Rio Arty // Madame Figaro

J’étais excitée comme une puce en arrivant à Rio. Une énergie grisante m’a envahie de toute part, malgré mes petites nuits et le retard de sommeil accumulé depuis que 2017 a pointé son nez. J’ai retrouvé la ville de tous mes fantasmes, celle dont j’ai si peu goûté les trésors à l’échelle de ma vie et qui pourtant m’obsède depuis bien des années.

Avec son Carnaval, sa culture du soleil, ses plages urbaines, sa nature environnante et son culte du corps, Rio est un petit bout de Nice ou plutôt un grand bout ! Je ne peux que chavirer… Alors que les « blocos » s’apprêtent à envahir les rues cariocas, j’ai eu pour ma part la chance de réaliser un reportage « sur » l’art contemporain. Et en dépit des clichés qui tout de suite nous envahissent, je n’ai pas été déçu. J’ai pris de la couleur plein les yeux, j’ai rencontré des personnalités bienveillantes et investies, j’ai été inspiré dans toutes les pores de ma peau.

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Je suis une Fille Tout Schuss

Cette année, la neige s’est faite désirer plus que de raison. On a eu beau l’attendre au pied du sapin, elle n’a montré son éclatante blancheur qu’à l’aube de 2016. Quelle déception !

Heureusement, Paulette a pensé à tout et nous en met plein la vue en matière de plaisirs hivernaux. C’est sur, la fois prochaine, on ne nous y reprendra plus sur les pistes ;)

Pour ce numéro 25, je vous invite dans l’univers de Samuel Eckert, artiste-illustrateur de talent. Attention, ce jeune trublion a plus d’un tour dans son sac !

Belle lecture les Paulette !

 

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Paola Pivi n’a pas peur de la démesure

Paola Pivi, "Ok, you are better than me, so what?" 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Ok, you are better than me, so what? » 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

De grands ours à plumes colorées, une pizza oversize, un avion à bascule, des performances qui mêlent éléments improbables à l’image d’un léopard traversant une forêt de tasses de capuccino factice ou encore un alligator plongé dans la crème chantilly… difficile de passer à côté du travail de Paola Pivi. Si son nom n’est pas gravé dans votre mémoire, ses œuvres vous parleront certainement, soit parce qu’elles auront incontestablement accroché votre regard, soit parce qu’elles feront tout simplement appel à votre instinct.

Et l’instinct, c’est bien ce qui anime l’artiste, la pousse à produire et à vivre son art pleinement. « Ingénieur de formation et professeur d’aérobic à mes débuts, il n’y a pas eu d’art dans ma vie avant mes 23 ans. Pourtant, c’est quelque chose qui était bien à l’intérieur de moi. »

Paola Pivi,"Pizza" 1998, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Pizza » 1998, Courtesy Galerie Perrotin

Loin d’une explication rationnelle du pourquoi du comment à laquelle je m’attache obstinément à percer le mystère en décortiquant ses œuvres, Paola Pivi tend vers un au-delà qui nous rappelle à notre humanité. « Je n’ai pas vraiment de mots pour cela car nous sommes plutôt dans le registre du contemplatif. Bien souvent, mes œuvres sont la résultante d’une vision qui se produit dans mon esprit et que je décide ensuite de produire. J’ai mes idées et je les exécute, ce qui s’avère somme toute très excitant. »

Paola Pivi, "How I Roll" 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « How I Roll » 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin

En composant son art avec des animaux, des personnes ou encore des objets de la vie quotidienne a priori banals, Paola Pivi le charge d’une grande poésie visuelle et d’un soupçon énigmatique. Éclectiques, ses œuvres ont la particularité d’éveiller à l’unisson notre curiosité.

Pris aux mains d’interrogations intempestives, nous ne pouvons nous empêcher de dérouler le fil d’une histoire et d’en essaimer les suppositions. Que font ces chevaux juchés sur le 1er étage de la Tour Eiffel ? Comment sont-ils montés jusqu’ici ? Tenté de répondre « par l’ascenseur » tout simplement, l’emblème parisien semble être devenu leur environnement naturel. De cette situation en apparence incongrue, ils en ressortent plutôt sereins voir tout simplement biens, comme plongés au beau milieu d’un terrain de jeu propice à la découverte.

Paola Pivi, "Yee-Haw (horse)" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Yee-Haw (horse) » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Projet à l’envergure folle, « Yee-Haw » est né d’une rencontre avec Virginie Coupérie-Eiffel, cavalière et championne de France. Pour cette deuxième édition du Longines Paris Eiffel Jumping, l’arrière petite fille de Gustave Eiffel a invité l’artiste italienne à réaliser l’affiche de l ‘événement qui a eu lieu du 3 au 05 juillet dernier. Imaginé sous l’absence sourde des cow-boys, le résultant de la performance est immortalisé par une série de cinq photographies exposées jusqu’ au 1er août prochain dans l’espace Saint-Claude de la Galerie Perrotin. Amateur d’art empli d’amour pour l’univers équestre, vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire !

Paola Pivi,"Yee-Haw" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Yee-Haw » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Les cinquante nuances de gris de Charles Laib Bitton

Après avoir fait ses armes comme architecte d’espace pour les boutiques de luxe de Diane Von Furstenberg et le bureau de William Sofield à New York, Charles Laib Bitton s’est adonné au dessin. Intimidé par les médiums traditionnels, il a commencé à travailler avec un simple stylo à bille pour y décliner sur une feuille blanche son univers artistique, à la fois énigmatique et onirique.

Autodidacte dans l’âme, son sens aigu des proportions lui a permis de coucher sur le papier des formes dépouillées de tout artifice et dont les lignes si caractéristiques relèvent d’une précision quasi-scientifique.

Pour cette nouvelle série baptisée ‘L’Imagisme Romantique » en référence au mouvement poétique anglo-américain « Imagism », Charles Laib Bitton a développé un nouveau procédé technique: le fuseau sur bois.

« Mon travail n’est jamais à propos du médium. Le plus important ce sont les pièces elles-mêmes. L’image prime avant tout, elle vit en tant que telle. L’artiste et la technique restent anecdotiques. »

Charles Laib Bitton, jeune artiste belge de 29 ans, s’expose pour la première fois en France. Représentée par la Galerie Virginie Louvet, il présente jusqu’au 04 avril 2015 ses dernières compositions au fusain sur bois.

2015-03-20-1426882646-626828-_MG_0228.jpgVue de l’exposition. Galerie Virginie Louvet. Photo Emilie Mathé Nicolas

C’est au bord de la plage d’Amager au large de Copenhague que l’artiste a eu une véritable révélation. La proximité avec la nature et la mer lui ont fourni une sensation teintée de nostalgie. Frappé par la simplicité environnante, il a en effet ressenti une très grande similarité entre l’artisanat scandinave et la manière d’appréhender son œuvre. Ce terreau fertile a agit sur lui comme un puissant stimulant.

2015-03-24-1427235830-5306008-Capturedcran2015032422.29.53.pngCharles Laib Bitton, Romantic Imagist Compositions, 2014

Par son traitement anguleux de la composition et sa façon si intime d’appréhender la lumière, représentative de l’atmosphère locale à l’approche de l’hiver, Vilhelm Hammershoi a également beaucoup influencé et marqué Charles Laib Bitton.

Epurer au maximum la forme, la décliner en une infinité de tonalités sont des principes chers à l’artiste belge qui souhaite avant tout rester à l’écart du sensationnel et d’une version pauvre et filtrée de l’image. Géométrique, l’oeuvre se suffit à elle-même : elle communique directement avec son public, sans filtre ni intermédiaire. En jouant sur les nuances de gris, Charles Laib Bitton a ainsi déshabillé la couleur et retranscrit dans ses oeuvres l’impact de la lumière dont la violente intensité et la pureté contrôlée sont dôtées d’une grande poésie.

Du 27 au 29 mars prochain, Charles Laib Bitton sera à l’honneur de la Confidentielle du YIA Art Fair où il présentera un travail ambitieux dans le cadre de l’exposition « Obscur-Clarté » commissionnée par David Rosenberg. La Galerie Virginie Louvet sera également présente.

Vernissage le jeudi 26 mars de 10h à 20h au Bastille Design Center.
Plus d’informations, ici.

 

Wim Delvoye, « l’enfance de l’art »

Wim Delvoye est à l’honneur à la Galerie Perrotin jusqu’au 31 octobre 2014 et présente une vingtaine d’œuvres inédites. Vous y découvrirez entre autres des valises en aluminium ciselées aux motifs persans, des pneus dentelés, des roues de vélos en double torsion ou encore une version miniature de « Suppo » en marbre d’où surgissent d’étranges racines…

A bientôt 50 ans, Wim Delvoye n’a pas pour autant perdu son âme d’enfant. C’est à l’occasion du vernissage de sa dernière exposition à la Galerie Perrotin que je fais sa rencontre. Dès les premiers échanges, je ressens chez lui un mélange d’excitation et d’appréhension. Et, c’est avec amusement que je cherche rapidement à capter sa personnalité et son énergie débordante car derrière la nébuleuse de ses propos, se cache une timidité, certes maîtrisée avec les années, mais aussi une grande sensibilité.

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Wim Delvoye lors de son exposition « Au Louvre » devant l’oeuvre « Suppo » 2011, Photo : Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

Wim Delvoye est l’aîné d’une famille de trois enfants. Chaque week-end, ses parents l’emmènent visiter des églises et des musées. Son père porte en effet un grand intérêt à la peinture et met toutes ses expectatives sur son fils. Instituteur, il rentre chaque soir à la maison avec des papiers et des crayons, offrant à Wim ses jouets favoris. Dès plus le jeune âge, il se met à dessiner.

Déclaré inapte aux mathématiques suite à une batterie de tests psychologiques, il décide très vite d’endosser une carrière artistique et entre à quinze ans à l’Ecole d’arts plastiques de Coutrais. Lorsque Wim Delvoye intègre, trois plus tard, l’académie des Beaux-Arts de Gand, il est presque fatigué et a l’impression de ne rien apprendre. C’est loin du conceptualisme ambiant des années 80 dans lequel il ne se reconnaît pas, qu’il va alors construire en secret son identité artistique.

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Grand admiratif de Marcel Duchamp, il développe très vite une obsession pour la scatologie et l’analité. Avec Cloaca, machine qui reproduit scientifiquement le processus de digestion, Wim Delvoye choisit ainsi de montrer la fragilité, l’humilité loin de tout particularisme.

« Dans les années 80, nous étions face à deux problématiques, celle du genre et du néo-colonialisme. J’ai eu alors envie de faire des œuvres qui pourraient dépasser ce complexe de l’homme blanc. Mes œuvres sont très masculines finalement. » Il y a certainement de quoi être déstabilisé lorsque l’on découvre pour la première fois une machine comme Cloaca. Mais comme le rappelle si honnêtement l’artiste, « en Belgique, l’art quelle que soit la forme qu’il prend, est toujours pris au sérieux. »

Cloaca, 2006
Cloaca, 2006

Wim Delvoye est bel et bien Belge et c’est un détail à ne pas omettre si l’on veut appréhender son art et son goût prononcé pour le détournement. « Mon souci, c’est d’être compris par tout le monde. Un pneu, une valise, le caca tout le monde connaît. C’est une manière d’aborder le quotidien de façon très cosmopolite » avance-t-il tout naturellement. Parer son œuvre d’universalité est chez lui un principe fondamental.

Fasciné par le populaire, la science, la religion ou encore le sexe, Wim Delvoye propose des œuvres très éclectiques tant dans leurs inspirations que dans leurs réalisations. Les supports et matériaux utilisés sont variés et vont de l’acier au caoutchouc, en passant par le marbre, le bronze ou encore la peau de cochon voire la peau humaine.

Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué
Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué

Après Cloaca, Wim Delvoye part en Chine élever et tatouer des cochons. Pour ses dessins préparatoires, il détourne en fils spirituel de Walt Disney – ils ont les mêmes initiales, c’est un signe, assurément – des scènes de cartoons où Blanche-Neige côtoie Cendrillon d’une drôle de façon et où Mickey se retrouve crucifié, ses amis Donald, Minnie et Dingo pleurant son malheur à ses pieds. On y retrouve également des références à l’univers du luxe comme Louis Vuitton, où il reprend à son compte initiales enlacées LV, pointes de diamants, étoiles et fleurs quadrilobées propres à la célèbre toile enduite du malletier parisien. Une manière subtile de rappeler que l’artiste est devenu aujourd’hui une marque et que l’art contemporain est le summum du luxe.

En mai 2012, Wim Delvoye s’est installé au Louvre au sein du département des Objets d’art instaurant ainsi un dialogue entre le passé et le présent. A cette occasion, « Suppo », une tour gothique en acier torsadé atteignant 11m de haut, a été érigé sous la pyramide du Louvre flirtant ainsi avec le spectaculaire. Tim, véritable peinture vivante dont le dos a été tatoué par les soins de l’artiste et vendu 150 000 euros à un collectionneur, était également présent dans les salons Napoléon III.

Vue de l'exposition Wim Delvoye "Au Louvre", "Tim", Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique
Vue de l’exposition Wim Delvoye « Au Louvre », « Tim », Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique

Tiraillé entre la loi du marché et ses projets personnels, Wim Delvoye a pris le chemin de la liberté et fait le pari de la difficulté. « Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère où c’est le marché qui compte, la vente et le collectionneur passent avant tout. Mais j’ai osé faire quelque chose de différent, peut-être parce que je suis Belge… Quand on est Belge, on se dit qu’on n’a rien à perdre » précise-t-il avec assurance. Il ajoute : « il faut sortir l’art de son élitisme. D’après moi, l’art c’est du divertissement, du ludique à un niveau plus sophistiqué. »

Pour mener à bien ses projets, l’artiste belge établi à Gand travaille avec une équipe de sept personnes, qui chacune se charge de déléguer le travail à des artisans spécialisés sur des savoir-faire précis. Ainsi, pour réaliser ses pneus à l’allure dentelée dont les dernières versions sont exposées actuellement à la Galerie Perrotin, Wim Delvoye a fait appel à un sculpteur-graveur sur bois. A ce propos, lorsque je lui demande si à force de déléguer, il n’a pas le sentiment d’être dépossédé de son travail d’artiste, il me répond en toute honnêteté qu’il « se sent plus proche d’un architecte que d’un peintre. » Le rôle de chef d’orchestre, voire de chef d’entreprise, n’est donc pas pour lui déplaire. De plus, il précise : « chaque pièce que je fais prouve que j’ai choisi de devenir quelqu’un dans l’art. Je fais en sorte de bien finir mes œuvres. C’est une manière de respecter mon public. »

Wim Delvoye, "Sans titre (Truck Tyre)" 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin
Wim Delvoye, « Sans titre (Truck Tyre) » 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin

De notre conversation, je retiens aussi un goût prononcé pour la politique mais quand j’emploie le terme d’ artiste engagé, il ne semble pas à l’aise avec cette dénomination. « Cela reste quelque chose dont je parle avec mes amis mais ça n’a rien à voir avec mon art » avoue t-il.

Pour clore la discussion, je l’interroge sur ses projets pour le futur. Il me confie que cela fait trente ans qu’il voudrait quitter la Belgique et l’Europe. Il évoque un palais en Iran, à Kashan, un endroit où l’on pourrait tout rénover pour y faire une « mini fondation, une mini galerie, un mini atelier mais aussi un hôtel pour les amis. » Et effectivement, cela laisse rêveur…

Jennie Jieun Lee, la céramique à fleur de peau

Exposition « Smile Purgatory » de Jennie Jieun Lee à la Galerie Lefebvre et fils Jusqu’au 11 octobre 2014  (Attention la galerie est fermée du 05 août au 30 août inclus)

C’est d’un coup de cœur de Louis Lefebvre pour l’artiste américano-coréenne qu’est née cette première exposition en France.

« Je suis quelqu’un qui fonctionne vraiment à l’émotion et là, ça a été flagrant. J’ai vu ses céramiques et notre collaboration m’est apparue comme une évidence » souligne-t-il le sourire aux lèvres. Le galeriste, spécialisé dans la céramique française et contemporaine, a rencontré Jennie Jieun Lee dans le cadre d’un show curaté par Eddie Martinez à la Galerie Martos de New York. L’entente fut immédiate. C’était en février dernier. Depuis, l’histoire a fait son chemin.

Frank

Jennie Jieun Lee vient du monde de la mode – elle a été directrice artistique de la marque de prêt-à-porter Libertine – mais son cœur a toujours balancé du côté de l’art. « J’ai atterri dans la mode complètement par hasard. Finalement c’était plus une question d’opportunité » avoue-t-elle.

Après s’être essayée à la peinture et à la gravure, Jennie Jieun Lee se focalise rapidement sur la céramique. Ce médium traditionnel, particulièrement apprécié en Asie, lui permet une certaine perte de contrôle et laisse place au champ libre de l’expérimentation.

Miroir de sa pathologie passée, les œuvres de Jennie Jieun Lee s’inscrivent dans la lignée expressionniste. Au fil de son imagination, les couleurs se rencontrent et fusionnent, laissant entrevoir le visage d’une société en mal de spontanéité et de sincérité, comme des mannequins désincarnés sur papier glacé.

Grenny and Jam

L’agoraphobie a été un point de départ dans ton travail de la céramique, comment envisages-tu le processus créatif maintenant que tu es guérie ?

 Mon travail emprunte moins à mes souvenirs du passé qu’à mon évolution en tant qu’artiste et spectatrice des comportements individuels et sociaux. Aujourd’hui guérie de l’agoraphobie, lorsque je crée, je n’ai plus peur. Smile Purgatory à la Galerie Lefebvre & fils est une sorte de description des visages que chacun arbore en public – les visages que nous portons tous pour jouer dans le Théâtre du Monde.

 – Que penses-tu du fait que l’on qualifie ton œuvre « d’expressionniste » ? Te sens-tu en phase ou dans la lignée d’artistes appartenant à cette avant-garde ? Je pense en particulier à James Ensor ou Oskar Kokoschka. 

 Effectivement, je me sens très proche de l’expressionnisme et de ses différentes écoles. L’expressionnisme abstrait est un des mouvements qui m’a le plus marqué étant enfant lorsque ma mère nous emmenait au MoMA ou au Guggenheim à New York. L’utilisation massive de la couleur et la ferveur sont des valeurs artistiques que je partage. Récemment, j’ai également été très touchée par les céramiques de Asger Jorn, par Lucio Fontana et par la gestuelle des peintures de Marlène Dumas.

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– Que représente pour toi la céramique ? Pourquoi l’as-tu choisie comme support plutôt qu’un autre ?

 J’ai découvert la céramique à l’université. J’ai tout de suite été séduite par la patience qu’elle impose. La céramique vous oblige à attendre, à cause des nombreuses étapes nécessaires de cuisson… J’ai tendance à être extrêmement critique et je perds rapidement patience mais avec la céramique ça ne me dérange pas de perdre le contrôle puisque je ne l’ai jamais eu ! Si j’apprécie le travail de la céramique, je pense toutefois revenir à des sculptures de plus grande échelle, inspirées de mes œuvres récentes.

– Comment appréhendes-tu la relation avec ton galeriste ? Quelles sont pour toi les recettes du succès ?

J’ai rencontré Louis l’année dernière et c’est devenu un ami formidable. Son énergie et sa culture m’inspirent et je suis honorée d’être exposée dans sa galerie, vieille de plus d’un siècle et riche d’histoires. Pour moi, la recette du succès est de toujours garder à l’esprit le proverbe « To thine own self be true » (Toujours être vrai) et d’aider les autres.

Pharrell Williams commissaire d’exposition, coup de pub ou coup de génie ?

Murakami Pharrell
Takashi Murakami « Portrait of Pharrell and Helen Williams »

Juger cette exposition, ouverte lundi soir en grande pompe dans le nouvel espace de la Galerie Perrotin, m’a confrontée à la même difficulté d’appréciation que le supermarché Chanel de Karl Lagerfeld. On emploie les grands moyens, ça amuse la galerie, les peoples sont au rendez-vous et surtout les médias en parlent. Faire preuve de discernement face à tout cela devient souvent un exercice périlleux.

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JR, Jean-Michel Othoniel et Daniel Firman

Pharrell Williams s’improvise commissaire d’exposition. Je serais presque tentée de dire un brin ironique : « [Ça] me plait. Quel événement ! » pour plagier les mots de Duras, dans Hiroshima, mon amour. En effet, devant la nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la starification grandissante des commissaires d’expositions dans l’art contemporain mais aussi sur leur légitimité. Moins formatés que les traditionnels conservateurs, les commissaires d’exposition – du latin curator, qui prend soin – ne se contentent pas d’être experts en histoire de l’art, critiques ou écrivains. Ils cherchent au contraire à sortir des sentiers battus en prenant de vrais partis-pris. Ils font bouger les lignes, provoquent de l’inattendu, apportent un vent frais à la manière des directeurs artistiques des grandes maisons de mode. Et étant donné qu’il n’y a pas de formation type pour atteindre ce graal, s’autoproclamer commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui pratique courante.

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Face à sa nouvelle fonction, le chanteur touche-à-tout fait tout de même preuve d’humilité et se considère encore en apprentissage… « Avec les artistes visuels, je suis comme un étudiant, j’apprends tellement à leurs côtés. » Pharrell, génie surdoué de l’industrie musicale mais pour l’heure, encore « baby curator ».

Celui dont les ritournelles Get Lucky et Happy nous font danser mécaniquement depuis plusieurs mois, souhaite rendre ici hommage aux femmes. Vaste programme, et des plus délicats…! Ceci dit, en s’inscrivant dans la lignée patronymique de son album baptisé « G I R L », Pharrell a déjà le mérite de faire preuve de cohérence. Mais bizarrement en découvrant l’exposition, je n’ai pas vraiment l’impression que les femmes soient au cœur du propos : elles m’apparaissent davantage en support qu’en véritable sujet. D’autant que Pharrell ne recule pas quand il s’agit de faire preuve de narcissisme voire de mégalomanie, à l’image de cette sculpture faite de résine et de verre brisé que Daniel Arsham a tout spécialement concocté pour l’occasion et qui semble nous murmurer « Pharrell, ce Dieu tout puissant ».

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En s’auto-adulant, l’apprenti-commissaire nous fait vite perdre le fil de l’exposition qui s’apparente davantage à une accumulation de grosses pointures de l’art qu’à un véritable dialogue créatif. Bien sur, l’exposition reste très premier degré et n’entend pas révolutionner nos idées sur le féminisme. Si vous recherchez quelque chose de plus sensible et profond, filez voir Chen Zhen avant le 07 juin dans l’espace principal de la Galerie au 76 rue de Turenne. Ici, les œuvres doivent être prises sur le ton de l’humour, comme ce « savoureux » cliché de Terry Richardson qui, en phase avec sa réputation sulfureuse, dévoile un sexe féminin orné au trois quart d’une friandise portant la mention « eat me ». Tout un poème…

Terry Richardson, Eat me

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Mais elles sont parfois aussi un peu plates comme ce nu sans intérêt de Alex Katz, artiste que j’admire pourtant profondément. Il semblerait que la déception fasse aussi partie des émotions artistiques.

Sur les 37 artistes représentés, 18 sont des femmes, de quoi presque contenter les inconditionnels de la parité ! Les Guerillas Girls clin d’oeil à l’exposition « elles@centrepompidou » ouvrent le bal, s’en suit Cindy Sherman désarmante de simplicité ou encore Aya Takano, fidèle du crew Perrotin dont l’univers manga touche par sa charge érotique innocente. Les références sont là mais la magie ne s’opère pas instantanément. Heureusement, l’exposition finit à mon sens en beauté. Car si elle fait la part belle dans sa majorité au clinquant et au bling-bling, la dernière salle qui réunit entre autres, Sophie Calle, Germaine Richier, Prune Nourry et Paola Pivi, rehausse enfin le ton et apporte de la substance à cette vaste machinerie commerciale.

Devant la frénésie aveuglante du marché de l’art et de façon plus générale de l’industrie du luxe, chacun est libre en effet de défendre sa propre esthétique et son sens critique… sans oublier de se laisser guider par l’essentiel : l’émotion.

Vue Girl

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Art Basel Hong Kong 2014 : Quand la Chine s’éveillera

La deuxième édition de Art Basel Hong Kong vient de s’achever.
Retour sur les temps forts de la foire, point de rencontre privilégié entre l’Orient et l’Occident.

Gu Wenda, Encounters
Gu Wenda, Encounters

En parcourant les allées le jour de l’ouverture, je suis surprise par la quiétude des lieux qui tranche avec l’effervescence quasi-hystérique des vernissages des foires occidentales. Une certaine langueur se dégage et je finis par me demander si c’est la foire qui manque d’énergie ou si c’est moi qui suis tout simplement victime du jet-lag.

Premier constat : ici, les collectionneurs prennent leur temps. Ils ne réservent pas et ne se précipitent pas pour acheter comme à l’accoutumée où l’on n’en finit plus d’organiser des visites en avant-première pour les collectionneurs privilégiés. De plus, le calendrier n’aidant pas, la plupart des grandes galeries enchaînent avec la Frieze de New-York fraîchement terminée. Difficile d’afficher une santé de fer malgré les enjeux.

Une conclusion qui n’a pas échappé aux organisateurs qui ont décidé de déplacer la Art Basel Hong Kong à mi-mars en 2015 afin que les patrons des galeries répondent présents et se préparent de manière optimale.

Galleria Continua
Galleria Continua

Les enjeux sont en effet de taille. Si la foire helvétique a choisi d’apposer son label en rachetant l’ancienne « Hong Kong Art Fair », c’est aussi parce que l’ex colonie britannique est une porte d’entrée stratégique en Chine et en Asie pour le business de l’art.

Port franc, dédouané de taxes à l’importation et à l’exportation, les capitaux y affluent librement, le luxe s’y affiche fièrement, favorisant ainsi la rencontre de l’art et de l’argent.
Autre fait important, le marché de l’art chinois s’est hissé en 2010 à la deuxième place mondiale, laissant pressentir, malgré des résultats en dents de scie, un potentiel de progression vertigineux pour les prochaines décennies.

Derrière cet engouement pour la Chine à l’image du thème de la dernière édition de Art Paris, j’ai voulu en savoir plus sur la réalité du marché local et tenter de définir le profil du collectionneur chinois. Pour ce faire, j’ai interviewé un certain nombre de galeries afin de recueillir leur sentiment.

Duane Hanson,, Chinese Student, Van de Weghe Fine Art
Duane Hanson,, Chinese Student, Van de Weghe Fine Art

Pour Jason Cori, directeur de la Galerie Almine Rech à Bruxelles, « le marché de l’art en Chine reste un marché qui fonctionne à deux vitesses avec des collectionneurs locaux qui ont tendance à acheter via des galeries présentes dans la région. »

« Il cache la réalité de l’Asie. C’est un marché énorme qui ne tardera pas à nous supplanter par son potentiel et sa population mais pour le moment, nous ne sommes pas face à un vrai public d’avertis » renchérit Georges Armaos, responsable des ventes à la galerie Gagosian de New-York. En effet, comme le souligne Helen Windsor de la Thimothy Taylor Gallery à Londres, « les Asiatiques commencent à comprendre de plus en plus l’esthétique occidentale mais cela prend du temps. Nous venons à Hong Kong depuis 5 ans dans le but d’instaurer un véritable dialogue avec l’Asie mais déjà à l’époque, on nous avait avertis qu’il faudrait être patient. Dix ans au minimum. Les habitudes sont ici très différentes tant d’un point de vue esthétique que business. »

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White Space Beijing

Face à cela, les grandes galeries font généralement le choix d’imposer aux collectionneurs locaux leur vision de l’art tandis que les galeries plus émergentes tirent leur épingle du jeu en s’adaptant à la demande locale.

Chez Thaddaeus Ropac, présente depuis 5 ans sur la foire de Hong Kong, un seul artiste chinois – Yan Pei-Ming – est représenté. « L’éventail d’artistes que nous proposons à Art Basel Hong Kong est le même que dans les autres foires. Bizarrement, nous avions cru au début que les collectionneurs chinois avaient des goûts et des attentes spécifiques mais pas du tout. À cet effet, ils achètent du Baselitz alors qu’ils ne le connaissent pas. C’est vraiment une question de goût, un choix esthétique » atteste Arne Ehmann qui travaille depuis plus de quatorze ans à la Galerie de Salzburg.

Georg Baselitz
Georg Baselitz

Sous mes yeux, trône une des dites toiles de l’octogénaire allemand. Au format imposant, elle regroupe en son sein les caractéristiques propres à sa peinture: dripping, emploi de la couleur et héritage expressionniste. Cette dernière n’échappe pas au regard de plusieurs acheteurs potentiels qui se renseignent sur l’œuvre et son prix. Elle sera finalement vendue le troisième jour de la foire, le vendredi, pour la somme de 480 000 euros.

A la Galerie Perrotin, la sélection présentée met l’accent sur l’univers du manga. Avec deux artistes chinois à son actif – Chan Fei et Gao Weigang – le galeriste de la rue de Turenne a également un avantage de taille en proposant des artistes japonais qui se vendent très bien. Ils s’appellent Takashi Murakami, Aya Takano, Mr. et Kaz Oshiro.

Gao Weigang, The Stairs
Gao Weigang, The Stairs
Mr, So Sweet, Galerie Perrotin
Mr, So Sweet, Galerie Perrotin

Car si l’art chinois et l’art japonais sont très différents esthétiquement parlant, ils jouissent de la même aura auprès du collectionneur local. Enfant terrible de l’art, Emmanuel Perrotin a très vite compris le potentiel naissant de Hong Kong. En mars 2012, il prend ses quartiers sur Connaught Road dans un building signé de l’architecte André Fu. Niché au 17ème étage, la Galerie offre une vue imprenable sur la baie de Hong Kong et propose dans sa boutique toute une panoplie d’objets « kawaï ». Peluches, porte-clés, affiches numérotées sont manipulés avec le soin d’un bijoutier aux doigts de velours. On se croirait presque dans une boutique du luxe.

Constat quasi-général auprès des galeries, le marché de l’art chinois affiche une santé financière florissante et les changements sont visibles d’une année à l’autre. « Nous sommes très satisfaits des résultats de la foire » affirme Nicolas Nahab, directeur des ventes à la Marian Goodman Gallery. « Le collectionneur local découvre petit à petit l’art contemporain occidental et est plus averti ».

Yang Fudong, Marian Goodman Gallery
Yang Fudong, Marian Goodman Gallery

Auparavant, les galeries occidentales présentes en Chine misaient essentiellement sur une clientèle d’expatriés. Aujourd’hui, la situation s’est inversée.
« Les acheteurs chinois ont augmenté de manière significative cette année » précise Aenon Loo de la White Cube, présente à Hong Kong à la même adresse que la Galerie Perrotin. Selon lui, ces nouveaux collectionneurs achètent exclusivement des artistes établis et ne veulent que des grands noms du marché de l’art. Un avis que les galeries d’art multinationales partagent à l’image de Gagosian. Avec 12 galeries réparties dans le monde entier, le marchand d’art de Beverly Hills a une stratégie extensive inédite. Lorsque j’ai demandé à Georges Armaos, s’ils étaient à l’écoute des spécificités locales et enclins à découvrir de nouveaux artistes, j’ai été plus que surprise par sa réponse détonante : « C’est aux petites galeries de découvrir les artistes émergents. Nous ne prenons que les artistes établis et on fait exploser leur côte. Ça a toujours été notre stratégie. En matière d’art contemporain, nous sommes beaucoup plus puissants que Sotheby’s et Christie’s. »

White Cube Gallery, Damien Hirst
White Cube Gallery, Damien Hirst

A l’image des codes esthétiques que les grandes maisons de luxe érigent chaque nouvelle saison sur les défilés et les tapis rouges, les mastodontes du business de l’art contemporain se prétendent les garants du « bon goût » auprès des collectionneurs locaux.

Un point de vue qui ne fait cependant pas l’unanimité. Selon Edouard Malingue qui s’est établi en 2010 à Hong Kong, « le collectionneur local est au contraire multi-facettes. Il y a ceux qui recherchent spécifiquement de l’art chinois contemporain. D’autres qui sont plus portés sur l’art chinois traditionnel comme la calligraphie. Et bien entendu ceux qui achètent « statutaire » en faisant l’acquisition de grands noms mondialement reconnus mais ce n’est qu’une minorité. »

Doug Aitken, Fortune, 303 Gallery
Doug Aitken, Fortune, 303 Gallery

Passé l’engouement général pour certaines stars de l’art contemporain les galeries, quelle que soit leur taille, devront s’adapter de plus en plus aux spécificités locales afin de soutenir la demande et de développer le marché de manière pérenne. D’autant que le collectionneur chinois se montre particulièrement volatil. Il ne se reconnaît pas facilement tant au niveau du look que de l’attitude.

Hong Kong doit aujourd’hui faire face à un défi majeur car, si elle regorge de galeries concentrées dans les buildings de Central, la ville ne dispose à ce jour d’aucun musée d’art moderne et contemporain à la hauteur de son développement artistique fulgurant. Une carence qui sera comblée à l’horizon 2017 par l’ouverture du M+ sur la baie de Kowloon. Affaire à suivre.

Contact : pauline.weber@theatredelacreation.com

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Agenda Culturel printemps 2014

« Robert Mapplethorpe » , Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

C’est la première grande rétrospective en France, consacrée à cet « enfant terrible » de la photographie. Rassemblant plus de 250 clichés, l’exposition jette un regard plutôt timoré sur l’oeuvre subversive de Mapplethorpe de 1970 à sa mort précoce en 1989.

Mapplethorpe

Sexualité et pornographie sont en effet au coeur de sa démarche esthétique et de sa quête effrénée de perfection dans un New-York en pleine libération des moeurs. Les corps sont sculpturaux, puissants, masculinisés à souhait, presque faits de marbre et d’acier. Les fleurs se font à la fois délicates et sulfureuses, rappelant le travail pictural de O’Keefe dans les années 20. « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs«  disait-il

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Une partie de l’exposition est consacrée à sa muse Patti Smith tandis qu’une pièce interdite aux moins de 18 ans, sorte d’enfer contemporain, dévoile les oeuvres les plus « sexuellement explicites ». Une série de portraits rassemblent enfin les plus grands avec entre autres Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Grace Jones, Cindy Sherman, Deborah Harry, Louise Bourgeois. Saurez-vous les reconnaître ? A l’image de Newton en 2012, cette rétrospective demeure toutefois trop courte et restreinte dans cet espace dénué de toute mise en scène. A regret.

Mapplethorpe

« Henri Cartier-Bresson », Centre Pompidou, jusqu’au 13 juillet 2014

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des aspects autres de sa personnalité comme son engagement politique et son expérience du septième art. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

La scénographie manque toutefois d’audace (comme souvent dans les expositions photos) et la densité quasi-encyclopédique de oeuvres présentées étouffe dans l’espace confiné de la galerie 2… Dommage !

Henri Cartier-Bresson

« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Galliera, jusqu’au 25 mai 2014

 » I always felt we were selling dreams, not clothes. » Irving Penn

« J’étais intéressé par le sentiment du hasard, je voulais introduire la réalité de la vie dans ce monde artificiel. » Alexandre Liberman.

"Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild" Bert Stern (1962)
« Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild » Bert Stern (1962)

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue – environ quatre-vingts photographes – mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W.

Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires. Une jolie surprise, à ne surtout pas manquer que vous soyez un aficionado de photographie ou de mode.

Albert Watson Vogue US 1977
« Debbie Dickinson & Christie Brinkley » Albert Watson (1977)
 « L’Etat du ciel », Palais de Tokyo, jusqu’au 07 septembre 2014

edc-part1Autour d’une thématique au ton grave et éminemment politique, le Palais de Tokyo nous invite cette saison à réfléchir « aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et ce, à travers les propositions d’une dizaine d’artistes, dévoilées en trois volets.

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Le parcours débute avec Histoire de fantômes conçue par Georges Didi-Huberman en hommage à l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg. Basée sur le thème de la lamentation, cette installation spectaculaire mêle vidéos projetées au sol, alternance de sons à la vocalité troublante et photographies de Arno Gisinger. Multi-sensorielle, elle nous incite à méditer sur notre faible condition au regard de l’Histoire et du nécessaire devoir de mémoire. 
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Une oeuvre qui fait écho au travail remarquable de Angelika Markul, Terre de départ. Avec le film « Bambi à Tchernobyl« , l’artiste nous confronte à une réalité que nous préférerions oublier, celle d’un passé honteux, d’une ville fantôme où la nature a progressivement repris ses droits face à une catastrophe écologique majeure. Par une réflexion globale et philosophique, l’artiste s’interroge ainsi sur la force des éléments et les erreurs de l’homme en inversant le flux des chûtes d’Iguaçu dans une vidéo qu’elle confronte à une installation transposant les conséquences dramatiques des accidents pétroliers et des marées noires. Bouleversant.
Petit bémol pour David Douard, dont la proposition « Mo »swallow » ne m’a pas émue et m’a même légèrement excédée. Protéiforme, cette première monographie entend questionner la toxicité de notre monde contemporain, les « maladies du réel » qui se propagent à la vitesse d’une rumeur. Un propos confus qui se disperse dans des réalisations plastiques  hermétiques et au discours incantatoire pour un visiteur non-averti.
« Alex Katz, 45 Years of Portraits. 1969-2014 », Galerie Thaddaeus-Ropac, jusqu’au 12 juillet 2014

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous !

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Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement !

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A venir :

Dries Van Noten, Inspiration, au Musée des Arts Décoratifsjusqu’au 31 août 2014

L’Etat du ciel, Partie 2, dès le 25 avril 2014

Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dès le 25 avril 2014

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabokov, dès le 10 mai 2014

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