapeau haut de forme » était également présente. Elle traite de la passion commune qu’ont entretenu les deux frères autour du yachting à la fin des années 70. Ils étaient d’ailleurs tous les deux membres du Cercle de la voile de Parisà Argenteuil. La nature et les berges de la Seine sont donc à l’honneur et la peinture de Gustave brille ici par ses éclats de vert et de bleu lumineux. Enfin, on se délecte en découvrant certains triptyques spécialement réunis pour l’évènement : un vrai bonheur ! Les photographies de Martial complètent notre regard introspectif sur ces tranches de vie dans lesquelles nous nous reconnaissons aisément et qui nous rappellent le temps d’un regard de tendres balades dominicales.

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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