Pourquoi la mode a-t-elle besoin de critiques ?

Minny Hoche

« I loooove it » « Need it » « I could die for it » « OMG canon !! » : il est plus glamour de s’enthousiasmer sur les dernières collections que de les critiquer. Dans la mode, les commentaires laudatifs sont nombreux, les critiques plus rares. Qui oserait écrire qu’on commence à s’ennuyer avec Phoebe Philo, que le dernier défilé de Jacquemus était quand même plutôt léger, qu’Alexander Wang déçoit de plus en plus chez Balenciaga ou encore que Karl Lagerfeld est capable du meilleur comme du pire ?

Bien souvent, les commentaires des défilés manquent d’audace. Les vêtements sont décrits de manière sommaire, sans parti pris esthétique, et surtout sans expliquer comment ils sont imaginés et construits par les designers, ni comment ils s’inscrivent, d’une manière ou d’une autre, dans une perspective historique, économique et culturelle.

Personne n’a besoin d’être un expert des médias pour comprendre que le système de…

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Agenda Culturel printemps 2014

« Robert Mapplethorpe » , Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

C’est la première grande rétrospective en France, consacrée à cet « enfant terrible » de la photographie. Rassemblant plus de 250 clichés, l’exposition jette un regard plutôt timoré sur l’oeuvre subversive de Mapplethorpe de 1970 à sa mort précoce en 1989.

Mapplethorpe

Sexualité et pornographie sont en effet au coeur de sa démarche esthétique et de sa quête effrénée de perfection dans un New-York en pleine libération des moeurs. Les corps sont sculpturaux, puissants, masculinisés à souhait, presque faits de marbre et d’acier. Les fleurs se font à la fois délicates et sulfureuses, rappelant le travail pictural de O’Keefe dans les années 20. « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs«  disait-il

mapplethorpe_calla84

Une partie de l’exposition est consacrée à sa muse Patti Smith tandis qu’une pièce interdite aux moins de 18 ans, sorte d’enfer contemporain, dévoile les oeuvres les plus « sexuellement explicites ». Une série de portraits rassemblent enfin les plus grands avec entre autres Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Grace Jones, Cindy Sherman, Deborah Harry, Louise Bourgeois. Saurez-vous les reconnaître ? A l’image de Newton en 2012, cette rétrospective demeure toutefois trop courte et restreinte dans cet espace dénué de toute mise en scène. A regret.

Mapplethorpe

« Henri Cartier-Bresson », Centre Pompidou, jusqu’au 13 juillet 2014

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des aspects autres de sa personnalité comme son engagement politique et son expérience du septième art. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

La scénographie manque toutefois d’audace (comme souvent dans les expositions photos) et la densité quasi-encyclopédique de oeuvres présentées étouffe dans l’espace confiné de la galerie 2… Dommage !

Henri Cartier-Bresson

« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Galliera, jusqu’au 25 mai 2014

 » I always felt we were selling dreams, not clothes. » Irving Penn

« J’étais intéressé par le sentiment du hasard, je voulais introduire la réalité de la vie dans ce monde artificiel. » Alexandre Liberman.

"Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild" Bert Stern (1962)
« Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild » Bert Stern (1962)

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue – environ quatre-vingts photographes – mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W.

Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires. Une jolie surprise, à ne surtout pas manquer que vous soyez un aficionado de photographie ou de mode.

Albert Watson Vogue US 1977
« Debbie Dickinson & Christie Brinkley » Albert Watson (1977)
 « L’Etat du ciel », Palais de Tokyo, jusqu’au 07 septembre 2014

edc-part1Autour d’une thématique au ton grave et éminemment politique, le Palais de Tokyo nous invite cette saison à réfléchir « aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et ce, à travers les propositions d’une dizaine d’artistes, dévoilées en trois volets.

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Le parcours débute avec Histoire de fantômes conçue par Georges Didi-Huberman en hommage à l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg. Basée sur le thème de la lamentation, cette installation spectaculaire mêle vidéos projetées au sol, alternance de sons à la vocalité troublante et photographies de Arno Gisinger. Multi-sensorielle, elle nous incite à méditer sur notre faible condition au regard de l’Histoire et du nécessaire devoir de mémoire. 
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Une oeuvre qui fait écho au travail remarquable de Angelika Markul, Terre de départ. Avec le film « Bambi à Tchernobyl« , l’artiste nous confronte à une réalité que nous préférerions oublier, celle d’un passé honteux, d’une ville fantôme où la nature a progressivement repris ses droits face à une catastrophe écologique majeure. Par une réflexion globale et philosophique, l’artiste s’interroge ainsi sur la force des éléments et les erreurs de l’homme en inversant le flux des chûtes d’Iguaçu dans une vidéo qu’elle confronte à une installation transposant les conséquences dramatiques des accidents pétroliers et des marées noires. Bouleversant.
Petit bémol pour David Douard, dont la proposition « Mo »swallow » ne m’a pas émue et m’a même légèrement excédée. Protéiforme, cette première monographie entend questionner la toxicité de notre monde contemporain, les « maladies du réel » qui se propagent à la vitesse d’une rumeur. Un propos confus qui se disperse dans des réalisations plastiques  hermétiques et au discours incantatoire pour un visiteur non-averti.
« Alex Katz, 45 Years of Portraits. 1969-2014 », Galerie Thaddaeus-Ropac, jusqu’au 12 juillet 2014

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous !

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Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement !

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A venir :

Dries Van Noten, Inspiration, au Musée des Arts Décoratifsjusqu’au 31 août 2014

L’Etat du ciel, Partie 2, dès le 25 avril 2014

Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dès le 25 avril 2014

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabokov, dès le 10 mai 2014

Agenda culturel Hiver 2014

Pour bien commencer l’année et achever l’hiver en beauté, voici quelques expositions pour s’inspirer et se ravir l’esprit.

« The Happy Show », La Gaïté Lyrique, jusqu’au 9 mars 2014

Happy Show

Stefan Sagmeister, graphiste de formation, nous invite à explorer le bonheur à travers une exposition ludique et multisensorielle. Films d’animation, maximes recopiées sur les murs de type « s’inquiéter ne résout rien », installations en tout genre : vélo à énergie lumineuse, distributeur de chewing gums à choisir en fonction de son degré de happiness, défis à accomplir et autres expériences interactives sont au rendez-vous. Petit bémol néanmoins, la partie mettant en lumière les théories socio-économiques du bonheur (pyramide de Maslow, lien avec l’amour, l’argent, la drogue etc.) est à mon sens un peu simpliste voir parfois franchement caricaturale. Si « cette exposition ne vous rendra pas plus heureux » – mise en garde de l’artiste – pensez cependant à réserver vos places le week-end. Des nocturnes sont prévues pour les quatre derniers jours de l’exposition.

« Alex Katz, 45 ans de portraits, 1969-2014 », Galerie Thaddaeus Ropac, du 02 mars au 12 juilet 2014

Katz travaillant sur l'une de ses toiles

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous ! Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement ! Vernissage le 02 mars de midi à 17h.

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« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Gallieradu 1er mars au 25 mai 2014

Papier Glacé, Galliera

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue, environ quatre-vingts photographes, mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W entre autres. Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires.

Alber Watson Vogue US 1977

 

« Henri Cartier-Bresson »Centre Pompidoujusqu’au 9 juin 2014 

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des œuvres plus inédites et méconnues. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

Henri Cartier-Bresson

 

Chloé, 60 ans de création

« Chloé est une perle. Je vous la donne, elle est pure, sans tâche. Alors s’il vous plaît, ne l’abîmez pas…« 

Gaby Aghion

Chloé c’est avant tout une attitude, « un esprit pionnier et audacieux avec de douces ruptures » pour reprendre les mots de Helene Schoumann (Chloé, Editions Assouline).

Chloé Assouline

Fruit des idées novatrices de Gaby Aghion, intellectuelle cultivée venue d’Égypte, Chloé bouscule complètement le secteur de la Haute Couture parisienne d’après-guerre.

Las du vestiaire classique et sur-mesure de la bourgeoise de l’époque, Gaby Aghion introduit un nouveau concept en créant des vêtements disponibles immédiatement et qui se démarquent par leur grande qualité de la confection. Nous sommes en 1952 : le prêt-à-porter de luxe est né.

Gaby Aghion

La créatrice choisit le prénom de son amie Chloé Huysmans pour baptiser sa marque car il évoque par ses sonorités la rondeur et la féminité. La griffe s’affiche alors en rose saumon, embossée sur une étiquette ronde, au fond sable qui rappelle les couleurs du désert de son enfance.

Chloé Logo

Empreinte de liberté, la femme Chloé se définit par sa sensualité, son énergie et sa délicatesse. Il en découle des silhouettes fluides, qui allient légèreté et transparence.

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Personnellement, l’univers de Chloé me rappelle par son côté « bohème chic » assez caractéristique, les tenues vaporeuses illustrées par les Préraphaélites à l’image de John William Waterhouse.

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Et ses jeunes filles délicates et romantiques me font irrésistiblement penser à l’oeuvre de David Hamilton.

David Hamilton

L’arrivée de Karl Lagerfeld en 1966 permet à Chloé de jouir d’une notoriété internationale. La marque s’inscrit alors dans la modernité et les célébrités de l’époque à l’image de Brigitte Bardot, Grace Kelly, Jackie Kennedy se pressent dans la nouvelle boutique du 7ème arrondissement de Paris.

Chloe-by-Karl-Lagerfeld

Après les allers et venues de la tête pensante de Chanel et une période de flottement, la maison entre dans une nouvelle ère en convoquant de jeunes directrices artistiques venues tout droit de Grande-Bretagne. Ces dernières ont le sens des pièces structurées, du tailoring mais savent également par leur désinvolture travailler le flou, jouer sur les mix des matières.

Ainsi, en 1997, la maison accueille Stella Mac Cartney, alors âgée de 25 ans qui insuffle à la marque un esprit très contemporain inspiré de sa mère Linda. C’est un tournant pour la maison qui sous la présidence de Ralph Toledano, est couronnée de succès.

Tee-Shirt Ananas Stella Mac Cartney pour Chloé

Son bras droit Phoebe Philo lui succède en 2001 et apporte sa touche personnelle de féminité, cet esprit « baby-doll » très remarqué lors du défilé de l’été 2006. Elle sera aussi à l’origine du célèbre sac Paddington.

CHLOE by Phoebe Philo Eté 2006

En 2008, Hannah Mac Gibbon prend la suite, après la parenthèse incomprise du suédois Paulo Mellim,
pour enfin passer le flambeau à Clare Waight Keller, actuelle directrice artistique depuis 2011.

Pour son dernier défilé automne-hiver 2013-2014, la femme Chloé s’affranchit des codes traditionnels de la féminité et s’aventure dans la jungle urbaine sous des airs d’étudiante rebelle en soif d’aventure.

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Vêtue de cape et de grand manteau en guise d’armure protectrice, elle arpente le podium, besace sous le bras et mocassins au pied. L’esprit collège transparait par la dominance du bleu marine et du blanc. Salopettes, bermudas et pantalons amples s’affirment et donnent aux silhouettes une démarche non-chalente que la présence de cols sages tempère. Plus tout à fait innocente, légèrement influençable, la jeune fille Chloé a soif d’indépendance. Armée de grosses bagues et d’une agrafe sur le lobe de l’oreille, elle porte des jupes à bretelles telles des harnais, de larges ceintures et des robes chasubles ornées de bijoux cloutés. Prête à affronter les nuits froides, elle s’emmitoufle de matières chaudes et arbore une jupe en fourrure, rassurante comme un ours en peluche.

Dans cette atmosphère gangster sur fond de hip-hop, la jeune fille Chloé garde aussi de sa fraîcheur. Le mélange audacieux des matières joue sur la transparence et adoucit son côté « bad-girl ». Elle se montre à la fois précieuse en arborant une robe grillagée tout en bijoux et délicate vêtue d’une longue robe en plissé de soie d’inspiration antique. Le défilé se clôt sur deux pièces fortes : des jupes en plumetis déstructurées et asymétriques, en version noire et blanche. Tel le cygne de Tchaikovsky, la femme Chloé a deux facettes, elle est à la fois mystérieuse et douce.

Histoire d’un indémodable : le Carré Hermès

La Maison Hermès vient d’annoncer une nouvelle collaboration avec Rei Kawabuko qui s’apprête à réinterpréter le célèbre Carré Hermès dans une double collection (« Noir & Blanc » / « Couleurs ») en série limitée baptisée Comme des Carrés.

« J’ai toujours eu énormément de respect pour le savoir artisanal et la riche histoire de la maison Hermès », a déclaré la créatrice de Comme des Garçons. « J’ai été inspirée par le côté artistique des foulards Hermès. Leurs carrés représentent beaucoup plus que des foulards. Je souhaite créer une plus-value en y ajoutant une dimension supplémentaire. En combinant des imprimés classiques avec des images abstraites nous avons vraiment pu changer le carré Hermès. »

L’occasion ici, de revenir sur plus de soixante dix ans de création autour de cette pièce iconique du sellier français.

Le carré Hermès est la quintessence même du luxe : une soie d’une qualité incroyable travaillée dans les ateliers lyonnais de la maison, des ourlets entièrement cousus à la main, des colorants végétaux.

Accessoire mythique, au sens de Roland Barthes, le carré Hermès a su en effet marquer son époque tout en s’inscrivant dans une certaine intemporalité.

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En Octobre 2009, la Maison a publié un ouvrage éponyme consacré au célèbre foulard qui mêle photographies, illustrations et commentaires. Ecrit par Nadine Coleno et illustré par Isabelle d’Hauteville, ce « beau livre » invite à la découverte et l’on se plait à détailler chaque carré à la manière d’une toile. Et c’est finalement là que toute la force du carré Hermès s’exprime, à travers sa créativité sans cesse renouvelée.

Le premier modèle Jeu des omnibus et des dames blanches a été imaginé par Robert Dumas en 1937. Fort de sa passion pour le dessin et avec l’appui de spécialistes, d’autres modèles voient le jour à l’image  du célèbre Bride de Gala crée par Hugo Grykar, l’un des carrés les plus en vendus à l’heure actuelle.

Depuis, la Maison Hermès a convoqué des centaines de dessinateurs, artistes, créateurs afin d’élaborer des motifs exclusifs et inédits. A ce jour, on compte plus de 1500 références qui témoignent de l’attachement de la  Maison pour les arts, la culture, la mode et  bien entendu la tradition équestre.

En 1978, Charles-Louis Dumas perpétue la tradition instaurée par son père et invite des artistes à raconter chaque année de nouvelles histoires autour des valeurs de la Maison.

En 2003, Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès, fait appel à Balie Baret pour concevoir de nouvelles collections. Elle  apporte un nouveau souffle au carré tant au niveau de ses dimensions que de ses motifs en inventant une technique de tissage révolutionnaire « Sois belle ».  Elle est aujourd’hui directrice artistique de la soie féminine.

En parallèle, la maison Hermès a depuis les années 2000 ouvert un dialogue avec l’art contemporain.

Daniel Buren a ainsi en 2000 inauguré la Verrière, espace d’art contemporain de la Maison Hermès situé à Bruxelles. Il a également imaginé en 2006 une installation in situ « Filtres colorés » pour l’atelier de Dosan Park à Séoul. En 2010, il revisite le carré Hermès en mettant en scène des « photos-souvenirs » surprenantes (une fleur, un paysage, un coucher de soleil) qu’il encadre de ses célèbres rayures colorées.

Déjà en 2008, la Maison rendait un Hommage au Carré en s’inspirant du travail Joseph Albers, peintre allemand initiateur de l’art optique. Le résultat est à mon sens sublime tant sur le plan technique qu’esthétique. Je rêve souvent de ce carré dans sa version sur tons bleus « Greek Island », que j’imagine déjà en salles de ventes aux enchères dans quelques années à des prix bien supérieurs à sa valeur intrinsèque… Mais qu’importe, ces variations chromatiques me touchent ;-)

La troisième édition du projet « Hermès éditeur » fut animée par l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto. Baptisé Couleurs de l’ombre,  ces oeuvres-foulards retranscrivent un spectre lumineux se réfléchissant sur un prisme de verre.  Malgré un prix tout de même conséquent (environ 7000€, chaque modèle étant limitée à 7 exemplaires), l’artiste ironise et affirme avec humilité «Les couleurs, la composition, évoquent presque les peintures de Mark Rothko. Mais ça reste quand même beaucoup moins cher et puis, surtout, on peut les porter autour du cou!»

Autre fait notable. Pour la collection automne-hiver 2011-2012, Hermès a succombé à la vague du street en faisant appel à un graffeur Kongo qui a proposé plusieurs modèles inspirée de l’univers urbain et décalé des tags. Une série surprenante intitulé Graff qui tranche avec l’identité visuelle traditionnelle de la marque mais dont on doit saluer l’audace.

Culture mode : Louis Vuitton-Marc Jacobs et Helmut Newton s’invitent à Paris

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition « Voyage en Capitale » qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite « Trianon », très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la « toile Damnier » (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram « LV ». La maison devient alors spécialiste en « emballage des modes » et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde « L.H.O.O.Q » de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

« Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie. » MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers « superflat » coloré (2003).

« Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties. » MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du « porno-chic », Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le « 8ème art » n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

Agenda culturel Hiver 2012

A vos agendas ! 

2012 commence à peine et s’annonce riche en événements culturels.

Centre Pompidou

Danser sa vie, jusqu’au 2 avril 2012

Musée Rodin

La saisie du modèle, Rodin 300 dessins 1890-1917jusqu’au 1er avril 2012

Musée Marmottan-Monet

Henri Edmond Cross et le néo-impressionisme, jusqu’au 19 février 2012

Musée des Arts Décoratifs

Jean-Paul Goude – Goudemalion, une rétrospective, jusqu’au 18 mars 2012

Marteen Baas, les curiosités d’un designer, jusqu’au 12 février 2012

Gagosian Gallery

Damien Hirst – The Complot Spot Paintings 1986-2011, du 12 janvier au 18 février 2012

A venir :

Musée des Arts Décoratifs

Louis Vuitton – Marc Jacobs, du 09 mars au 16 septembre 2012

Musée d’Orsay

Degas et le Nu, du 13 mars au 1er juillet 2012

Grand Palais, Galerie Sud-Est

Helmut Newton, du 24 mars au 17 juin 2012

Paul Smith, Gentleman Designer

Paul Smith a révolutionné la mode britannique et le vestiaire masculin à la manière de Ralph Lauren aux Etats-Unis.

A l’occasion de la sortie du documentaire Paul Smith, Gentleman Designer, j’ai pu connaître de plus près l’histoire  de ce créateur « so british », un poil décalé et non dénué d’humour.

A 17 ans, Paul rêve de devenir cycliste professionnel mais un grave accident va changer son destin. Contraint à une hospitalisation de plusieurs mois, il rencontre à son terme un groupe d’étudiants en histoire de l’art qui lui parle avant-garde, art contemporain, rockers. Paul n’y connaît strictement rien à l’époque mais c’est une révélation.

Encouragée par Pauline Denyer, sa future femme, à l’époque jeune styliste diplomée du Royal College of Arts, il ouvre en 1970  sa première boutique dans une ancienne librairie et se lance dans la mode. Il apprend ainsi l’art du tailoring via des cours du soir et bientôt, il crée ses modèles. Comme il le dit si bien, il a appris sur le tas « learn by doing it ». Ayant peu de moyens pour se procurer des tissus colorés, il ornemente ses chemises blanches de détails qui font la différence : des boutons originaux, une surpiqûre rouge ou des imprimés (carreaux, rayures, fleurs), devenus aujourd’hui sa véritable marque de fabrique.

Peu à peu, Paul Smith n’est plus qu’un simple commerçant et se revendique couturier. L’inauguration en 1979 de sa boutique de Convent Garden, concept store où vêtements et objets divers se côtoient, va véritablement ancrer Paul Smith dans la mode londonienne. Ses créations sont à son image : à la croisée du tailoring traditionnel britannique et d’une modernité intensément colorée et légèrement excentrique.

Aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans que le créateur ne chine des vêtements sur un marché, ne prenne des photos qui l’inspirent, ne note une citation, une bribe de texte sur un coin de page ou n’accumule toutes sortes d’objets dans son atelier. Cet univers, le documentaire de Stéphane Carrel nous le dévoile avec brio et nous permet d’approcher Paul Smith dans sa plus belle intimité.

Documentaire (52 mn), diffusion le 22 novembre 2011 sur Arte à 22h30.

Le retour du col Claudine

Qui aurait cru que cette collerette tombée en désuétude depuis plusieurs décennies reviendrait aujourd’hui à la mode  ?

Caractéristique du vestiaire de la petite fille, le col Claudine doit son nom un brin surranné, au roman de Colette, Claudine à l’école. Publié sous le pseudonyme Willy, l’auteur y raconte ses souvenirs d’école avec un léger parfum de scandale et pose même pour la couverture de son livre avec le fameux petit col.

Si vous faites votre shopping outre-manche, il s’appellera « Peter Pan collar » en référence à l’un des attributs du personnage de J.M. Barrie.

Gabrielle Chanel n’hésitait pas à le porter sous ses perles et le cinéma de la Nouvelle Vague l’a également érigé en valeur suprême à l’image de Françoise Dorléac dans La Peau Douce de Truffaut ou encore de Jeanne Moreau dans Journal d’une femme de chambre de Buñuel. Audrey Hepburn l’a également détourné en le portant dans une variante rouge sulfurique. 

Après avoir été jeté aux oubliettes pendant près de 50 ans, le col Claudine a aujourd’hui retrouvé ses lettres de noblesse grâce, entre autres, à Guillaume Henry qui a été l’un des premiers à l’avoir réhabilité chez Carven en 2010. Depuis la rentrée, que ce soit chez Marc Jacobs pour Louis Vuitton en version cuir blanc vinyle, ou chez Petit Bateau  par Didier Ludot avec la petite robe noire « Catherine », le col à rabats arrondis est partout. Je ne cite volontairement pas ici toutes les marques du Marais que nous connaissons toutes ;-).


Parmis les grandes fans du col Claudine, on pense bien entendu à Alexa Chung, Natalie Portman, Emma Watson, Elle Fanning (mon coup de coeur !) ou encore Carey Mulligan.

Personnellement, j’aime l’ambiguité sur laquelle joue le col Claudine qui donne une allure de pensionnaire faussement sage. A coordonner sans tarder avec un jean ou une jupe plissée !

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