Sébastien Schuller surfe sur la vague

« Mes trois albums sont véritablement miroirs par rapport aux périodes qui ont scandé ma vie. »

Sébastien Schuller est un musicien pur et dur.

Il débute son apprentissage musical à l’âge de raison, en se formant à la percussion classique au conservatoire. Mais c’est à 20 ans qu’il commence véritablement à composer avec son synthétiseur tout en travaillant en parallèle à la FNAC pour arrondir ses fins de mois. Une façon d’être entouré, mine de rien, par ce qu’il préfère dans ce bas monde : les disques. « Pendant 7-8 ans, je n’ai composé que des couplets et des refrains, sans écrire de véritables morceaux. » Mais Sébastien Schuller a su s’armer de patience et de persévérance, essentiels pour vivre de sa passion et ça s’est avéré payant. « J’ai commencé à vivre de ma musique à l’âge 30 ans, somme toute assez tardivement. J’ai signé un premier vinyle avec l’éditeur Warner Chapell et j’ai sorti le 4 titres de Weeping Willow avec EMI en 2002. »

Sébastien Schuller écrit en anglais par héritage familial et culturel – il vit depuis 7 ans à Philadelphie – mais aussi pour le mystère poétique que l’on peut créer avec une langue étrangère. Il vient de sortir son troisième album Heat Wave et sera en concert à Paris le 21 octobre prochain au Pan Piper.

Sébastien Schuller, Photo : Tonje Thilesen

Sébastien Schuller, Photo : Tonje Thilesen

Retour sur ses trois albums, trois influences, trois tranches de vie

Happiness doit son nom à son histoire. Un nom qui contrecarre avec les événements malheureux qui ont accompagné sa concrétisation : les échos d’un deuil familial en filigrane mais aussi une vie sentimentale qui prend soudainement le large. Car un premier album, ce sont plusieurs années de travail où l’on se cherche une identité et une cohérence musicales.

« J’étais face à un paradoxe, pris entre le bonheur que j’avais de sortir ce premier disque et ma vie personnelle qui me faisait défaut. J’ai eu alors envie de parler de manière ironique de la vie. Ce nom Happiness  était aussi une manière pour moi de relativiser et de donner mon analyse de cette époque là. »

Sébastien Schuller nous transmet en effet par ses mélodies une vision du bonheur ponctuée de réalisme et de douce mélancolie tout en nous transportant dans les sonorités de son enfance : Neil Young, Supertramp mais aussi Radiohead.

Evenfall est à l’image des premières années que le musicien a passées à Philadelphie quand il enregistrait, sous les toits de son appartement, rythmé par les craquements du parquet. « J’ai commencé à être influencé par d’autres groupes à l’image de Sufjan Stevens, Beirut ou encore Animal Collective. J’ai eu envie de faire quelque chose de beaucoup plus orchestré. J’ai travaillé avec des cuivres, des clarinettes et j’ai aussi acheté un premier piano. De plus, c’est à cette époque que j’ai décidé de me séparer de mon label. »

Aujourd’hui, Sébastien Schuller peut en effet se targuer de se produire seul. Son dernier opus, Heat Wave, est d’ailleurs directement en vente sur son site (en CD et téléchargement) et retranscrit la quintessence de son expérience américaine : Philadelphie bien entendu mais aussi l’influence déterminante d’un voyage à Miami. « J’ai retrouvé une architecture commune entre ces deux villes : les immeubles Art Déco, ces lumières mauves qui s’y réfléchissaient. Cette ambiance néon m’a beaucoup inspiré. »

Heat Wave

Heat Wave nous emporte dans cette atmosphère estivale caractéristique de la Côte Est américaine où le temps plombé par la chaleur assommante, est ponctué de tempêtes tropicales. Pour la couverture du disque, Sébastien Schuller a choisi une image qui lui rappelle étrangement l’emblématique concert de Dépêche Mode donné au stade Rose Bowl de Pasadena en 1988. Et quel symbole ! « A travers cet album, je suis revenu en quelque sorte à la musique de mon adolescence, le new wave et les années 80. Je me suis enfin permis des clins d’œil de cette époque. Ce sont des musiques qui m’ont accompagné mais il faut un certain temps avant de les digérer, de les faire siennes. Aujourd’hui, j’arrive mieux à les maitriser et à les interpréter. »

Dans l’introduction de Endless Summer, on retrouve ainsi des sonorités très pop qui ne sont pas sans rappeler Electricity de OMD ou Fade To Grey de Visage. La tonalité mélancolique demeure mais s’avère énergisante.

Pour Night Life que Sébastien Schuller considère comme la pierre angulaire de son disque, Emily Kai Bocke signe un clip vidéo très réussi. En digne héritière d’un Harmony Korine, elle sublime avec brio le leitmotiv de cette ballade onirique : « croire qu’on peut échapper à ses problèmes dans la nuit alors qu’ils resurgissent au petit matin. » On suit ainsi deux jeunes filles aller au bout de leur nuit au détour d’un night-club, d’un hôtel ou d’un bord de plage dans les profondeurs de Miami Beach.

« Il n’y a pas d’histoires réelles. On ne sait pas bien ce qu’il se passe et c’est ce que j’aime par dessus tout car cela laisse place à l’interprétation.  Il y a quelque chose d’assez cinématographique dans ma musique. Elle est à la fois mélodique et mélancolique. »

Et pour cause ! Quand il compose, Sébastien Schuller travaille avec des images qu’il découpe dans des magazines et assemble sur des boards. « Bien souvent, je laisse la télévision allumée et le hasard fait que certaines mélodies sont en raccord avec les plans qui défilent. » Rien de bien étonnant pour ce passionné de cinéma qui a déjà réalisé plusieurs bandes originales de films : Toi et Moi, Notre Univers Impitoyable et plus récemment Le Beau Monde.

Tel un peintre de l’avant-garde moderne, la musique de Sébastien Schuller est très expressionniste et nous emmène sur un terrain introspectif qui n’est pas sans nous déplaire !

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À propos de Pauline Weber

Tribulations intimes au coeur de mes passions : l'art, la mode, la beauté, la littérature, la gastronomie et les voyages. Au gré de mon inspiration et des influences de la sphère créative, je vous livre ici mon agenda esthétique et culturel. « La peinture c’est comme une fenêtre à travers laquelle on pourrait s’envoler vers un autre monde » Chagall

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