Edvard Munch, l’oeil moderne

Exposition du 21 septembre au 9 janvier 2012 au Centre Pompidou

Ceux qui s’attendent à voir « Le Cri » ou « La Madonne » seront vite déçus ! L’objet de cette nouvelle exposition sur Munch est précisément d’explorer sa production artistique à l’aune du XXème siècle, au delà du symbolisme et du pré-expressionisme de ses débuts. Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler le parti-pris de l’exposition « Edvard Munch ou l’anti-cri » qui s’est tenu en 2010 à la Pinacothèque de Paris. Celui qui représente un courant à lui seul en Norvège ne doit pas être réduit à cette seule oeuvre emblématique. Car si Munch a peint « Le Cri » en 1893, il faut garder à l’esprit que la majeure partie de ses tableaux a été réalisée après 1900.

La question de la modernité est donc au cœur de cette exposition qui propose un nouveau regard sur l’artiste norvégien. Décomposée en douze sections thématiques, l’exposition rassemble un ensemble de 140 peintures, photographies, gravures, dessins et sculpture (oui une !) dans un ordre volontairement non chronologique.

Pas de surprise lorsque l’on pénètre dans la première salle de l’exposition qui montre les œuvres majeures de l’artiste de la fin du XIXème : Le Baiser, Vampire, Puberté, L’Enfant Malade, Jeunes filles sur le pont. L’expérience se révèle d’autant plus intéressante à la découverte de la deuxième salle qui dévoile les mêmes toiles reprises en moyenne 30 ans après. Le visiteur peut ainsi aller et venir à sa guise pour comparer et percevoir l’évolution du traitement de la peinture effectuée par l’artiste. On comprend ainsi que ces thèmes sont aux yeux de Munch très importants. Pour la réalisation de « L’Enfant Malade », ce dernier expliquera par exemple, qu’il n’aura eu de cesse de gratter et de reprendre la toile pour retranscrire cette image de lumière qui l’obnubilait tant, celle de ses souvenirs transfigurés d’enfant de 14 ans devant faire face à la mort de sa soeur d’un an, son aîné.

La reprise est très présente dans l’oeuvre de Munch et vire parfois à l’obsession comme l’évoque le traitement compulsif qu’il a fait de la photo de Rosa Meissner et qu’il a décliné en une série de tableaux (et une sculpture) en 1907.

L’exposition montre aussi la relation privilégiée que Munch entretient avec la photographie. Ce dernier réalise essentiellement des autoportraits en amateur, ce qui s’avère être un véritable champ d’expérimentation pour l’artiste. Munch affectionne également le cinéma et est fasciné par l’effervescence urbaine à l’image des mouvements du train. Cette idée de vitesse que les films de l’époque retranscrivent, va d’ailleurs pousser l’artiste à intensifier les effets de perspectives de ces tableaux pour les dynamiser comme dans « Cheval au galop« .

Munch s’intéresse aussi au théâtre et plus précisément au « Théâtre intime ou de chambre« . Au delà du traitement frontal de ses modèles qu’il représente comme des statues (cf. Soirée sur l’Avenue Karl-Johann), Munch aborde la série « La Chambre verte » de manière à inclure le spectateur dans la scène picturale.

On ressent ici l’angoisse et l’obsession de Munch pour l’incompatibilité et l’incompréhension inexorables entre les sexes. Pourtant, il ne faut pas s’en tenir à l’image d’un artiste solitaire qui intériorise son mal-être, comme l’influence expressionniste de ces débuts tend à le démontrer. Le Munch du XXème est au contraire tourné vers le monde extérieur comme le montrent certaines de ses peintures qui ont pour objet des faits divers inspirés de la réalité (cf. La Bagarre)

Par ailleurs, Munch se soucie également du traitement de la lumière. On apprend ainsi que ce dernier accordait une grande crédibilité aux vertus curatives du soleil, généralement connu pour traiter efficacement les états dépressifs dont l’artiste fut l’objet. (cf. Soleil)

L’exposition se ferme sur une longue série d’autoportraits que ce soit sous forme de photos ou de peintures. Personnellement, j’ai particulièrement apprécié ces œuvres tardives (1940-44) qui sont, à mon sens, très fortes mais aussi primordiales dans l’appréhension globale de cet artiste trop souvent catégorisé « symboliste » et/ou « expressionniste ». La figure de l’artiste se tient ici face à nous, face à la maladie, face à la mort, dans toute sa crudité et dans toute sa lucidité. Une ultime salle est consacrée aux dessins très méthodiques de Munch qui retranscrivent les troubles de la vision engendrés par son oeil malade et les répercussions que cela provoque dans le traitement des oeuvres. Encore une fois, c’est toute la modernité de la démarche de Munch qui s’exprime ici : le titre de l’exposition prend tout son sens.

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

2 Commentaires

  1. très belle analyse et très belle exposition. je lui ai également consacré un article sur http://www.organik-case.com/ merci en tout cas!

  2. Pingback: Agenda culturel | l'habit fait le dandy

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