Je suis une Fille Confettis

Dans ce nouveau numéro, notre Paulette affronte la grisaille à coup de paillettes et de confettis. Rien ne l’arrête de jour comme de nuit car la vie est une fête !

Découvrez notre cover-girl tout sourire et couronnée de sa perruque rose barbe-à-papa so Closer.

Au programme, un blabla art pailleté entre John Arlmeder, Tré Resing et Hannah Altman.

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Une rencontre avec Sara Rainoldi, jeune peintre porteña qui lie l’art et de la mode du bout de son pinceau coloré.

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Une enquête dans les arcanes de la fête avec de nombreux témoignages entre la nuit parisienne, le Berghain, Venise, Coachella, Burning Man, le Bal des Princesses… Quand sortir devient un mode de vie : vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

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Enfin, je me suis prêtée au jeu de l’interview en ouvrant les portes de mon dressing sous l’oeil de mon frère photographe Julien Weber.

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L’hiver sera coloré ou ne sera pas !

Belle lecture les Paulette <3

Je suis une Fille Lait Fraise

Paulette n°22

Numéro Spécial Eté

 

Les couleurs pastels sont à l’honneur.
Au programme, une déferlante de tonalités roses qui vont vous donner envie prendre le large vers les bords de mer, une glace à la main.

Ce mois-ci, je vous emmène à la rencontre de Petra Collins et de son collectif ultra-féminin The Ardorous.

Paulette_N22_39Découvrez également son ouvrage Babe mais aussi Mayan Toledano et sa marque Its Me and You.

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Pour couronner le tout, je vous livre ma petite enquête sur l’expansion des foires d’art contenporain dans le monde.

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Bonne lecture les Paulette !

Surface to Air : au delà de la mode

Article illustré d’une série mode et art réalisée par Jean Picon pour Surface to Air (collection Automne-Hiver 2014)

A mi chemin entre les différents champs de la création contemporaine, Surface to Air voit le jour à l’aube des années 2000 à Paris avec à sa tête, Jeremie Rozan, Aldric Speer et Santiago Marotto. Au départ studio de création pour des labels de musique, l’aventure mode commence en 2004 avec une première collection homme. Complétée en 2007 par la femme, les pièces se démarquent par « un mélange d’allure parisienne et de sportswear américain contemporain » qui font de Surface to Air un véritable life-style.

Photo : Jean Picon - Palais de Tokyo - "Flamme Eternelle" par Thomas Hirschhorn
Photo : Jean Picon – Palais de Tokyo – « Flamme Eternelle » par Thomas Hirschhorn

Sous l’impulsion de Aldric Speer, directeur de la création, la marque ainsi baptisée en référence aux missiles anti-aérien s’inscrit rapidement dans une succession de collaborations à la croisée de la musique, de l’art et du cinéma. C’est ainsi que Justice entre dans l’histoire créative de Surface to Air quand Jeremie Rozan réalise en 2006 le clip vidéo de « We are your friends ». De cette rencontre née l’envie de collaborer à nouveau et le duo de musique électronique est invité en 2008 à imaginer deux vestes en cuir signature. Devenues des intemporelles pour la marque, le succès est immédiatement au rendez-vous.

Photo : Jean Picon - Monsieur Bleu
Photo : Jean Picon – Monsieur Bleu

La tradition est ensuite perpétuée par des personnalités remarquables à l’image de Kid Cudi, rappeur et star de HBO, Theophilus London jeune rappeur new-yorkais, Kim Gordon musicienne du groupe Sonic Youth, Alisson Mosshart chanteuse du groupe The Kills, Leigh Lezark, mannequin et DJ new-yorkaise ou encore Aaron Young, artiste américain. Tous contribuent à construire avec brio l’identité transversale de S2A en rassemblant les inspirations.

Photo : Jean Picon - Palais de Tokyo
Photo : Jean Picon – Palais de Tokyo

Dans cette lignée, Surface to Air a dévoilé avec fin juin sa toute dernière collaboration avec AIMKO lors d’un événement au flagship store de la rue Vieille du Temple : une collection capsule de quatre tee-shirts au design exclusif, orchestrée par le collectif Fuzlab.

Photo : Jean Picon
Photo : Jean Picon

Composé de Fabrizio Moretti, le batteur des Strokes et de Renald Luzier, dessinateur satirique pour le Charlie Hebdo, ce duo de dessinateurs a réalisé à quatre mains une frise géante à l’encre de Chine et au posca sur un rouleau d’imprimeur de 80m de long. Commencée en 2012 dans l’antre de la Galerie Perrotin et fruit de longs mois de travail, l’œuvre entend réinterpréter le mythe grec Thésée et le Minotaure.

Photo : Jean Picon
Photo : Jean Picon

Elle sera visible à la rentrée prochaine et dans son intégralité dans un lieu incontournable de la scène artistique contemporaine parisienne… Alors, afin de nous tenir en haleine, les deux artistes se sont pris au jeu d’une performance en répliquant en temps réel une partie de la frise sur le mur de la boutique iconique du Marais. De quoi contenter toutes les sensibilités !

Photo : Jean Picon Courtesy Galerie Perrotin
Photo : Jean Picon
Courtesy Galerie Perrotin

Compte tenu de cette identité protéiforme propre à Surface to Air, nous avons choisi de réaliser le shooting photo au sein du Palais de Tokyo et de la Galerie Perrotin afin de célébrer la rencontre de l’art et de la mode. Ce dernier met principalement en scène des pièces de la prochaine collection Automne Hiver 2014 dont les inspirations tirent leurs racines dans l’attitude et la féminité des femmes samouraïs. À la manière d’une armure, le corps est sublimé, sculpté grâce à des imprimés audacieux et des coupes pointues.

Photo : Jean Picon - Courtesy Galerie Perrotin - "Steel Eroded Compact Disc Sign" by Daniel Arsham
Photo : Jean Picon – View of / vue de l’exposition de Daniel Arsham « The Future is Always Now » – « Steel Eroded Compact Disc Sign » – Courtesy Galerie Perrotin

Et quoi de mieux pour célébrer la rencontre de la mode, l’art et la musique que les oeuvres de Dianel Arsham en toile de fond ? L’artiste new-yorkais est exposé à la Galerie Perrotin jusqu’au 26 juillet et dévoile ses dernières réalisations autour de l’univers musical. Suspendues dans un espace temps qu’on ne saurait identifier, des sculptures érodées comme des fossiles représentant guitares, platines, microphones, radio-cassettes troublent notre perception par leur étrange physionomie.

« Arty », un mot un peu trop à la mode ?

De par mes aspirations, il y a un mot devant lequel mes yeux sont tout spécialement rivés, voire presque écarquillés en ce moment, c’est le mot arty.

Arty

En effet, depuis que Prada a fait appel à des artistes pour réaliser ses robes-tableaux, que Céline s’est illustré dans l’art des motifs « coup de pinceau » ou que Chanel a accessoirisé ses mannequins d’un carnet à dessins d’écolière sur un catwalk aux allures de foire d’art contemporain, ce terme a fleuri dans les magazines avec l’arrivée du printemps.

Chanel PE 2014

Evidemment, le concept ne date pas d’aujourd’hui. Jean-Charles de Castelbajac a fait de l’art d’utiliser dessins, peinture et couleurs franches sa marque de fabrique. Mais ces derniers temps, j’ai fait le test en lisant l’essentiel de la presse féminine (Grazia, Elle, Be, Vogue etc.) et je pense que j’ai bien du croiser cette expression trois fois par page.

Emporté par le diktat qu’imposent les défilés des grandes maisons, tout devient « arty » : une traînée de poudre colorée sur une paupière, une coiffure laquée effet « peinture fraîche », une pochette aux motifs « palette du peintre », une chemise aux imprimés figuratifs et même un week-end pop et culturel. Faire de l’art, un art de vivre, une attitude s’inscrit définitivement dans l’air du temps.

Fyodor Golan - Runway: London Fashion Week SS14

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De manière générale, le journalisme de mode utilise les anglicismes à foison, parant ainsi certaines notions de qualités hors norme : c’est trendy, girly, boyish, glossy, sunny. L’anglais a en effet l’avantage d’être très directe conceptuellement parlant. Mais quand je tombe sur « les tendances fortes de l’été mêlent imprimés arty, streetwear ethnique et jupettes girly« , je ne peux m’empêcher de croire que certaines phrases frisent presque le ridicule.

Pour aller un peu plus loin dans ma réflexion sur le mot arty, je suis partie à la recherche de sa définition :

« Se dit de quelque chose (un mouvement, une oeuvre d’art par exemple) ou quelqu’un qui se veut artistique, d’avant-garde, novateur, sans que ces prétentions ne soient forcément justifiées. »

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Cette dernière a le mérite d’être claire et honnête. En effet, il ne suffit pas par exemple d’élaborer un haut fait des lanières de tissus pour s’écrier « Sublime, c’est un Fontana ! »… et je parle en connaissance de cause.

Que la mode s’inspire de l’art, je n’y vois aucun inconvénient bien au contraire. Les exemples réussis font légion – à l’image de l’hommage récent à Magritte de Opening Ceromony – mais ce que je déplore, ce sont les approximations dont fait parfois usage le monde de la mode au sujet de l’art.

Magritte Opening Ceremony

Lorsque je lis « la tendance arty s’adresse à tous les adeptes des tonalités pop et des motifs abstraits » avec pour illustration l’une des robes de Prada qui arbore un visage, je grimpe au plafond. Vous allez me taxer de puriste. Certes. Mais faire la différence entre abstraction et figuration est élémentaire et ne requiert aucune compétence en histoire de l’art.  

De plus, il suffit de s’attarder un peu plus longtemps sur cette nouvelle tendance pour se rendre compte que finalement, n’importe quel vêtement qui arbore imprimés, sequins et aplat de couleurs vives peuvent se réclamer cette saison de la mouvance arty. Comme si la mode avait inévitablement besoin de ce supplément d’âme pour se donner du crédit.
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Une conclusion qui va dans le sens du dernier essai de Gilles Lipovetsky et de Jean Seroyva qui prône « l’esthétisation du monde ». A l’ère de l’hypermodernité, nous serions en effet entré dans un « capitalisme artiste » où se distinguer parmi la surabondance passerait par la production de « beau » (au sens émotionnel et esthétique du terme). Un ouvrage stimulant qui rappelle que si la sensibilité esthétique s’est exacerbée au point de nous transformer tous en « homo aestheticus », l’art contemporain persiste à être l’apanage d’une culture d’élite relativement homogène. Chacun son domaine.

Pour approfondir sur la thématique art et mode, j’invite mes lecteurs à se référer à mes précédents articles.

L’ère des collaborations artistiques

La fonction de l’art dans l’univers de la mode et du luxe

N’hésitez pas à me faire part de vos points de vue en réagissant dans la partie commentaire.

Contact : pauline.weber@theatredelacreation.com

Les filles de la « Classe Thomsen » libérées à la Galerie Perrotin

Pour présenter sa nouvelle collection Automne-Hiver 2014-15, Thomsen a choisi l’antre de la Galerie Perrotin et noue un nouveau dialogue à la confluence de la mode et de l’art contemporain.

Pensée comme une véritable visite guidée, les invités sont introduits aux filles de la « Classe Thomsen » qui « libérées par leurs professeurs après plusieurs années d’éducation artistique intensive, jettent un regard innocent et fantasque sur le monde qu’elles découvrent. »

Basés sur un scénario déluré de Arthur Dreyfus, les looks « défilent » sous les yeux intrigués du visiteur qui se promène entre les salles d’exposition et découvre la personnalité de ces filles aux caractères bien différents.

Certaines récitent leurs cours d’histoire de l’art à tue-tête sans s’écouter, d’autres admirent des sculptures d’Ivan Argote à travers une loupe ou une paire de jumelles. Une se complaît dans l’art du tricot derrière son grand manteau jaune tandis que deux de ses camarades s’adonnent aux plaisirs du selfie.  Quand Alexandre aime les mathématiques, Michelle dessine, Marcelle joue avec son poisson rouge ou Raphaëlle s’affaire à créer du beau avec une guirlande. Anne par goût de la transgression, va même jusqu’à feindre de caresser, lécher une des toiles multicolores de Bernard Frize. Tout ce petit monde hétéroclite s’agite à la manière d’un happening sans nous faire oublier l’essentiel : la mode, la mode, la mode.

Reprenant les codes chers « à la marque de chemises conçue pour ses amis », Thomsen flirte avec poésie et légèreté dans l’univers de l’écolière, de l’étudiante arty.

Affranchie, la jeune fille Thomsen se joue des conventions et affiche des coupes droites aux allures masculines : manteau oversize, tailleur pantalon en velours marine, gilet d’homme décliné en robe, caban sans manches à double boutonnage, mocassins.

Mutine, elle aime les imprimés audacieux, les rayures de couleurs contrastées qu’elle marie avec grâce au fluo de ses chaussettes. Elle brave la pluie sous son manteau en toile cirée à motifs, porte son pantalon un peu trop court et boutonne sa chemise jusqu’en haut.

Moderne, elle dévoile avec discrétion sa féminité dans une jupe pencil taille haute portée avec une maille, dans une robe bi-matière ajustée dont le large nœud délicatement greffé dans le dos n’est pas sans rappeler les fourreaux de Vionnet, Yves Saint Laurent et Alexis Mabille.

Bref, Thomsen c’est la classe !!

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L’ère des collaborations artistiques

La rentrée fut marquée par une collaboration très attendue , celle de Yayoi Kusama et de Louis Vuitton

Les vitrines du célèbre malletier ont été transformé pour l’occasion en véritable espace d’exposition poussant à son paroxysme la confusion entre monde de l’art contemporain et monde du luxe.

Je me suis déjà exprimée à plusieurs reprises sur cette thématique – je vous renvoie à ce propos aux précédents articles sur l’art, la mode et le luxe et sur l’exposition de Louis Vuitton-Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs- mais, je souhaitais ici revenir sur quelques faits marquants qui ont animé cette année 2012 signant ainsi la consécration ultime de l’artketing.

Marc Jacobs a été l’un des pionniers en la matière.
Grand collectionneur et connu pour son goût de l’art, il a initié dès 2001 une série de collaborations successives (Stephen Sprouse, Takashi Murakami, Richard Prince) qui ont animé ses collections de maroquinerie pour Louis Vuitton. Bien que le résultat esthétique semble parfois contrasté, la stratégie s’est avérée payante pour ce grand magma du luxe.

A tel point que Delphine Arnault, directrice générale adjointe chez Dior, a elle aussi mis son dévolu sur un artiste, Anselm Reyle, pour revisiter les accessoires iconiques de la maison. Une façon pour cette passionnée d’art contemporain de rendre hommage à l’esprit avant-gardiste de Christian Dior, qui, ne l’oublions pas, fut galeriste avant de se lancer dans la Haute-Couture.

Tous les ingrédients ont été réunis pour obtenir la recette du succès : un artiste contemporain côté sur le marché de l’art, un patrimoine historique et culturelle mis en avant, une image de marque revalorisée.

Comme l’affirme Yves Carcelle, ancien président de Louis Vuitton : « L’univers du luxe partage avec le monde de l’art, les valeurs d’émotion et de passion pour la création. Si la marque inspire les artistes, ils stimulent notre maison en retour. C’est donc un processus d’inspirations mutuelles très productif. »

Pourtant, bien que je trouve les initiatives de Louis Vuitton et de Dior intéressantes, le travail d’un artiste n’est à mon sens pas le même que celui d’un artisan ou d’un couturier. Appliquer, adapter les codes de l’art à l’univers du luxe ne me parait pas toujours approprié. L’art contemporain est indiscutablement à la mode mais l’utiliser à outrance pour parer le monde du luxe d’une identité arty me paraît à terme limité.

Dans la même lignée, Lancel s’est inspiré de Dali en revisitant le Daligramme, alphabet secret composé pour Gala et composé de huit cryptogrammes. Les motifs gravés au laser sont déclinés sur différents modèles de sac et accessoires de petite maroquinerie.

Les collaborations artistiques font également légion dans le secteur de la beauté. Isabelle Musnik, fondatrice du trendmag Influencia, en explique les raisons : « D’une part, l’art contemporain est de plus en plus populaire ; d’autre part, les marques doivent répondre à plusieurs problématiques : toucher à l’exceptionnel et faire rêver le public, enrichir son ADN en conservant les valeurs propres au luxe. La solution : se positionner comme des néomécènes en proposant des produits arty qui donnent au consommateur le sentiment d’acquérir une oeuvre d’art. » 

Ici, la femme Prada Candy est imaginée par l’illustrateur François Berthoud et le personnage de la Petite Robe noire de Guerlain crée par le couple Kuntzek+Deygas. Le créateur s’impose en directeur artistique  pour réenchanter la vision de la marque dans le respect de ses codes.

Dans un autre domaine, Jean-Michel Othoniel, artiste connu pour ses sculptures de verre, réalisa deux montres pour Swatch qu’il présenta à la Biennale de Venise 2011. Le bracelet est fait de perles noires pour l’un, multicolores pour l’autre. Ici, l’artiste a véritablement imposé sa vision en créant une montre à son image.

Ces rapprochements des mondes de la création n’est pas nouveau et Yves Saint-Laurent déclarait lui-même : « J’ai de tout temps été passionné par la peinture, il était donc naturel qu’elle inspire mes créations. On se doute que mon propos n’a pas été de me mesurer aux maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie. »

Une vision que Guillaume Henry, directeur artistique de la maison Carven, partage. Certaines silhouettes du défilé automne-hiver 2012-2013 s’inspirent en effet des toiles de Jérôme Bosch, peintre néerlandais de la Renaissance. L’impression numérique est très réussie et le résultat sublime : les couleurs sont lumineuses et mettent en valeur le thème figuratif reproduit. Victimes de son succès, les pièces ont été sold-out dès leur sortie en boutique… à mon grand désespoir !

Culture mode : Louis Vuitton-Marc Jacobs et Helmut Newton s’invitent à Paris

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition « Voyage en Capitale » qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite « Trianon », très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la « toile Damnier » (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram « LV ». La maison devient alors spécialiste en « emballage des modes » et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde « L.H.O.O.Q » de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

« Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie. » MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers « superflat » coloré (2003).

« Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties. » MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du « porno-chic », Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le « 8ème art » n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

La fonction de l’art dans l’univers de la mode et du luxe

Je commence ici un article qui me tient grandement à cœur puisqu’il abordera dans son expression la plus sincère, la relation ambiguë et controversée qu’entretiennent l’art et la mode, l’art et le luxe. Des mondes attirants, intimidants qui tendent aujourd’hui à se confondre dans leurs excès tant spéculatifs que mondains.

Pour illustrer ces propos, on ne peut s’empêcher de penser aux « supers-stars » du système de l’art contemporain à l’image de Jeff Koons, Takashi Murakami, Wim Delvoye que les collectionneurs François-Henri Pinault et Bernard Arnault, à la tête des deux plus beaux empires du luxe, s’empressent d’acquérir.


De plus, lorsque l’on observe des événements comme la Biennale de Venise ou encore plus flagrant, la Miami Art Basel, foire d’art contemporain la plus fashion du moment, née de sa célèbre consœur helvétique, on se rend bien compte – au regard de l’élite qui fréquente ces lieux – de la convergence inéluctable qui s’opère entre ces deux mondes.

Pourtant, cette fascination réciproque entre l’art et la mode n’est pas un fait contemporain. Déjà dans les années 20, Elsa Schiaparelli inaugurait une tradition de collaboration avec Salvador Dali, en créant des sweaters trompe-l’oeil d’inspiration surréaliste qui marqueront les esprits, tendance qu’elle perpétuera avec la robe-homard à forte symbolique sexuelle.

Par ailleurs, Sonia Delaunay, femme du célèbre peintre orphiste, concevait des vêtements géométriques (cf. les « robes-simultanées ») aux couleurs vives et aux matières variées, qui ne sont pas sans rappeler ses tableaux et le constructivisme russe.

Par la suite, Warhol ancien illustrateur de mode pour Vogue et Harper’s Bazaar, n’a cessé tout au long de sa carrière, de flirter dans ses œuvres d’art avec le monde de la mode et du luxe à l’image de sa série « Diamond Dust Shoes » (1980-81) où les toiles représentant des escarpins en vrac, sont recouvertes de poudre de diamant. Yves Saint Laurent dans une démarche, je dirai plus pure et plus sensible, rend lui aussi hommage aux artistes avec sa robe Mondrian (1965) et sa robe Braque (1988) pour ne citer qu’elles. La mode devient un langage artistique à part entière.

L’apparition dans les années 90 d’empires du luxe à l’image de LVMH et PPR a accéléré ce processus de cross-over. On ne compte plus aujourd’hui les collaborations entre artistes et marques de luxe et on ne s’étonne plus de voir ces mêmes maisons faire du mécénat culturel ou créer leur fondation. Les exemples à l’image de Cartier, Vuitton, Hermès, Prada, pullulent et sont révélateurs d’une tendance de fond : l’art contemporain est à la mode. Le luxe s’esthétise et on n’est pas surpris de découvrir que Marc Jacobs lui-même est amateur et collectionneur d’art. Les artistes sont invités à se lancer dans des projets, qu’ils ne pourraient jamais mener de front, sans le soutien financier des entreprises du luxe qui se parent ainsi d’une image de marque plus arty. Les frontières entre art, mode et luxe s’avèrent de plus en plus floues. L’exemple le plus frappant, vécu par certains comme une profanation dans le temple de l’art, est sans doute l’installation de la boutique Vuitton lors de la rétrospective Murakami en 2007 au MoCA de Los Angeles. Le luxe franchit la porte du musée et consommer devient un acte culturel, une revendication esthétique.

Autre fait marquant pour conclure : le 15 septembre 2008, alors que la chute de Lehman Brothers entraîne avec elle la bourse américaine, Damien Hirst, chef de file des Young British Artists (YBA), prend le marteau chez Sotheby’s et organise sa propre vente sans passer par la médiation d’une galerie. Une première pour la maison comme pour un artiste. Hirst parvient ainsi à court-circuiter le système et vend près de 223 pièces pour un total de 139,5 millions d’euros (estimation initiale : 81 millions d’euros). Toutefois, il faut bien garder en tête qu’il y a toujours un marchand d’art ou un grand collectionneur pour faire artificiellement monter les prix. Ce genre de pratiques ne peuvent qu’inquiéter. Et, ces logiques financières rapprochent visiblement le marché de l’art à celui du luxe. On serait entré dans l’ère du « financial art », de la « tritisation du néant » pour reprendre Aude de Kerros, artiste et auteur d’un livre incontournable intitulé L’Art caché, les dissidents de l’art contemporain. Pourtant, ceux qui voient l’art comme une valeur refuge « as good as gold » se trompent : une œuvre n’aura à mon sens, jamais la même liquidité que l’or. Et lorsque l’on regarde ces œuvres emblématiques de Hirst : le veau d’or ou ce crane incrusté de 8601 diamants baptisé « For the Love of God », on est cœur de cette hybridation monstrueuse entre art et luxe.

L’art et le luxe se sont aujourd’hui mués dans un langage de signes et de symboles, déconnecté de toute réalité. Pourtant si ces deux mondes cohabitent, il n’y a jamais réellement de fusion : c’est un perpétuel mouvement d’attraction et de répulsion.

Concernant le marché de l’art en France, il semblerait que nous devrions sérieusement engager une réflexion de fond… sinon la réflexion se fera sans nous.

Pour aller plus loin :

Art & Mode, Florence Müller, Assouline, 1999

Art Business (2), Judith Benhamou-Huet, Assouline, 2007

L’Art Contemporain et la Mode, Jill Gasparina, Editions du cercle d’art, 2007

« Le Luxe et l’Art, du Marketing à l’Arketing » de Christophe Rioux in Le Luxe, Essais sur la fabrique de l’ostentation, sous la direction d’Olivier Assouly, Editions IFM / Regard, 2011

Madame Grès, quand couture rime avec sculpture

Grande inspiratrice de la mode contemporaine, Madame Grès (de son vraie nom Germaine Krebs) reste pourtant assez méconnue du grand public. Et c’est un tord ! Celle qui ne cessera de répéter toute sa vie qu’elle voulait être sculpteur et que travailler le tissu ou la pierre, c’était somme toute la même chose, ne pouvait trouver meilleur écrin qu’au Musée Antoine Bourdelle, élève de Rodin. Et pour cause : de la sculpture à la couture, il n’y aurait donc qu’un pas et Madale Grès en est la preuve vivante.

Cette idée originale s’inscrit dans la programmation hors les murs du musée Galliera (musée de la mode de la ville de Paris actuellement fermé pour travaux de rénovation) orchestrée par son directeur Olivier Saillard, grand historien de la mode dont j’ai déjà parlé lors de mon précédent article sur la mode contemporaine aux Arts Décoratifs.

Cette exposition entre scultpure et couture sera donc l’occasion pour les néophytes de découvrir un lieu charmant à deux pas de Montparnasse qui arbore un joli patio avec jardins et ateliers. J’ai d’ailleurs remarqué ce musée en flanant au hasard d’un chemin et j’ai été étonné par la quiétude et l’ambiance quasi-méditative presque rassurante, qui s’en dégageait. Quel fut donc mon enthousiasme en apprenant qu’il allait accueillir une exposition de mode !

Forte de quatre-vingts pièces provenant du musée Galliera et de collections privées (dont celle de Azzedine Alaïa, un de ses grandes admirateurs) d’une cinquantaine de photographie originales ainsi qu’une centaine de croquis, l’exposition permet de redécouvrir le travail de Madame Grès et d’en percevoir les évolutions même si le style se veut intemporel, principe cher à la créatrice qui refusa de se laisser influencer par les effets de mode. Les robes de la créatice sont habilement réparties dans les onze salles qui composent le musée Bourdelle. Un véritable parcours initiatique. On apprend ainsi qu’elle débuta comme modiste sans même savoir coudre mais qu’elle y remediera en deux mois. D’ailleurs, elle n’aura pas besoin de beaucoup « coudre » pour réaliser son célébre plissé fait de jersey de soie, un textile lourd et souple qui ne tardera pas à devenir sa marque de fabrique. Après avoir crée sous le nom d' »Alix » et forte de son succès avec les costumes de la « la Guerre de Troie n’aura pas lieu » en 1935, elle ouvre la maison Grès en 1942 (pseudonyme provenant de l’anagramme tronqué du prénom de son mari peintre, Serge). Ses robes avec ses drapés d’inspirations antiques, à l’allure volontairement asymétrique sont crées à même le corps pour donner aux femmes l’âme d’une déesse.

Les robes de Grès sont légères, presque minimalistes et n’admettent aucune contrainte : pas de corset ni de baleines à la poitrine. Le corps doit être libre. Les fronces exceptionnelles qu’elle parvient à composer avec le tissu, tel du papier crépon, impressionnent d’ailleurs par leurs régularités parfaites qui confèrent à ses créations une remarquable profondeur (en particulier à la poitrine) sans aucune pince !

Celle qui a été nommée Présidente de la « Chambre Syndicale de la Couture Parisienne », qui a reçu en 1976 le Dé d’Or de la Haute Couture (une première pour une femme) ainsi que la Légion d’Honneur pour sa contribution à la renommée mondiale de la France, mourra pourtant en 1993 dans le denuement plus totale suite à des difficultés financières qui ont entrainé la liquidation de sa maison en 1987. On espère donc que cette exposition opérera comme une sorte de réparation pour cette grande Dame de la Mode.

« Je souhaite que le monde entier découvre cette grande dame de la mode française. Ses robes sont si modernes qu’on ne peut les dater. Elles sont éternelles » confesse à ce titre, Azzedine  Alaia.

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Madame Grès. La couture à l’oeuvre.

Du 25 mars au 24 juillet 2011 au Musée Bourdelle.

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