Gatsby le Magnifique : un roman, un film, une inspiration mode

Personnage emblématique de la « Génération perdue » désenchantée par la Grande guerre, Francis Scott Fitzgerald est l’un des auteurs américains les plus célèbres de son époque tant pour son œuvre que par sa vie qu’il consumera trop vite. « Il écrivait pour la même raison qu’il buvait: parce qu’il était trop sensible pour mener une vie normale » dixit Frédéric Beigbeder dans un registre légèrement décalé, mais criant de vérité.

Gatsby le Magnifique est son œuvre phare, le roman de sa vie dans lequel il a tout investi, pour conquérir le monde et satisfaire les désirs matériels de sa femme Zelda. Paru en 1925, l’ouvrage n’a malheureusement pas reçu le succès escompté. Pourtant, l’influence de ce roman est aujourd’hui sans précédent, que ce soit au regard de la littérature, du cinéma ou de la mode.

L’histoire a lieu à l’époque où Fitzgerald l’écrit: celle des années folles, où danser sa vie est un leitmotiv absolu. La fête bat son plein à Paris comme à New York. Les femmes s’animent dans des robes à franges audacieusement courtes et arborent des coupes à la garçonne. Cette ambiance particulière, Fitzgerald la décrit avec légèreté et précision à travers Nick Carraway, narrateur et voisin de Jay Gatsby. Ce dernier est un jeune milliardaire inconnu qui organise dans sa villa de Long Island d’opulentes réceptions mais dont l’intime espoir est de retrouver son amour adolescent Daisy, elle-même cousine de Nick. « Il y avait de la musique qui s’échappait de chez mon voisin, les soirs d’été. Dans ses jardins bleus, des hommes et des femmes allaient et venaient comme des papillons de nuit, parmi les chuchotements, le champagne et les étoiles ».

Si vous souhaitez vous plonger dans ce roman, sachez que la plume de Fitzgerald a posé certains problèmes de traduction et qu’aucune des versions faites autour de « Great Gatsby » ne fait  aujourd’hui l’unanimité. Fitzgerald n’est cependant pas un cas isolé : Hemingway, pour citer quelqu’un dont il était proche, a lui aussi donné lieu à de nombreux débats à propos des traductions de ses romans. Le meilleur moyen de ne pas se torturer afin de choisir entre Gatsby le Magnifique traduit en 1946 par Victor Liona, Gatsby le Magnifique traduit en 1976 par Jacques Tournier ou toute autre traduction est probablement de le lire dans sa langue originale, l’anglais…

La dernière traduction en date est celle de Julie Wolkenstein (sortie janvier 2011) qui l’a rebaptisé « Gatsby »… tout simplement. L’œuvre étant désormais libre de droits, la romancière, pas du tout traductrice à la base, s’est aventurée dans cet exercice périlleux pour des raisons affectives, presque vitales  : « J‘avais la certitude, intime mais jamais vérifiée, que ce roman faisait partie de moi, de ma vie, qu’il avait touché chez moi, une fois pour toutes, une corde essentielle. » Cette traduction fut somme toute assez critiquée car trop sujette à interprétations et celle de Jacques Tournier me parait plus fidèle au texte original.

Par ailleurs, si l’œuvre de Fitzgerald a été l’objet de nombreux remaniements, les adaptations cinématographiques furent également multiples. La première version date de 1926, la seconde de 1949 mais c’est celle de 1973 de Jack Clayton qui a le plus marquée les esprits. Le scénario a été entièrement réécrit par Francis Ford Coppola, après le rejet de celui de Truman Capote et certaines scènes ont même été revues par Vladimir Nabokov. Le film met en action Robert Redford dans le rôle de Jay Gatzby et Mia Farrow dans celui de Daisy Bucchanan. Une beauté solaire se dégage de ce film où luxe ostentatoire et impitoyable pauvreté se côtoient. En définitive, passés les conventions sociales, le rêve et l’artificialité de la nuit festive, c’est le souffle d’un amour illusoire qui se dégage de cette Amérique de la Prohibition. Ce sont toujours les plus corrompus qui gagnent car le monde est trop étroit pour laisser place aux sentiments et à la sensibilité. Cette amertume presque insolente se fait écho dans les mots de l’auteur quand il avoue sans peine: « Je suis un romantique. Un sentimental croit que les choses vont durer, un romantique espère en dépit de tout qu’elles ne dureront pas. »

Une nouvelle adaptation cinématographique est attendue pour la fin de l’année 2012 avec Leonardo Di Caprio pour le rôle de Gatsby et Carrey Mulligan dans celui de Daisy.

Au delà des mots et de la bande-son peuplée d’images, l’œuvre de Fitzgerald est un formidable laboratoire d’analyse sur la mode et le costume. Les Années Folles sont frappantes de ce point de vue là et on ne se lasse pas d’observer l’élégance irréelle du vestiaire masculin ou des robes de l’époque, dans leur façon magique et éblouissante de se mouvoir.

En septembre dernier, le défilé Ralph Lauren Printemps-Eté 2012 a fait souffler un vent de légèreté et de couleurs douces sur New York, nous rappelant le charme suranné de l’Amérique des années 20.

Un grand bol de fraicheur se dégage de cette collection teintée de vert anis, de bleu pastel, de rose poudré, de jaune éclatant mais aussi de blanc tout simplement. Le fluidité des coupes et le travail des volumes donnent, par effet de transparence, une allure aérienne aux silhouettes. De plus, un jeu subtil entre mat et brillant est opéré grâce à l’utilisation de la mousseline de soie et du satin coupé en biais. Les mannequins défilent avec un chapeau cloche sur la tête, des perles autour du cou et affichent des imprimés floraux très tendres mais également une attitude plus garçonne en costumes d’hommes revisités. Un cocktail tout simplement vivifiant. Ici, Ralph Lauren renoue avec ses premiers amours, ceux du temps où sa toute jeune marque avait habillé Robert Redford, dans Gatsby justement…

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

Un commentaire

  1. Super article Pauline, je vais essayer de prendre du temps pour lire les autres!

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