Que reste-t-il à conquérir à Art Basel ?

La 45ème édition de Art Basel vient de s’achever, battant un nouveau record de fréquentation avec plus de 92 000  visiteurs.

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Le goût de l’excellence

Tout nouveau-né dans la sphère de l’art s’accordera à dire que s’immiscer pour la première fois dans les allées de la foire de Bâle est un ravissement permanent, tant d’un point de vue esthétique qu’intellectuel. On ne cesse d’être sollicité sur tous les plans et on s’attendrait presque à penser que le plaisir décroît au bout de la troisième ou quatrième visite.

On serait même tenter d’avancer un peu blasé « les foires à la longue c’est toujours pareil. » Et bien non, car Art Basel est une foire à part. Explications.

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Damien Hirst, 14 Rooms

« Bâle c’est hors norme, en terme de qualité des œuvres, de galeries, de collectionneurs. C’est incroyable » atteste Nicolas Nahab de la Marian Goodman Gallery.

Cet enthousiasme, Thaddaeus Ropac à la tête de la galerie éponyme déployée entre Salzbourg, Paris et Pantin, le partage également : « Chaque année, on se dit qu’on ne peut pas aller plus loin, que ça ne peut pas être mieux. Et pourtant ! Cette édition a été extraordinaire. Nous avons vendu à de nombreuses institutions culturelles et musées. Et pour cela, nous avons eu besoin d’un directeur, d’un commissaire d’exposition et d’un curateur fiduciaire. Il n’y a qu’à Bâle que l’on réunit tous ces éléments et que l’on rencontre toujours de nouvelles personnes. »

 « Art Basel est un rendez-vous incontournable où l’on vient pour prendre la température. Et d’année en année, le spectre est toujours plus grand. Il y a une sorte d’accélération qualitative : les visiteurs sont de plus en plus concernés et ils attendent la foire d’une année sur l’autre car c’est une véritable nourriture pour eux » ajoute Kamel Mennour dont le visage est récemment apparu sur les encarts publicitaires du nouveau BHV Marais. Une initiative qu’il a, précise-t-il, accepté car elle est née d’une amitié et que 100% des bénéfices de cette campagne sont reversés à l’hôpital Necker.

 Une organisation hors pair

Créée en 1970 par Ernst Beyeler entre autres, la foire helvétique a non seulement le bénéfice de l’expérience mais redouble d’efforts chaque année pour monter en gamme, améliorer son organisation, tout en proposant de nouvelles initiatives à l’image de 14 Rooms, série de performances très réussie, co-commissionnée par la Fondation Beyeler, Art Basel et le Theater Basel. Ce projet inédit est une façon très brillante de montrer des performances dans le cadre d’une foire. C’est  aussi une parenthèse nécessaire pour ne pas enfermer Art Basel dans son seul aspect business.

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Art Unlimited

De plus, beaucoup s’accorde à dire que la troisième édition d’Art Unlimited qui présente des œuvres monumentales, est particulièrement remarquable cette année.  « Les projets sont époustouflants. Les œuvres sont très bien choisies et ont chacune leur espace propre tout en dialoguant parfois avec les autres. On rentre vraiment dans l’univers de chaque artiste » précise Héloïse Le Carvennec, responsable Presse et Communication à la Galerie Perrotin.

« Chaque année, l’écart se creuse. Art Basel est bien au dessus des autres. Tout est fait avec beaucoup d’intelligence, la foire est toujours plus professionnelle et on reçoit la crème des collectionneurs » souligne Anne-Claudie Coric, directrice de la Galerie Daniel Templon.

Art Basel, l’indétrônable ?

Devant cet engouement, on serait susceptible de penser que si la foire a atteint de tels sommets, elle finira bien par être freinée dans sa course. Pas si sûre.

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Galerie Almine Rech

Comme le souligne Jason Cori, directeur de la Galerie Almine Rech de Londres, il ne faut pas oublier qu’« une édition réussie comme celle là surfe aussi sur le marché. Art Basel reste un thermomètre des tendances. C’est quelque chose d’ancré : on doit montrer à Bâle le meilleur de nous même. Tout le monde de l’art est réuni dans un mouchoir de poches. »

Art Basel est bien le reflet d’un marché de l’art qui ne connaît pas la crise et qui a des perspectives de développement hors pair. En effet, selon Nicolas Nahab de la Marian Goodman Gallery « la foire peut très probablement aller à un niveau haut dessus. Plus le marché s’ouvre à de nouveaux collectionneurs, plus la foire va s’internationaliser attirant toujours plus de monde. »

 Une foire anglo-allemande

Seul regret pour certaines galeries, la foire manque de diversité et affiche un tropisme germanique aux influences anglo-saxonnes.

 « La foire pourrait être beaucoup plus internationale en faisant la part belle à des galeries venues du Tiers Monde. Mais elle reste très suisse-allemande, anglo-allemande. Cela donne un certain style esthétique intellectualiste et minimaliste » spécifie Anne-Claudie Coric de la Galerie Daniel Templon.

Galerie Daniel Templon

Galerie Daniel Templon

Nathalie Obadia, à la tête de trois galeries (deux à Paris et une à Bruxelles), partage la même opinion et ajoute que « les artistes français doivent parvenir à être reconnu de manière plus importante grâce à la foire de Bâle. Il faut que ces artistes soient à la fois présents dans les institutions et dans le marché de l’art. ».

Au delà de l’Art Business 

Passage obligé des galeristes, curateurs, collectionneurs et passionnés du monde de l’art, la 45ème édition de Art Basel qui a réunit 285 galeries de renom venues de 34 pays à travers le monde, est aussi le temple oh combien critiqué du mariage de l’art et de l’argent.

Galerie David Zwirner

Galerie David Zwirner

Ouverte au grand public le 19 juin, la foire de Bâle a enregistré ses plus beaux records dès le 17 juin lors de la preview dont l’accès est réservé aux grands collectionneurs. Alimenté par ces résultats exceptionnels qui font de Bâle un eldorado financier fantasmé, le marché de l’art est de plus en plus caricaturé par la critique. On parle d’ « artketing » et on reproche à certaines galeries d’agir comme des marques de luxe. Ce discours éculé véhicule à mon sens une image perverse. Car devant cette starification grandissante, il ne faut cependant pas oublier que les galeries, quelque soit leur taille, sont avant tout là pour accompagner les artistes et les collectionneurs.

« C’est le système qui donne aussi toute cette tension. Ce n’était pas comme ça auparavant. L’artiste est le centre névralgique de la création. C’est beaucoup de pression. Il est celui qui peut tout gagner comme tout perdre. Nous sommes là pour les accompagner et les conseiller. La relation avec un artiste est basée sur la confiance. Il faut bien le garder en tête » rappelle Thaddaeus Ropac.

Galerie Nathalie Obadia

Galerie Nathalie Obadia

« Je prends mon métier au sérieux. Je suis passeuse d’idées. Les gens viennent à la galerie pour se bousculer intellectuellement. Il faut être à l’écoute des artistes et des collectionneurs. Il faut être généreux de son temps, généreux de son savoir. De plus, je vends aussi mes œuvres à des personnes normales qui ne font pas de spéculation et qui achètent par amour de l’art. Il faut en finir avec ce fantasme de l’art est égal à argent. » renchérit Nathalie Obadia.

Le marché de l’art s’est en effet démocratisé attirant une nouvelle génération de collectionneurs à la fois plus jeunes, plus curieux et décomplexés. Collectionner est une pratique inscrite dans l’air du temps. Et bien que les tickets d’entrée soient parfois astronomiques, il n’est pas seulement l’apanage des très riches.

Art Basel est un lieu de rencontres pour les professionnels  dont l’effervescence fait parfois perdre le sens des réalités. Car si l’affluence bat son plein pendant une semaine dans la cité suisse allemande, entre dîners, vernissages et autres fêtes VIP, l’envers du décor est tout autre. De nombreuses galeries voient en effet leur espace d’exposition déserté le reste de l’année. Pousser donc la porte d’une galerie, soyez curieux et même si vous n’avez pas encore le porte-monnaie pour débuter une collection,  vous serez certainement surpris !

Contact : pauline.weber@theatredelacreation.com

Et retrouvez-moi sur le Huffington Post !

 

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

Un commentaire

  1. Quel excellent article encore une fois ma Pauline, bravo!

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