Je suis une Fille Salopette

Paulette Numéro 23

C’est la rentrée !

Alors pas de question de se décourager ou de faire la tête (la fête ?!)

Dans ce  nouveau numéro, on vous montre à quel point Paulette est une fille qui ne recule devant rien. Loin de se décourager à la moindre difficulté, planter un clou ne lui fait pas peur car oui elle sait se débrouiller seule !

« Je n’ai besoin de personne en Harley Davidson »

Pour ce numéro très seventies, Paulette est un brin garçonne mais fidèle à ses convictions féministes féminines.

Pour ma part, je vous emmène en Vendée à la rencontre de l’Atelier Bingo, un tandem de choc qui créé du bout de leurs ciseaux magiques.

Atelier Bingo La fabrique des images
Atelier Bingo
La fabrique des images
Atelier Bingo ou l'art du papier découpé
Atelier Bingo ou l’art du papier découpé

Belle lecture !

Paola Pivi n’a pas peur de la démesure

Paola Pivi, "Ok, you are better than me, so what?" 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Ok, you are better than me, so what? » 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

De grands ours à plumes colorées, une pizza oversize, un avion à bascule, des performances qui mêlent éléments improbables à l’image d’un léopard traversant une forêt de tasses de capuccino factice ou encore un alligator plongé dans la crème chantilly… difficile de passer à côté du travail de Paola Pivi. Si son nom n’est pas gravé dans votre mémoire, ses œuvres vous parleront certainement, soit parce qu’elles auront incontestablement accroché votre regard, soit parce qu’elles feront tout simplement appel à votre instinct.

Et l’instinct, c’est bien ce qui anime l’artiste, la pousse à produire et à vivre son art pleinement. « Ingénieur de formation et professeur d’aérobic à mes débuts, il n’y a pas eu d’art dans ma vie avant mes 23 ans. Pourtant, c’est quelque chose qui était bien à l’intérieur de moi. »

Paola Pivi,"Pizza" 1998, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Pizza » 1998, Courtesy Galerie Perrotin

Loin d’une explication rationnelle du pourquoi du comment à laquelle je m’attache obstinément à percer le mystère en décortiquant ses œuvres, Paola Pivi tend vers un au-delà qui nous rappelle à notre humanité. « Je n’ai pas vraiment de mots pour cela car nous sommes plutôt dans le registre du contemplatif. Bien souvent, mes œuvres sont la résultante d’une vision qui se produit dans mon esprit et que je décide ensuite de produire. J’ai mes idées et je les exécute, ce qui s’avère somme toute très excitant. »

Paola Pivi, "How I Roll" 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « How I Roll » 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin

En composant son art avec des animaux, des personnes ou encore des objets de la vie quotidienne a priori banals, Paola Pivi le charge d’une grande poésie visuelle et d’un soupçon énigmatique. Éclectiques, ses œuvres ont la particularité d’éveiller à l’unisson notre curiosité.

Pris aux mains d’interrogations intempestives, nous ne pouvons nous empêcher de dérouler le fil d’une histoire et d’en essaimer les suppositions. Que font ces chevaux juchés sur le 1er étage de la Tour Eiffel ? Comment sont-ils montés jusqu’ici ? Tenté de répondre « par l’ascenseur » tout simplement, l’emblème parisien semble être devenu leur environnement naturel. De cette situation en apparence incongrue, ils en ressortent plutôt sereins voir tout simplement biens, comme plongés au beau milieu d’un terrain de jeu propice à la découverte.

Paola Pivi, "Yee-Haw (horse)" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Yee-Haw (horse) » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Projet à l’envergure folle, « Yee-Haw » est né d’une rencontre avec Virginie Coupérie-Eiffel, cavalière et championne de France. Pour cette deuxième édition du Longines Paris Eiffel Jumping, l’arrière petite fille de Gustave Eiffel a invité l’artiste italienne à réaliser l’affiche de l ‘événement qui a eu lieu du 3 au 05 juillet dernier. Imaginé sous l’absence sourde des cow-boys, le résultant de la performance est immortalisé par une série de cinq photographies exposées jusqu’ au 1er août prochain dans l’espace Saint-Claude de la Galerie Perrotin. Amateur d’art empli d’amour pour l’univers équestre, vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire !

Paola Pivi,"Yee-Haw" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Yee-Haw » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Les cinquante nuances de gris de Charles Laib Bitton

Après avoir fait ses armes comme architecte d’espace pour les boutiques de luxe de Diane Von Furstenberg et le bureau de William Sofield à New York, Charles Laib Bitton s’est adonné au dessin. Intimidé par les médiums traditionnels, il a commencé à travailler avec un simple stylo à bille pour y décliner sur une feuille blanche son univers artistique, à la fois énigmatique et onirique.

Autodidacte dans l’âme, son sens aigu des proportions lui a permis de coucher sur le papier des formes dépouillées de tout artifice et dont les lignes si caractéristiques relèvent d’une précision quasi-scientifique.

Pour cette nouvelle série baptisée ‘L’Imagisme Romantique » en référence au mouvement poétique anglo-américain « Imagism », Charles Laib Bitton a développé un nouveau procédé technique: le fuseau sur bois.

« Mon travail n’est jamais à propos du médium. Le plus important ce sont les pièces elles-mêmes. L’image prime avant tout, elle vit en tant que telle. L’artiste et la technique restent anecdotiques. »

Charles Laib Bitton, jeune artiste belge de 29 ans, s’expose pour la première fois en France. Représentée par la Galerie Virginie Louvet, il présente jusqu’au 04 avril 2015 ses dernières compositions au fusain sur bois.

2015-03-20-1426882646-626828-_MG_0228.jpgVue de l’exposition. Galerie Virginie Louvet. Photo Emilie Mathé Nicolas

C’est au bord de la plage d’Amager au large de Copenhague que l’artiste a eu une véritable révélation. La proximité avec la nature et la mer lui ont fourni une sensation teintée de nostalgie. Frappé par la simplicité environnante, il a en effet ressenti une très grande similarité entre l’artisanat scandinave et la manière d’appréhender son œuvre. Ce terreau fertile a agit sur lui comme un puissant stimulant.

2015-03-24-1427235830-5306008-Capturedcran2015032422.29.53.pngCharles Laib Bitton, Romantic Imagist Compositions, 2014

Par son traitement anguleux de la composition et sa façon si intime d’appréhender la lumière, représentative de l’atmosphère locale à l’approche de l’hiver, Vilhelm Hammershoi a également beaucoup influencé et marqué Charles Laib Bitton.

Epurer au maximum la forme, la décliner en une infinité de tonalités sont des principes chers à l’artiste belge qui souhaite avant tout rester à l’écart du sensationnel et d’une version pauvre et filtrée de l’image. Géométrique, l’oeuvre se suffit à elle-même : elle communique directement avec son public, sans filtre ni intermédiaire. En jouant sur les nuances de gris, Charles Laib Bitton a ainsi déshabillé la couleur et retranscrit dans ses oeuvres l’impact de la lumière dont la violente intensité et la pureté contrôlée sont dôtées d’une grande poésie.

Du 27 au 29 mars prochain, Charles Laib Bitton sera à l’honneur de la Confidentielle du YIA Art Fair où il présentera un travail ambitieux dans le cadre de l’exposition « Obscur-Clarté » commissionnée par David Rosenberg. La Galerie Virginie Louvet sera également présente.

Vernissage le jeudi 26 mars de 10h à 20h au Bastille Design Center.
Plus d’informations, ici.

 

Je Suis une Fille Bleu Océan

Paulette n°20

Numéro spécial Bleu

Je suis fière de partager avec vous ma dernière contribution pour le magazine Paulette, un joli féminin sincère et pas prise de tête.

Agenda culturel Printemps 2015

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Rubrique lecture 

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Portfolio : Interview Heike Weber

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Belle lecture !

Jean-Michel Othoniel à la conquête de Versailles

« Je crois beaucoup à l’échange entre les arts »

L’île du bassin bas au travers des fûts de chênes verts. Au loin, le ballet des fontaines de Jean-Michel Othoniel. Aquarelle. © Fabrice Moireau / Agence de Louis Benech.
L’île du bassin bas au travers des fûts de chênes verts. Au loin, le ballet des fontaines de Jean-Michel Othoniel. Aquarelle ©Fabrice Moireau / Agence de Louis Benech

À l’issu d’un concours lancé en 2011 par Jean-Jacques Aillagon, le projet commun de Jean-Michel Othoniel et Louis Benech a été retenu parmi 27 candidatures afin de recréer le bosquet du Théâtre d’Eau du jardin de Versailles. Le résultat dévoilé en mai 2015, comporte le réaménagement du jardin et un ensemble de trois-sculptures fontaines qui retranscrivent de façon allégorique les danses de Louis XIV.

Vue de l'atelier de Jean-Michel Othoniel, en plein cœur du Marais.  ©Philippe Chancel
Vue de l’atelier de Jean-Michel Othoniel, en plein cœur du Marais.
©Philippe Chancel

Il faisait très chaud ce jour là à Paris, une chaleur terrassante, presque inattendue malgré la saison bien avancée. Lorsque je pénètre l’atelier de Jean-Michel Othoniel, niché en plein cœur du Marais, il est gorgé de lumière ce qui ne manque pas d’ajouter une grande poésie au lieu. Assis religieusement à sa table, l’artiste dessine au calme clair de cette belle matinée de juillet. Une grande plénitude se dégage dans l’air et j’observe avec attention les sculptures en perles de Murano disséminées dans la pièce, qui ont concouru à sa réputation actuelle.

Je comprends vite que son travail d’artiste s’est progressivement dédoublé. La recherche créative solitaire a petit à petit laissé place à la nécessité du travail en équipe où tel un chef d’orchestre, il écrit sa partition avant de la délivrer à ses musiciens. « J’ai besoin d’être avec les personnes qui produisent pour moi, je ne me contente pas de déléguer car j’apprends à leur contact, je me nourris des techniques, un peu comme un chorégraphe qui s’inspire des interprétations des danseurs. »

Une passion pour le verre soufflé

Jean-Michel Othoniel. L’Entrée d'Apollon, 2013. Sculpture fontaine pour le bosquet du Théâtre d’Eau dans l’atelier de Versailles. © Château de Versailles / Thomas Garnier
Jean-Michel Othoniel. L’Entrée d’Apollon, 2013. Sculpture fontaine pour le bosquet du Théâtre d’Eau dans l’atelier de Versailles ©Château de Versailles / Thomas Garnier

Celui qui a fait du verre de Murano sa signature a commencé tel un petit alchimiste à focaliser son attention sur les matériaux aux propriétés réversibles à l’image du plomb, du souffre ou encore de la cire. En travaillant la forme, l’artiste a instauré un dialogue poétique avec les mots.

« Le verre de Murano me correspond bien car il offre un champ très riche de possibilités. C’est une matière complexe associée à l’artisanat, aux artistes verriers mais qui est peu utilisé dans l’art contemporain. Verre sculpté dans la masse à chaud, il est aussi très lié au corps, à la sensualité ce qui lui donne ce côté imparfait et hyper technique à la fois. »

L’artiste représenté par la Galerie Perrotin vient de fêter ses 50 ans  et il s’apprête à présenter prochainement une installation pérenne dans l’enceinte du château de Versailles. Une grande première pour cette institution qui n’accueille en temps normal que des initiatives éphémères.

« Versailles arrive à un moment où je suis en pleine maturité, en pleine possession de mon travail. Je me sens à l’aise dans mon propre alphabet pour en décliner d’autres formes. Versailles va me permettre de révéler mon travail à l’international. J’ai la chance que tout s’enchaine, un projet en appelant un autre » ajoute-il humblement.

Une association avec Louis Benech

Portrait1 Louis Benech et Jean-Michel Othoniel ©Château de Versailles, Thomas Garnier - copie
Jean-Michel Othoniel et Louis Benech ©Château de Versailles, Thomas Garnier

Ce projet d’envergure, Jean-Michel Othoniel le doit au paysagiste Louis Benech. En s’inscrivant dans les pas de Le Nôtre qui avait pour habitude de travailler en équipe, il a souhaité faire appel aux compétences d’un artiste. Rapidement, Jean-Michel Othoniel lui est apparu comme une évidence.

« Quand j’ai visité son exposition à Beaubourg, j’ai vu combien les enfants, agités dans d’autres expositions du musée, semblaient fascinés devant son œuvre. Leur calme, leur admiration devant ses sculptures gaies et pétulantes m’ont convaincu. Avec ses facultés et sa grâce, il me semblait en parfait accord avec l’esprit du bosquet » confie Louis Benech.

À la manière de Le Brun et Le Nôtre, ils ont imaginé ensemble leur vision du jardin. Appréhendé comme un lieu de contemplation où l’on suspend le temps, cette vision s’oppose à l’esprit de Versailles historiquement assez militaire. « Le jardin est une terre de douceur, de rencontre paisible. Un endroit qui panse toutes les infirmités que l’on porte » précise Louis Benech. Partant de cette idée, le paysagiste recrée deux bassins d’eau en référence aux emplacements exacts où des spectacles étaient organisés pour la Cour.

Plan du bosquet du Théâtre d’Eau. Projet de Louis Benech ©Agence de Louis Benech
Plan du bosquet du Théâtre d’Eau. Projet de Louis Benech ©Agence de Louis Benech

 De son côté, Jean-Michel Othoniel mène un travail de recherche poussé sur la fonction du jardin à Versailles. « J’étais à Boston et je suis tombé sur un livre que Louis XIV a écrit, Manière de montrer les jardins de Versailles, où il explique comment se mouvoir dans le jardin. A sa lecture, ce langage m’est apparu comme une chorégraphie. J’ai alors réalisé qu’il y avait un lien entre la danse et le jardin. En approfondissant mes recherches, j’ai découvert une thèse qui mettait en rapport les parterres en broderie de Le Nôtre à l’origine des jardins à la française et une écriture de la danse que le roi avait commandée auprès de Feuillet en 1701 afin de se souvenir de tous ses pas de danse. »

Seuls trois exemplaires du livre de Feuillet existent dans le monde. Signe du destin, un de ces ouvrages s’avère disponible à la bibliothèque de Boston. L’artiste détient alors une source d’inspiration majeure. Les « Belles Danses » vont prendre vie au cœur du bosquet du Théâtre d’Eau.

Des sculptures inspirées par l’écriture chorégraphique du Roi Soleil

Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, Le Rigaudon de la Paix, simulation, 2012 ©Othoniel Studio
Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, Le Rigaudon de la Paix, simulation, 2012
©Othoniel Studio

En reprenant cette calligraphie du corps en mouvement comme base pour ses sculptures fontaines, Othoniel réincarne poétiquement les danses du roi sur l’eau. Au nombre de trois, elles correspondent chacune à une danse de Louis XIV : L’Entrée d’Apollon qui est un face à face, Le Rigaudon de la Paix et La Bourrée d’Achille qui au contraire se dansent à deux d’où leurs formes circulaires. « La France est le seul pays à avoir écrit sa danse. C’est grâce à Louis XIV qui avait une vision conquérante de la culture » précise l’artiste dont la sensibilité pour le ballet est vive.

Ce projet très complexe est presque architectural. Pour le mener à bien, près de mille sept cent cinquante perles dorées ont été soufflées à la bouche dans l’atelier de Bâle. Ornées d’une feuille d’or et pesant chacune entre quatre et huit kilos, elles ont ensuite été montées sur une structure métallique qui laisse passer l’eau et crée ainsi une continuité dans le flux à l’image d’un pas de danse.

De plus, en amenant le verre de Murano à Versailles, Jean-Michel Othoniel opère une sorte de revanche sur le passé. Louis XIV avait en effet le désir de créer une manufacture de verre comme il l’avait fait à Sèvres pour la céramique. Afin d’exporter ce savoir-faire propre à la Sérénissime mais hautement protégé, Colbert débaucha une équipe de verriers vénitiens. Ironie du sort, ils seront rapidement assassinés obligeant Louis XIV à travailler directement avec la Cité des Doges pour la galerie des Glaces.

Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, simulation, 2012  ©Othoniel Studio
Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, simulation, 2012
©Othoniel Studio

Les « Belles Danses » s’inscrivent de manière subtile dans l’Histoire de Versailles et font dialoguer ensemble la sculpture, la danse et le jardin. A l’écoute des autres disciplines, Jean-Michel Othoniel avoue : « il n’y a pas de stratégie en art. En tant qu’artiste-plasticien, la chose la plus importante, c’est l’écoute, l’ouverture au monde. »

Lorsque la nature aura repris ses droits au printemps 2015, une performance orchestrée par des danseurs viendra inaugurer l’ensemble sublimé du duo français. Le ballet a résolument retrouvé ses lettres de noblesse !

Jennie Jieun Lee, la céramique à fleur de peau

Exposition « Smile Purgatory » de Jennie Jieun Lee à la Galerie Lefebvre et fils Jusqu’au 11 octobre 2014  (Attention la galerie est fermée du 05 août au 30 août inclus)

C’est d’un coup de cœur de Louis Lefebvre pour l’artiste américano-coréenne qu’est née cette première exposition en France.

« Je suis quelqu’un qui fonctionne vraiment à l’émotion et là, ça a été flagrant. J’ai vu ses céramiques et notre collaboration m’est apparue comme une évidence » souligne-t-il le sourire aux lèvres. Le galeriste, spécialisé dans la céramique française et contemporaine, a rencontré Jennie Jieun Lee dans le cadre d’un show curaté par Eddie Martinez à la Galerie Martos de New York. L’entente fut immédiate. C’était en février dernier. Depuis, l’histoire a fait son chemin.

Frank

Jennie Jieun Lee vient du monde de la mode – elle a été directrice artistique de la marque de prêt-à-porter Libertine – mais son cœur a toujours balancé du côté de l’art. « J’ai atterri dans la mode complètement par hasard. Finalement c’était plus une question d’opportunité » avoue-t-elle.

Après s’être essayée à la peinture et à la gravure, Jennie Jieun Lee se focalise rapidement sur la céramique. Ce médium traditionnel, particulièrement apprécié en Asie, lui permet une certaine perte de contrôle et laisse place au champ libre de l’expérimentation.

Miroir de sa pathologie passée, les œuvres de Jennie Jieun Lee s’inscrivent dans la lignée expressionniste. Au fil de son imagination, les couleurs se rencontrent et fusionnent, laissant entrevoir le visage d’une société en mal de spontanéité et de sincérité, comme des mannequins désincarnés sur papier glacé.

Grenny and Jam

L’agoraphobie a été un point de départ dans ton travail de la céramique, comment envisages-tu le processus créatif maintenant que tu es guérie ?

 Mon travail emprunte moins à mes souvenirs du passé qu’à mon évolution en tant qu’artiste et spectatrice des comportements individuels et sociaux. Aujourd’hui guérie de l’agoraphobie, lorsque je crée, je n’ai plus peur. Smile Purgatory à la Galerie Lefebvre & fils est une sorte de description des visages que chacun arbore en public – les visages que nous portons tous pour jouer dans le Théâtre du Monde.

 – Que penses-tu du fait que l’on qualifie ton œuvre « d’expressionniste » ? Te sens-tu en phase ou dans la lignée d’artistes appartenant à cette avant-garde ? Je pense en particulier à James Ensor ou Oskar Kokoschka. 

 Effectivement, je me sens très proche de l’expressionnisme et de ses différentes écoles. L’expressionnisme abstrait est un des mouvements qui m’a le plus marqué étant enfant lorsque ma mère nous emmenait au MoMA ou au Guggenheim à New York. L’utilisation massive de la couleur et la ferveur sont des valeurs artistiques que je partage. Récemment, j’ai également été très touchée par les céramiques de Asger Jorn, par Lucio Fontana et par la gestuelle des peintures de Marlène Dumas.

JJL

– Que représente pour toi la céramique ? Pourquoi l’as-tu choisie comme support plutôt qu’un autre ?

 J’ai découvert la céramique à l’université. J’ai tout de suite été séduite par la patience qu’elle impose. La céramique vous oblige à attendre, à cause des nombreuses étapes nécessaires de cuisson… J’ai tendance à être extrêmement critique et je perds rapidement patience mais avec la céramique ça ne me dérange pas de perdre le contrôle puisque je ne l’ai jamais eu ! Si j’apprécie le travail de la céramique, je pense toutefois revenir à des sculptures de plus grande échelle, inspirées de mes œuvres récentes.

– Comment appréhendes-tu la relation avec ton galeriste ? Quelles sont pour toi les recettes du succès ?

J’ai rencontré Louis l’année dernière et c’est devenu un ami formidable. Son énergie et sa culture m’inspirent et je suis honorée d’être exposée dans sa galerie, vieille de plus d’un siècle et riche d’histoires. Pour moi, la recette du succès est de toujours garder à l’esprit le proverbe « To thine own self be true » (Toujours être vrai) et d’aider les autres.

Pharrell Williams commissaire d’exposition, coup de pub ou coup de génie ?

Murakami Pharrell
Takashi Murakami « Portrait of Pharrell and Helen Williams »

Juger cette exposition, ouverte lundi soir en grande pompe dans le nouvel espace de la Galerie Perrotin, m’a confrontée à la même difficulté d’appréciation que le supermarché Chanel de Karl Lagerfeld. On emploie les grands moyens, ça amuse la galerie, les peoples sont au rendez-vous et surtout les médias en parlent. Faire preuve de discernement face à tout cela devient souvent un exercice périlleux.

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JR, Jean-Michel Othoniel et Daniel Firman

Pharrell Williams s’improvise commissaire d’exposition. Je serais presque tentée de dire un brin ironique : « [Ça] me plait. Quel événement ! » pour plagier les mots de Duras, dans Hiroshima, mon amour. En effet, devant la nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la starification grandissante des commissaires d’expositions dans l’art contemporain mais aussi sur leur légitimité. Moins formatés que les traditionnels conservateurs, les commissaires d’exposition – du latin curator, qui prend soin – ne se contentent pas d’être experts en histoire de l’art, critiques ou écrivains. Ils cherchent au contraire à sortir des sentiers battus en prenant de vrais partis-pris. Ils font bouger les lignes, provoquent de l’inattendu, apportent un vent frais à la manière des directeurs artistiques des grandes maisons de mode. Et étant donné qu’il n’y a pas de formation type pour atteindre ce graal, s’autoproclamer commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui pratique courante.

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Face à sa nouvelle fonction, le chanteur touche-à-tout fait tout de même preuve d’humilité et se considère encore en apprentissage… « Avec les artistes visuels, je suis comme un étudiant, j’apprends tellement à leurs côtés. » Pharrell, génie surdoué de l’industrie musicale mais pour l’heure, encore « baby curator ».

Celui dont les ritournelles Get Lucky et Happy nous font danser mécaniquement depuis plusieurs mois, souhaite rendre ici hommage aux femmes. Vaste programme, et des plus délicats…! Ceci dit, en s’inscrivant dans la lignée patronymique de son album baptisé « G I R L », Pharrell a déjà le mérite de faire preuve de cohérence. Mais bizarrement en découvrant l’exposition, je n’ai pas vraiment l’impression que les femmes soient au cœur du propos : elles m’apparaissent davantage en support qu’en véritable sujet. D’autant que Pharrell ne recule pas quand il s’agit de faire preuve de narcissisme voire de mégalomanie, à l’image de cette sculpture faite de résine et de verre brisé que Daniel Arsham a tout spécialement concocté pour l’occasion et qui semble nous murmurer « Pharrell, ce Dieu tout puissant ».

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En s’auto-adulant, l’apprenti-commissaire nous fait vite perdre le fil de l’exposition qui s’apparente davantage à une accumulation de grosses pointures de l’art qu’à un véritable dialogue créatif. Bien sur, l’exposition reste très premier degré et n’entend pas révolutionner nos idées sur le féminisme. Si vous recherchez quelque chose de plus sensible et profond, filez voir Chen Zhen avant le 07 juin dans l’espace principal de la Galerie au 76 rue de Turenne. Ici, les œuvres doivent être prises sur le ton de l’humour, comme ce « savoureux » cliché de Terry Richardson qui, en phase avec sa réputation sulfureuse, dévoile un sexe féminin orné au trois quart d’une friandise portant la mention « eat me ». Tout un poème…

Terry Richardson, Eat me

foto 2 alex katz

Mais elles sont parfois aussi un peu plates comme ce nu sans intérêt de Alex Katz, artiste que j’admire pourtant profondément. Il semblerait que la déception fasse aussi partie des émotions artistiques.

Sur les 37 artistes représentés, 18 sont des femmes, de quoi presque contenter les inconditionnels de la parité ! Les Guerillas Girls clin d’oeil à l’exposition « elles@centrepompidou » ouvrent le bal, s’en suit Cindy Sherman désarmante de simplicité ou encore Aya Takano, fidèle du crew Perrotin dont l’univers manga touche par sa charge érotique innocente. Les références sont là mais la magie ne s’opère pas instantanément. Heureusement, l’exposition finit à mon sens en beauté. Car si elle fait la part belle dans sa majorité au clinquant et au bling-bling, la dernière salle qui réunit entre autres, Sophie Calle, Germaine Richier, Prune Nourry et Paola Pivi, rehausse enfin le ton et apporte de la substance à cette vaste machinerie commerciale.

Devant la frénésie aveuglante du marché de l’art et de façon plus générale de l’industrie du luxe, chacun est libre en effet de défendre sa propre esthétique et son sens critique… sans oublier de se laisser guider par l’essentiel : l’émotion.

Vue Girl

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Monumenta 2014, un colosse aux pieds d’argile ?

« L’Etrange Cité », Ilya et Emilia Kabakov, Grand Palais, jusqu’au 22 juin 2014
L’Etrange Cité

Se confronter aux 13 500 m² de la Nef du Grand Palais n’est pas une mince affaire. En témoigne cette sixième édition de Monumenta où le couple Kabakov nous propose de voyager dans l’utopie de leur « étrange cité ». À la leur de projets à la fois artistiques et scientifiques, le parcours décomposé en neuf étapes, entend transmettre une vision progressiste de l’humanité et invite à rêver.

La coupole et l'entrée de la cité
La coupole et l’entrée de la cité

Certaines installations sont en effet plus accessibles, plus immédiates par leur poésie intrinsèque : la coupole aux sons et lumières, le musée vide rythmé par la Passacaille de Bach ou encore l’allégorie de l’ange comme aspiration au bonheur.

Le musée vide
Le musée vide
Comment rencontrer un ange ?
Comment rencontrer un ange ?

D’autres interpellent à l’image de la reconstitution de Manas, cité disparue du Tibet qui « a la particularité d’être sur Terre et d’avoir son double dans le ciel. » En faisant appel à une multitude de références à la fois bibliques, historiques ou esthétiques, le visiteur se perd et peine à faire le lien entre les différents espaces. Tour de Babel, Monument à la Troisième Internationale de Tatline, vicissitudes de l’ère Soviétique, chapelles de la Renaissance s’ordonnent de manière énigmatique et ambiguë. 

Les portails
Les Portails

L’œuvre des Kabakov a certainement besoin de temps pour être appréhendée, digérée. Pourtant, lorsque l’on repense à l’intention première de Monumenta qui est de « faciliter la rencontre entre l’art contemporain et les publics », on ne peut s’empêcher de croire que le projet s’enferme ici dans un hermétisme certain. L’intention est bonne, savamment documentée, illustrée mais le résultat est inégal.

La chapelle blanche
La chapelle blanche

L’œuvre souffre de son format. Phagocytée et réduit à la taille de ses maisonnettes, elle s’écrase sous la verrière du Grand Palais et n’exploite pas l’immensité de l’espace. Cet écueil était mon appréhension première lorsque j’avais découvert les maquettes du projet en 2013, juste après sa suspension par le Ministère de la Culture. La Nef du Grand Palais est en effet incroyable tant par son volume que par sa verrière étincelante de lumière, aspects que l’Etrange Cité ne parvient pas à honorer. En 2012, j’avais déjà été frappé par la proposition de Daniel Buren, démesurément basse, en comparaison avec le « Léviathan » gonflé à l’hélium d’Anish Kapoor qui tel un monstre géant siégeait omnipotent. J’avais cependant apprécié la manière dont l’œuvre quadrichromique de Buren jouait avec la lumière et la transparence de la verrière. Ici, les Kabakov nous entrainent dans un labyrinthe aux allures méditerranéennes où des bâtisses dépourvues de fenêtres aveuglent par leur blancheur immaculée. Un choix qui s’avère somme tout limité.

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Agenda Culturel printemps 2014

« Robert Mapplethorpe » , Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

C’est la première grande rétrospective en France, consacrée à cet « enfant terrible » de la photographie. Rassemblant plus de 250 clichés, l’exposition jette un regard plutôt timoré sur l’oeuvre subversive de Mapplethorpe de 1970 à sa mort précoce en 1989.

Mapplethorpe

Sexualité et pornographie sont en effet au coeur de sa démarche esthétique et de sa quête effrénée de perfection dans un New-York en pleine libération des moeurs. Les corps sont sculpturaux, puissants, masculinisés à souhait, presque faits de marbre et d’acier. Les fleurs se font à la fois délicates et sulfureuses, rappelant le travail pictural de O’Keefe dans les années 20. « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs«  disait-il

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Une partie de l’exposition est consacrée à sa muse Patti Smith tandis qu’une pièce interdite aux moins de 18 ans, sorte d’enfer contemporain, dévoile les oeuvres les plus « sexuellement explicites ». Une série de portraits rassemblent enfin les plus grands avec entre autres Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Grace Jones, Cindy Sherman, Deborah Harry, Louise Bourgeois. Saurez-vous les reconnaître ? A l’image de Newton en 2012, cette rétrospective demeure toutefois trop courte et restreinte dans cet espace dénué de toute mise en scène. A regret.

Mapplethorpe

« Henri Cartier-Bresson », Centre Pompidou, jusqu’au 13 juillet 2014

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des aspects autres de sa personnalité comme son engagement politique et son expérience du septième art. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

La scénographie manque toutefois d’audace (comme souvent dans les expositions photos) et la densité quasi-encyclopédique de oeuvres présentées étouffe dans l’espace confiné de la galerie 2… Dommage !

Henri Cartier-Bresson

« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Galliera, jusqu’au 25 mai 2014

 » I always felt we were selling dreams, not clothes. » Irving Penn

« J’étais intéressé par le sentiment du hasard, je voulais introduire la réalité de la vie dans ce monde artificiel. » Alexandre Liberman.

"Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild" Bert Stern (1962)
« Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild » Bert Stern (1962)

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue – environ quatre-vingts photographes – mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W.

Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires. Une jolie surprise, à ne surtout pas manquer que vous soyez un aficionado de photographie ou de mode.

Albert Watson Vogue US 1977
« Debbie Dickinson & Christie Brinkley » Albert Watson (1977)
 « L’Etat du ciel », Palais de Tokyo, jusqu’au 07 septembre 2014

edc-part1Autour d’une thématique au ton grave et éminemment politique, le Palais de Tokyo nous invite cette saison à réfléchir « aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et ce, à travers les propositions d’une dizaine d’artistes, dévoilées en trois volets.

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Le parcours débute avec Histoire de fantômes conçue par Georges Didi-Huberman en hommage à l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg. Basée sur le thème de la lamentation, cette installation spectaculaire mêle vidéos projetées au sol, alternance de sons à la vocalité troublante et photographies de Arno Gisinger. Multi-sensorielle, elle nous incite à méditer sur notre faible condition au regard de l’Histoire et du nécessaire devoir de mémoire. 
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Une oeuvre qui fait écho au travail remarquable de Angelika Markul, Terre de départ. Avec le film « Bambi à Tchernobyl« , l’artiste nous confronte à une réalité que nous préférerions oublier, celle d’un passé honteux, d’une ville fantôme où la nature a progressivement repris ses droits face à une catastrophe écologique majeure. Par une réflexion globale et philosophique, l’artiste s’interroge ainsi sur la force des éléments et les erreurs de l’homme en inversant le flux des chûtes d’Iguaçu dans une vidéo qu’elle confronte à une installation transposant les conséquences dramatiques des accidents pétroliers et des marées noires. Bouleversant.
Petit bémol pour David Douard, dont la proposition « Mo »swallow » ne m’a pas émue et m’a même légèrement excédée. Protéiforme, cette première monographie entend questionner la toxicité de notre monde contemporain, les « maladies du réel » qui se propagent à la vitesse d’une rumeur. Un propos confus qui se disperse dans des réalisations plastiques  hermétiques et au discours incantatoire pour un visiteur non-averti.
« Alex Katz, 45 Years of Portraits. 1969-2014 », Galerie Thaddaeus-Ropac, jusqu’au 12 juillet 2014

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous !

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Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement !

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A venir :

Dries Van Noten, Inspiration, au Musée des Arts Décoratifsjusqu’au 31 août 2014

L’Etat du ciel, Partie 2, dès le 25 avril 2014

Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dès le 25 avril 2014

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabokov, dès le 10 mai 2014

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