Monumenta 2014, un colosse aux pieds d’argile ?

« L’Etrange Cité », Ilya et Emilia Kabakov, Grand Palais, jusqu’au 22 juin 2014

L’Etrange Cité

Se confronter aux 13 500 m² de la Nef du Grand Palais n’est pas une mince affaire. En témoigne cette sixième édition de Monumenta où le couple Kabakov nous propose de voyager dans l’utopie de leur « étrange cité ». À la leur de projets à la fois artistiques et scientifiques, le parcours décomposé en neuf étapes, entend transmettre une vision progressiste de l’humanité et invite à rêver.

La coupole et l'entrée de la cité

La coupole et l’entrée de la cité

Certaines installations sont en effet plus accessibles, plus immédiates par leur poésie intrinsèque : la coupole aux sons et lumières, le musée vide rythmé par la Passacaille de Bach ou encore l’allégorie de l’ange comme aspiration au bonheur.

Le musée vide

Le musée vide

Comment rencontrer un ange ?

Comment rencontrer un ange ?

D’autres interpellent à l’image de la reconstitution de Manas, cité disparue du Tibet qui « a la particularité d’être sur Terre et d’avoir son double dans le ciel. » En faisant appel à une multitude de références à la fois bibliques, historiques ou esthétiques, le visiteur se perd et peine à faire le lien entre les différents espaces. Tour de Babel, Monument à la Troisième Internationale de Tatline, vicissitudes de l’ère Soviétique, chapelles de la Renaissance s’ordonnent de manière énigmatique et ambiguë. 

Les portails

Les Portails

L’œuvre des Kabakov a certainement besoin de temps pour être appréhendée, digérée. Pourtant, lorsque l’on repense à l’intention première de Monumenta qui est de « faciliter la rencontre entre l’art contemporain et les publics », on ne peut s’empêcher de croire que le projet s’enferme ici dans un hermétisme certain. L’intention est bonne, savamment documentée, illustrée mais le résultat est inégal.

La chapelle blanche

La chapelle blanche

L’œuvre souffre de son format. Phagocytée et réduit à la taille de ses maisonnettes, elle s’écrase sous la verrière du Grand Palais et n’exploite pas l’immensité de l’espace. Cet écueil était mon appréhension première lorsque j’avais découvert les maquettes du projet en 2013, juste après sa suspension par le Ministère de la Culture. La Nef du Grand Palais est en effet incroyable tant par son volume que par sa verrière étincelante de lumière, aspects que l’Etrange Cité ne parvient pas à honorer. En 2012, j’avais déjà été frappé par la proposition de Daniel Buren, démesurément basse, en comparaison avec le « Léviathan » gonflé à l’hélium d’Anish Kapoor qui tel un monstre géant siégeait omnipotent. J’avais cependant apprécié la manière dont l’œuvre quadrichromique de Buren jouait avec la lumière et la transparence de la verrière. Ici, les Kabakov nous entrainent dans un labyrinthe aux allures méditerranéennes où des bâtisses dépourvues de fenêtres aveuglent par leur blancheur immaculée. Un choix qui s’avère somme tout limité.

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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