Je suis une Fille Lait Fraise

Paulette n°22

Numéro Spécial Eté

 

Les couleurs pastels sont à l’honneur.
Au programme, une déferlante de tonalités roses qui vont vous donner envie prendre le large vers les bords de mer, une glace à la main.

Ce mois-ci, je vous emmène à la rencontre de Petra Collins et de son collectif ultra-féminin The Ardorous.

Paulette_N22_39Découvrez également son ouvrage Babe mais aussi Mayan Toledano et sa marque Its Me and You.

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Pour couronner le tout, je vous livre ma petite enquête sur l’expansion des foires d’art contenporain dans le monde.

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Bonne lecture les Paulette !

Je suis une Fille Bijou

Paulette n°21

Numéro Spécial Bijoux

Découvrez la couverture toute dorée du dernier Paulette.

N’ayez pas peur de briller de mille feux !

A cette occasion, j’ai le plaisir de vous faire part de ma dernière contribution pour le magazine, un interview croisé de deux artistes brillantes de talents : Pleunie Buyink et Pae White.

Bonne lecture !

Portfolio Pauline Weber 1 Portfolio Pauline Weber 2

Rencontre avec Matthew Slotover, co-fondateur de la Frieze Art Fair

Né en 1968, Matthew Slotover est le co-fondateur de la Frieze Art Fair avec son associée Amanda Sharp. Ils ont lancé en 1991 le magazine d’art contemporain Frieze, avant de créer la foire en 2003. La 12ème édition de la Frieze Art Fair s’est tenue du 15 au 18 octobre 2014 et a rassemblé 162 galeries venues de 25 pays à travers le monde. En 2012, la Frieze s’est exportée à New-York et Frieze Masters est né, offrant aux visiteurs un regard contemporain sur l’art ancien et l’art moderne.

Courtesy of Frieze
Courtesy of Frieze

Quelle est la spécificité de la Frieze par rapport aux autres foires ?

Tout d’abord, la Frieze se tient à Regent Park ce qui lui confère une atmosphère toute particulière. De plus, nous travaillons directement avec les artistes sur des projets spéciaux conçus pour la foire, les Frieze Projects. Nous les commissionnons à travers la réalisation de performances et d’installations. A ce titre, nous avons commencé comme une société sans but lucratif. Tout cela donne à la Frieze une identité propre.

Pensez-vous que la Frieze est une foire anglaise ou internationale ?

Les trois pays principalement représentés sont la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle est anglaise dans la mesure où Londres est devenu aujourd’hui une place importante du marché de l’art mais elle est aussi internationale car nous recevons des personnes du monde entier.

Quelle est la différence avec la Frieze de New-York ?

C’est le même modèle. Cependant, je trouve que New-York est plus informel. Les gens sont un peu plus smart. De plus, la proportion de galeries américaines y est plus importante qu’à la Frieze de Londres.

La Frieze est-elle toujours en lien avec son magazine ?

La Frieze reste bien évidemment étroitement liée au magazine. Nous partageons les mêmes bureaux et notre magazine travaille aussi sur les projets que nous montons pour la foire. Le fait que la Frieze soit née autour d’un magazine la rend plus « intellectuelle ». A ce propos, nous attachons une importance toute particulière à la notion de curating. Voilà pourquoi nos talks programms ne parlent pas exclusivement du marché de l’art mais aussi des artistes et du processus créatif. Nous croisons également les disciplines en mêlant la danse et la vidéo par exemple.

Que pensez-vous du choix de la FIAC de s’exporter à Los Angeles ?

C’est un pari. De nombreuses foires ont tenté leur chance à Los Angeles mais elles n’ont malheureusement jamais vraiment fonctionné. La ville s’est construite autour de l’industrie du cinéma et non de l’art. Los Angeles regorge de plus en plus de galeries et d’artistes mais les musées ont des difficultés de financement et les collectionneurs locaux manquent à l’appel. Ce n’est pas aussi facile que sur la Côte Est ou en Europe. De plus, ce n’est pas très central géographiquement parlant. Après les foires se développent de plus en plus à travers le monde.

Comment était le monde de l’art lorsque vous avez débuté votre carrière il y a plus de vingt ans ? 

Beaucoup plus petit ! Et tout particulièrement à Londres où il devait y avoir cinq galeries intéressantes.

Et comment expliquez-vous cette mutation ?

Il y a deux choses : Internet est apparu et les gens voyagent de plus en plus ce qui attise leur curiosité. Aujourd’hui, l’art contemporain est devenu très mainstream. A Londres, c’est un sujet que vous pouvez parfaitement aborder avec un chauffeur de taxi ! Voilà pourquoi à travers Frieze magazine, nous essayons d’être à la fois accessible et pointu bien que ce ne soit pas toujours évident.

Courtesy of Linda Nylind/Frieze
Courtesy of Linda Nylind/Frieze

Que pensez-vous de cette tendance grandissante du ludique dans l’art, phénomène très perceptible sur la foire à l’image de la Galerie Gagosian qui a transformé son stand en terrain de jeux pour enfants ou de Carlos/Ishikawa qui proposait du nail art aux visiteurs ?

C’est une très bonne chose pour la foire et visuellement c’est plus excitant ! Nous avons à ce titre onze galeries qui ont travaillé sur des projets spéciaux. Certains étaient très spectaculaires et d’autres plus intellectuels, plus exclusifs. Nous essayons de nous diversifier afin de contenter toutes les sensibilités. De manière générale, le fait que les galeries concentrent leur effort pour rendre leur stand plus attractif est très bénéfique pour la foire.

Sébastien Schuller surfe sur la vague

« Mes trois albums sont véritablement miroirs par rapport aux périodes qui ont scandé ma vie. »

Sébastien Schuller est un musicien pur et dur.

Il débute son apprentissage musical à l’âge de raison, en se formant à la percussion classique au conservatoire. Mais c’est à 20 ans qu’il commence véritablement à composer avec son synthétiseur tout en travaillant en parallèle à la FNAC pour arrondir ses fins de mois. Une façon d’être entouré, mine de rien, par ce qu’il préfère dans ce bas monde : les disques. « Pendant 7-8 ans, je n’ai composé que des couplets et des refrains, sans écrire de véritables morceaux. » Mais Sébastien Schuller a su s’armer de patience et de persévérance, essentiels pour vivre de sa passion et ça s’est avéré payant. « J’ai commencé à vivre de ma musique à l’âge 30 ans, somme toute assez tardivement. J’ai signé un premier vinyle avec l’éditeur Warner Chapell et j’ai sorti le 4 titres de Weeping Willow avec EMI en 2002. »

Sébastien Schuller écrit en anglais par héritage familial et culturel – il vit depuis 7 ans à Philadelphie – mais aussi pour le mystère poétique que l’on peut créer avec une langue étrangère. Il vient de sortir son troisième album Heat Wave et sera en concert à Paris le 21 octobre prochain au Pan Piper.

Sébastien Schuller, Photo : Tonje Thilesen
Sébastien Schuller, Photo : Tonje Thilesen

Retour sur ses trois albums, trois influences, trois tranches de vie

Happiness doit son nom à son histoire. Un nom qui contrecarre avec les événements malheureux qui ont accompagné sa concrétisation : les échos d’un deuil familial en filigrane mais aussi une vie sentimentale qui prend soudainement le large. Car un premier album, ce sont plusieurs années de travail où l’on se cherche une identité et une cohérence musicales.

« J’étais face à un paradoxe, pris entre le bonheur que j’avais de sortir ce premier disque et ma vie personnelle qui me faisait défaut. J’ai eu alors envie de parler de manière ironique de la vie. Ce nom Happiness  était aussi une manière pour moi de relativiser et de donner mon analyse de cette époque là. »

Sébastien Schuller nous transmet en effet par ses mélodies une vision du bonheur ponctuée de réalisme et de douce mélancolie tout en nous transportant dans les sonorités de son enfance : Neil Young, Supertramp mais aussi Radiohead.

Evenfall est à l’image des premières années que le musicien a passées à Philadelphie quand il enregistrait, sous les toits de son appartement, rythmé par les craquements du parquet. « J’ai commencé à être influencé par d’autres groupes à l’image de Sufjan Stevens, Beirut ou encore Animal Collective. J’ai eu envie de faire quelque chose de beaucoup plus orchestré. J’ai travaillé avec des cuivres, des clarinettes et j’ai aussi acheté un premier piano. De plus, c’est à cette époque que j’ai décidé de me séparer de mon label. »

Aujourd’hui, Sébastien Schuller peut en effet se targuer de se produire seul. Son dernier opus, Heat Wave, est d’ailleurs directement en vente sur son site (en CD et téléchargement) et retranscrit la quintessence de son expérience américaine : Philadelphie bien entendu mais aussi l’influence déterminante d’un voyage à Miami. « J’ai retrouvé une architecture commune entre ces deux villes : les immeubles Art Déco, ces lumières mauves qui s’y réfléchissaient. Cette ambiance néon m’a beaucoup inspiré. »

Heat Wave

Heat Wave nous emporte dans cette atmosphère estivale caractéristique de la Côte Est américaine où le temps plombé par la chaleur assommante, est ponctué de tempêtes tropicales. Pour la couverture du disque, Sébastien Schuller a choisi une image qui lui rappelle étrangement l’emblématique concert de Dépêche Mode donné au stade Rose Bowl de Pasadena en 1988. Et quel symbole ! « A travers cet album, je suis revenu en quelque sorte à la musique de mon adolescence, le new wave et les années 80. Je me suis enfin permis des clins d’œil de cette époque. Ce sont des musiques qui m’ont accompagné mais il faut un certain temps avant de les digérer, de les faire siennes. Aujourd’hui, j’arrive mieux à les maitriser et à les interpréter. »

Dans l’introduction de Endless Summer, on retrouve ainsi des sonorités très pop qui ne sont pas sans rappeler Electricity de OMD ou Fade To Grey de Visage. La tonalité mélancolique demeure mais s’avère énergisante.

Pour Night Life que Sébastien Schuller considère comme la pierre angulaire de son disque, Emily Kai Bocke signe un clip vidéo très réussi. En digne héritière d’un Harmony Korine, elle sublime avec brio le leitmotiv de cette ballade onirique : « croire qu’on peut échapper à ses problèmes dans la nuit alors qu’ils resurgissent au petit matin. » On suit ainsi deux jeunes filles aller au bout de leur nuit au détour d’un night-club, d’un hôtel ou d’un bord de plage dans les profondeurs de Miami Beach.

« Il n’y a pas d’histoires réelles. On ne sait pas bien ce qu’il se passe et c’est ce que j’aime par dessus tout car cela laisse place à l’interprétation.  Il y a quelque chose d’assez cinématographique dans ma musique. Elle est à la fois mélodique et mélancolique. »

Et pour cause ! Quand il compose, Sébastien Schuller travaille avec des images qu’il découpe dans des magazines et assemble sur des boards. « Bien souvent, je laisse la télévision allumée et le hasard fait que certaines mélodies sont en raccord avec les plans qui défilent. » Rien de bien étonnant pour ce passionné de cinéma qui a déjà réalisé plusieurs bandes originales de films : Toi et Moi, Notre Univers Impitoyable et plus récemment Le Beau Monde.

Tel un peintre de l’avant-garde moderne, la musique de Sébastien Schuller est très expressionniste et nous emmène sur un terrain introspectif qui n’est pas sans nous déplaire !

Wim Delvoye, « l’enfance de l’art »

Wim Delvoye est à l’honneur à la Galerie Perrotin jusqu’au 31 octobre 2014 et présente une vingtaine d’œuvres inédites. Vous y découvrirez entre autres des valises en aluminium ciselées aux motifs persans, des pneus dentelés, des roues de vélos en double torsion ou encore une version miniature de « Suppo » en marbre d’où surgissent d’étranges racines…

A bientôt 50 ans, Wim Delvoye n’a pas pour autant perdu son âme d’enfant. C’est à l’occasion du vernissage de sa dernière exposition à la Galerie Perrotin que je fais sa rencontre. Dès les premiers échanges, je ressens chez lui un mélange d’excitation et d’appréhension. Et, c’est avec amusement que je cherche rapidement à capter sa personnalité et son énergie débordante car derrière la nébuleuse de ses propos, se cache une timidité, certes maîtrisée avec les années, mais aussi une grande sensibilité.

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Wim Delvoye lors de son exposition « Au Louvre » devant l’oeuvre « Suppo » 2011, Photo : Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

Wim Delvoye est l’aîné d’une famille de trois enfants. Chaque week-end, ses parents l’emmènent visiter des églises et des musées. Son père porte en effet un grand intérêt à la peinture et met toutes ses expectatives sur son fils. Instituteur, il rentre chaque soir à la maison avec des papiers et des crayons, offrant à Wim ses jouets favoris. Dès plus le jeune âge, il se met à dessiner.

Déclaré inapte aux mathématiques suite à une batterie de tests psychologiques, il décide très vite d’endosser une carrière artistique et entre à quinze ans à l’Ecole d’arts plastiques de Coutrais. Lorsque Wim Delvoye intègre, trois plus tard, l’académie des Beaux-Arts de Gand, il est presque fatigué et a l’impression de ne rien apprendre. C’est loin du conceptualisme ambiant des années 80 dans lequel il ne se reconnaît pas, qu’il va alors construire en secret son identité artistique.

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Grand admiratif de Marcel Duchamp, il développe très vite une obsession pour la scatologie et l’analité. Avec Cloaca, machine qui reproduit scientifiquement le processus de digestion, Wim Delvoye choisit ainsi de montrer la fragilité, l’humilité loin de tout particularisme.

« Dans les années 80, nous étions face à deux problématiques, celle du genre et du néo-colonialisme. J’ai eu alors envie de faire des œuvres qui pourraient dépasser ce complexe de l’homme blanc. Mes œuvres sont très masculines finalement. » Il y a certainement de quoi être déstabilisé lorsque l’on découvre pour la première fois une machine comme Cloaca. Mais comme le rappelle si honnêtement l’artiste, « en Belgique, l’art quelle que soit la forme qu’il prend, est toujours pris au sérieux. »

Cloaca, 2006
Cloaca, 2006

Wim Delvoye est bel et bien Belge et c’est un détail à ne pas omettre si l’on veut appréhender son art et son goût prononcé pour le détournement. « Mon souci, c’est d’être compris par tout le monde. Un pneu, une valise, le caca tout le monde connaît. C’est une manière d’aborder le quotidien de façon très cosmopolite » avance-t-il tout naturellement. Parer son œuvre d’universalité est chez lui un principe fondamental.

Fasciné par le populaire, la science, la religion ou encore le sexe, Wim Delvoye propose des œuvres très éclectiques tant dans leurs inspirations que dans leurs réalisations. Les supports et matériaux utilisés sont variés et vont de l’acier au caoutchouc, en passant par le marbre, le bronze ou encore la peau de cochon voire la peau humaine.

Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué
Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué

Après Cloaca, Wim Delvoye part en Chine élever et tatouer des cochons. Pour ses dessins préparatoires, il détourne en fils spirituel de Walt Disney – ils ont les mêmes initiales, c’est un signe, assurément – des scènes de cartoons où Blanche-Neige côtoie Cendrillon d’une drôle de façon et où Mickey se retrouve crucifié, ses amis Donald, Minnie et Dingo pleurant son malheur à ses pieds. On y retrouve également des références à l’univers du luxe comme Louis Vuitton, où il reprend à son compte initiales enlacées LV, pointes de diamants, étoiles et fleurs quadrilobées propres à la célèbre toile enduite du malletier parisien. Une manière subtile de rappeler que l’artiste est devenu aujourd’hui une marque et que l’art contemporain est le summum du luxe.

En mai 2012, Wim Delvoye s’est installé au Louvre au sein du département des Objets d’art instaurant ainsi un dialogue entre le passé et le présent. A cette occasion, « Suppo », une tour gothique en acier torsadé atteignant 11m de haut, a été érigé sous la pyramide du Louvre flirtant ainsi avec le spectaculaire. Tim, véritable peinture vivante dont le dos a été tatoué par les soins de l’artiste et vendu 150 000 euros à un collectionneur, était également présent dans les salons Napoléon III.

Vue de l'exposition Wim Delvoye "Au Louvre", "Tim", Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique
Vue de l’exposition Wim Delvoye « Au Louvre », « Tim », Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique

Tiraillé entre la loi du marché et ses projets personnels, Wim Delvoye a pris le chemin de la liberté et fait le pari de la difficulté. « Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère où c’est le marché qui compte, la vente et le collectionneur passent avant tout. Mais j’ai osé faire quelque chose de différent, peut-être parce que je suis Belge… Quand on est Belge, on se dit qu’on n’a rien à perdre » précise-t-il avec assurance. Il ajoute : « il faut sortir l’art de son élitisme. D’après moi, l’art c’est du divertissement, du ludique à un niveau plus sophistiqué. »

Pour mener à bien ses projets, l’artiste belge établi à Gand travaille avec une équipe de sept personnes, qui chacune se charge de déléguer le travail à des artisans spécialisés sur des savoir-faire précis. Ainsi, pour réaliser ses pneus à l’allure dentelée dont les dernières versions sont exposées actuellement à la Galerie Perrotin, Wim Delvoye a fait appel à un sculpteur-graveur sur bois. A ce propos, lorsque je lui demande si à force de déléguer, il n’a pas le sentiment d’être dépossédé de son travail d’artiste, il me répond en toute honnêteté qu’il « se sent plus proche d’un architecte que d’un peintre. » Le rôle de chef d’orchestre, voire de chef d’entreprise, n’est donc pas pour lui déplaire. De plus, il précise : « chaque pièce que je fais prouve que j’ai choisi de devenir quelqu’un dans l’art. Je fais en sorte de bien finir mes œuvres. C’est une manière de respecter mon public. »

Wim Delvoye, "Sans titre (Truck Tyre)" 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin
Wim Delvoye, « Sans titre (Truck Tyre) » 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin

De notre conversation, je retiens aussi un goût prononcé pour la politique mais quand j’emploie le terme d’ artiste engagé, il ne semble pas à l’aise avec cette dénomination. « Cela reste quelque chose dont je parle avec mes amis mais ça n’a rien à voir avec mon art » avoue t-il.

Pour clore la discussion, je l’interroge sur ses projets pour le futur. Il me confie que cela fait trente ans qu’il voudrait quitter la Belgique et l’Europe. Il évoque un palais en Iran, à Kashan, un endroit où l’on pourrait tout rénover pour y faire une « mini fondation, une mini galerie, un mini atelier mais aussi un hôtel pour les amis. » Et effectivement, cela laisse rêveur…

L’hypersexualisation de la mode

En décembre 2013, le magazine italien NSS mag lança un jeu sous forme de quizz intitulé « Fashion or Porn » qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Le principe est simple : des bribes de photos apparaissent à l’écran et il faut déterminer hors contexte s’il s’agit d’une « sage » image de mode ou d’un cliché issu du monde du hard.

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Difficile de battre des records tant certaines poses ou expressions sur les visages jouent sur l’ambigüité. Un constat qui semble révélateur d’un phénomène bien palpable. En effet, la frontière entre publicité de mode et image à caractère sexuel n’a eu de cesse de s’amenuiser avec les années. A tel point que l’on parle aujourd’hui d’hypersexualisation, de « pornification » de la mode pour reprendre le terme anglais.

En 2004, William Endres et Christophe Hug dans leur ouvrage intitulé Publicité et Sexe : Enjeux psychologiques, culturels et éthiques tiraient déjà ces conclusions : « Les images à caractère sexuel sont communes dans la publicité depuis longtemps. Cependant, depuis les dernières décennies, l’imagerie devient plus explicite, plus commune. De nombreuses publicités sont proches de la frontière avec la pornographie. La publicité adopte même parfois ses conventions visuelles et messages.»

picture25201A la même époque, le New York Times allait également dans ce sens en affirmant que « la mode s’est inspirée de l’esthétique porno avant même l’art, la vidéo, la musique et Hollywood. »

La tendance n’est bien évidemment pas nouvelle. On utilisait déjà la nudité pour booster les ventes au début du siècle et l’érotisme dans la photographie de mode a connu son apogée avec des photographes de renom comme Helmut Newton ou Jean-Loup Sieff.

Helmut Newton
Yves Saint-Laurent par Jean-Loup Sieff

Mais si la nudité constitue notre état premier et naturel, il ne faut surtout pas confondre érotisme et pornographie.

Dans le cadre de mes recherches sur le sujet, j’ai interviewé Michel Dorais, sociologue de la sexualité et chercheur à l’université de Laval. Je lui ai demandé la différence qu’il établissait entre les deux notions. Selon lui, « l’érotisme se définit comme l’art subtil de la suggestion alors que la pornographie dévoile tout, tout de suite, sans retenue et en gros plan. Elle ne laisse aucune place à l’imagination, à l’anticipation, qui sont au contraire sollicitées par l’érotisme. »

Cependant, en poussant l’analyse plus loin, on se rend compte que la frontière est parfois mince et qu’elle est aussi une question de point de vue, de sensibilité. Comme le disait si justement André Breton, « la pornographie, c’est l’érotisme des autres », constat que cette photographie de Guy Bourdin illustre avec brio.

Guy Bourdin
Guy Bourdin

« Il y a toujours la possibilité pour celui ou celle qui regarde d’ajouter sa propre lecture, forcément subjective, au scénario érotique ou même pornographique qu’on lui présente » ajoute Michel Dorais.

De plus, on nage aujourd’hui dans une nébuleuse de concepts, à l’image du « porno-chic », du « fétichic » ou encore du « bondage », qui tendent à opacifier la limite entre érotisme et pornographie dans leur représentation respective.

Le porno-chic « s’inspire de la pornographie dans ses scènes les plus crues, tout en aspirant, comme si c’était de l’érotisme, à faire de l’art » précise Michel Dorais. Initié à l’aube des années 2000, le porno-chic a été popularisé par Carine Roitfeld, ancienne rédactrice en chef du magazine Vogue qui a multiplié les couvertures et éditos de mode provocants sous l’influence du photographe de mode Mario Testino et du designer Tom Ford.

Daria Werbowy par Mario Testino
Daria Werbowy par Mario Testino

Tom Ford for Men

Caractéristique d’une époque en besoin croissant de s’exhiber, le porno-chic est aussi reflet d’un renversement d’un certain nombre de tabous. En commercialisant son canard vibro-massant affublé de rayures multicolores dans le sous-sol de sa boutique de Saint Germain des Prés, Sonia Rykiel s’est montré précurseur en la matière, se faisant ainsi le symbole d’une évolution majeure des mœurs dans l’appréhension de la sexualité et du plaisir féminin.

Avec son défilé prêt-à-porter automne-hiver 2011-2012, Marc Jacobs signe l’avènement du « fétichic » dans une esthétique rappelant Charlotte Rampling dans Portier de Nuit. En se réclamant davantage de l’érotisme et du fantasme avec un vestiaire sombre arborant buste corseté, talons aiguilles, cuir et bas nylon, le « fétichic » entend ainsi dépasser la provocation caricaturale et inhérente au porno-chic et se pose en digne héritier d’un Claude Montana ou d’un Jean-Paul Gaultier.

Charlotte Rampling Portier de Nuit

Qu’il s’exprime de manière plus ou moins explicite, l’imaginaire autour du sexe fait vendre et se pose comme une source inépuisable d’inspiration pour l’industrie créative. La dérive majeure tient aujourd’hui à sa surenchère inexorable,   symptomatique de l’hypersexualisation de la mode et de la société dans son ensemble.

Dans un article paru en novembre 2013, Caryn Franklyn, présentatrice britannique, s’insurge contre une mode devenue « une branche à part entière de l’industrie pornographique. » Cette dérive est due selon elle à deux facteurs : la diffusion de plus en plus massive de la pornographie via Internet et l’augmentation des retouches photos. « Réduire les femmes à une paire de seins, à des parties génitales et à une mine boudeuse est devenue aujourd’hui une véritable identité artistique. Ce n’est pas vendre de la mode. Ce n’est rien vendre si ce n’est du sexe.»

On a peut-être tiré des conclusions trop hâtives en clamant que le porno-chic à la David Lachapelle était mort ou qu’il renaîtrait de ses cendres dans une version adoucie. Il est aujourd’hui à l’origine de ces multiples survivances plus radicales dont Terry Richardson se fait aujourd’hui le porte-parole privilégié et qui n’est pas du goût de tout le monde.
Paris Hilton par David Lachapelle
Paris Hilton par David Lachapelle

« La publicité de mode d’aujourd’hui est envahie par les photographes et les réalisateurs du genre du très dénigré photographe millionnaire Terry Richardson, dont l’esthétique entière repose sur l’objectification pornographique de la femme » commente Kate Hakala, journaliste du site Nerve, « centre culturel en ligne pour le sexe, l’amour et la culture ».

Terry Richardson utilise en effet les procédés de la photographie amateur. Par l’utilisation exacerbée du flash, il confirme l’existence d’un genre à part entière et semble parfois filtrer avec le vulgaire. Car ne l’oublions pas, entre l’érotisme et la pornographie, il n’y a qu’un pas… comme entre le bon et le mauvais goût. Il ne lésine pas sur les gros plans : la chair est à vif dans sa plus simple expression, sans écran et avec un réalisme cru qui rappelle les peintures de Lucian Freud. On aperçoit une cicatrice, des poils. Personne n’est épargné. Je choisis volontairement de ne pas montrer les clichés en question mais il suffit de taper son nom sur Google images pour les voir apparaître.

Lara Stone par Terry Richardson
Lara Stone par Terry Richardson

Ce style sans précédent qui le caractérise permet à certains de ses défenseurs de dire que ses clichés ne relèvent pas de la pornographie.

Pour Gavin McInnes du magazine new-yorkais Vice, « l’une des choses les photos touchantes dans les photos de Terry, ce sont les imperfections. » Pour Olivier Zahm, éditeur du magazine Purple, « il photographie la beauté féminine du point de vue masculin. » Il renchérit : « En fait, Terry œuvre contre la pornographie, puisqu’il réintroduit le désir, la sexualité, le sexe ludique dans la réalité et en direct avec le studio. Il photographie la sexualité comme une connivence entre lui et son modèle. Il ne joue pas le jeu de la domination et de la dépendance sexuelles de la pornographie. Il s’investit personnellement. Nous voyons son bras et sa montre, sa main, son corps, quelque fois son pénis etc. »

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A vous de juger. Personnellement, je trouve cette dernière assertion complètement grotesque. Non pas que je remette totalement en question le travail de Terry Richardson mais il est normal de se poser quelques questions face à ses réalisations, à l’image du clip où Miley Cyrus s’exhibe nue et s’adonne aux plaisirs du léchage de marteau. Le photographe de mode a d’ailleurs été accusé à plusieurs reprises d’agressions sexuelles par des mannequins dont la dernière en date est celle de Charlotte Waters qui a dans une lettre anonyme publiée le 4 mars dernier relate que ce dernier lui aurait ordonné de pratiquer une fellation lors d’un shooting à New-York en 2009. Une pétition « No more Terry » a même été crée afin de désinciter les grandes marques à faire appel à ses services.

Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. En effet, certaines conclusions laissent sans voix quant au pouvoir manipulateur des images de mode et du luxe qui loge dans notre inconscient.

Une étude réalisée auprès de 87 étudiants par Kate Waldman et Kathleen Vohs et publiée en novembre 2013 dans le journal Psychological Science, révèle que le seuil de tolérance des femmes face à l’objectisation du corps et la mise en scène de sa sexualité dans la publicité s’accroit plus le produit vendu est un produit de luxe. « Les femmes trouvent les images sexuelles déplaisantes lorsqu’elles mettent en avant un produit bas de gamme, mais cette réaction à l’imagerie sexuelle était mitigée quand le produit mettait en avant un produit au prix élevé. Ce phénomène n’a pas été observé parmi les hommes. » Les chercheurs expliquent ce phénomène par la théorie économique du sexe qui considère les relations hétérosexuelles comme un marché et le sexe comme un bien marchandisable : « les hommes cherchent à acquérir du sexe de la part des femmes en leur offrant d’autres ressources en échange. »

La Crème de la crème

Une théorie sur laquelle Kim Chapiron s’est en partie basée pour monter le scénario de son dernier film baptisé « La Crème de la crème »  où il met en scène trois étudiants d’une école de commerce prestigieuse qui montent un réseau de prostitution. Loin d’éviter les clichés et de soulever de vraies questions quant à la gravité du sujet abordé, le film entend toutefois mettre en garde « une génération qui connaît les gang-bang avant même de savoir embrasser » et qui tend ainsi à banaliser la pornographie en oubliant l’essentiel : l’amour.

Dans son ouvrage intitulé « la Sexualité spectacle », Michel Dorais parle d’une nouvelle révolution sexuelle, celle de la génération 2.0 qui entend « tout voir, tout montrer ». A ce titre, « le mot d’extimité a même été inventé pour caractériser cette nouvelle forme de dévoilement continu et presque obligé de l’intimité. »

La sexualité spectacle

« Le web et les réseaux sociaux permettent d’avoir accès à une infinité d’images et de contacts virtuels, ce qui donne l’impression que la sexualité est plus accessible que jamais ; or, je ne vois pas d’avancées significatives sur le plan de la connaissance de soi, de sa propre sexualité et même de celle des autres. Il y a là un étrange paradoxe, d’où mon appel au développement d’un sens critique et d’une réflexion sur la sexualité qui ne nous condamnent pas à retourner à la censure ou à la pudibonderie d’antan, mais plutôt à un questionnement sur ce qu’est l’intimité, et même l’identité qui en découle » argumente-t-il.

Parce que la mode est le témoin privilégié des changements sociétaux, il est important de garder son sens critique face à ce phénomène qui s’avère beaucoup plus pernicieux que l’on ne le croit. Et je me permets ici de soulever ce point car je suis moi-même généralement assez bon public et plutôt friande de ce type d’esthétique dont j’en ai bien souvent oublié les dérives potentielles, prise aux mains du processus de séduction irrésistible de cette machine à rêves.

Thylane Blondeau Jalouse

Pour conclure cette article, je finirai par la couverture du dernier Jalouse qui met en scène Thylane Blondeau, fille de Veronika Loubry, presque vierge de tout artifice, mais avec toutefois une maille Dior… comme toutes ses camarades de classe. Je laisse volontairement la question ouverte en rappelant toutefois qu’avec ses allures de lolita, la baby mannequin avait fait scandale en décembre 2010 en posant pour une série de photos orchestrées par Tom Ford où elle apparaissait maquillée et couverte de bijoux à l’âge de 10 ans. Avec ses poses suggestives, elle rappelait étrangement Brookes Shields dans sa baignoire sous l’objectif de Richard Prince… Le processus créatif, cet éternel recommencement.

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Pour me contacter : weber.pauline@gmail.com

La résurgence de la danse classique dans l’univers de la création

Article illustré par une conversation avec Dorothée Blacher,  responsable du Département Danse au sein de la maison Repetto

Des danseurs sont allongés sur du papier froissé et bougent au rythme du flash et des instructions du photographe. La préparation d’un reportage sur les coulisses d’un ballet ? Pas exactement.

JR, célèbre pour ses photomatons géants disséminés à travers le monde, a initié cet hiver un vaste projet dans le cadre des Arts Series du New York City Ballet. Le résultat, une installation grandeur nature, un œil témoin de notre temps, qui retranscrit avec force, la beauté des corps de quatre-vingts danseurs au rythme d’une chorégraphie immobile. Une collaboration plus qu’étonnante quand on pense à l’identité artistique de JR qui se réclame du Street Art, courant plus radicale dans ses fondements que la danse classique. L’expérience a été si fructueuse que ce dernier s’est même improvisé chorégraphe pour un ballet qui sera présenté en avril et mai prochain au Lincoln Center.

JR NYC Ballet

La preuve que la danse classique inspire bien au delà de son domaine de prédilection.

Et pour cause, elle est devenue aujourd’hui un véritable support de communication. De nombreuses marques et pas seulement de mode, puisent dans son univers pour donner du sens à leur discours et construire des histoires autour de leurs offres respectives.

Dans cette optique, le Club Med a présenté récemment une nouvelle campagne intitulée « Le Ballet ». Réalisée par l’équipe créative de Saatchi & Saatchi, cette dernière met en scène un couple de danseurs suivi par une troupe de ballerines qui réinterprètent en mouvement la fameuse chanson « Darla Diladada » des Bronzés. Une façon subtile pour le célèbre club de vacances de réaffirmer sa volonté de monter en gamme avec humour et décontraction. Créatrice d’identité, la danse classique valorise en effet tout ce qu’elle touche. Art de l’exigence par excellence, elle incarne à la perfection les valeurs du luxe.

L’engouement suscité par Black Swan en 2011 n’est pas anodin. Le film a en effet largement contribué à redonner à la danse classique ses lettres de noblesse. En tant que consultant chorégraphe pour le film, Benjamin Millepied a d’ailleurs beaucoup œuvré dans ce sens, provoquant ainsi les convoitises de nombreuses marques. On repense en effet à la campagne publicitaire d’Air France « l’Envol » où il danse avec sa partenaire sur une chorégraphie de Prejlocaj, choisie pour symboliser avec poésie l’invitation au voyage par les sentiments amoureux. Mais aussi au parfum « L’Homme Libre » de Yves Saint Laurent pour lequel il a été choisi comme égérie et où on le découvre en pleine rue danseur des temps modernes. Une démarche à son image puisqu’il pense lui-même que « la danse est partout » et qu’elle doit être au cœur des projets artistiques.

Source d’inspiration, l’esthétique du ballet jouit de plus d’une grande force de représentation. Ainsi, pour présenter sa collection printemps-été 2014, la jeune créatrice Alix Thomsen a choisi de faire appel à des danseurs de l’Opéra de Paris. A travers « l’histoire de trois sœurs et d’un voyageur », les vêtements sont mis en scène, bougent et se muent au rythme des rebondissements du scénario. Sur le lookbook, l’une des danseuses, Juliette Gernez, pose à plusieurs reprises montée sur pointes ou avec son tutu.

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Basé sur l’imaginaire du corps en mouvement, du geste parfait et de la féminité, la danse classique détient ce pouvoir inouï de créer du beau tout en faisant appel à un langage universel.

« Les ballets reflètent l’histoire de la vie, de la jeune fille en quête d’amour » comme le rappelle si justement, Dorothée Blacher, responsable du Département Danse au sein de la maison Repetto.

Voilà pourquoi la danse classique et la mode n’ont eu de cesse d’entretenir un puissant dialogue créatif, faisant collaborer designers, chorégraphes et artistes. Déjà dans les années 20, Gabrielle Chanel avait uni ses talents à ceux de Jean Cocteau et Picasso, en réalisant les costumes de plage du Train Bleu, un des célèbres ballets russes de Serge Diaghilev. D’autres rencontres de ce type ont également marqué les esprits par la suite à l’image de Gianni Versace et Béjard ou de Christian Lacroix pour l’Opéra National de Paris.

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Par ailleurs Chloé, dont l’univers esthétique s’inscrit dans la fraicheur et la délicatesse de la jeune fille, a également trouvé tout naturellement son inspiration dans le monde du classique. En 2011, Hannah Mac Gibbon a proposé à cet effet un défilé entièrement tourné sur l’univers de la ballerine. Fluidité et transparence sont les maitres mots de cette collection Eté qui rassemble en son sein les codes chers à la marque : plissés en mousseline de soie, jupons en tulle et pantalons amples déclinés sur une palette de couleurs nudes sont associés à des justes-aux-corps qui subliment avec grâce la féminité. Une vidéo diffusée sur Internet et mettant en scène Janie Taylor, danseuse au New York City Ballet, dans les créations de la maison, a de plus été pensée pour marquer l’événement.

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Dans le domaine de la danse contemporaine, digne héritière du ballet, les exemples font aussi légion : Rei Kawakubo et ses costumes « bosses » pour Merce Cunningham, Jean Paul Gaultier et Régine Chopinot ou encore Dries van Notten pour Anna Theresa de Keersmaecker. A la fois sublimé et acteur d’une recherche conceptuelle aboutie au service de la chorégraphie, le costume de danse trouve alors son sens le plus profond tant d’un point de vue artistique qu’intellectuel.

Plus récemment en 2013, Azzedine Alaia, sculpteur du corps par excellence et déjà précurseur en la matière avec sa contribution pour Carolyn Carlson, a conçu les costumes pour La Nuit de Prejlocaj et Les Noces de Figaro à Los Angeles.

D’autre part, Riccardo Tisci, directeur artistique de la maison Givenchy, pourtant friand d’une esthétique plus sombre, a signé à la même époque « des combinaisons seconde peau de couleur nude en tulle rebrodé de dentelle ivoire formant un squelette » pour le Boléro de Ravel. A croire que d’un extrême à l’autre, il n’y a qu’un pas. « Ce qui intéresse à mon sens les créateurs, c’est que de quelque chose de très strict, on parvient à travailler l’opposé. La danse classique c’est aussi ce goût de la transgression que l’histoire du lac des cygnes relate à la perfection » précise Dorothée Blacher.

Riccardo Tisci

Par l’union du tissu et du corps en mouvement, les liens entre danse classique et la mode ne tarissent pas et au contraire, s’autogénèrent.

A ce titre Repetto, marque qui a fait sa renommée après la seconde guerre mondiale grâce à ses chaussons aux coutures retournées et ses vêtements dédiés à la danse, est un cas d’école. Car tout en conservant son territoire d’origine, elle a su pénétrer l’univers de la mode et du luxe. Une histoire qui commence en 1956 avec la création des ballerines rouges Cendrillon, immortalisées par Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa la femme » et que Serge Gainsbourg a perpétué dans les années 70 en adoptant en ambassadeur officiel les fameuses Zizi.

Après une période de flottement, la marque est véritablement revenue sur le devant de la scène en 1999 sous l’impulsion de son nouveau directeur Jean-Marc Gaucher. Les collaborations avec les designers japonais, Issey Miyake, Yohji Yamamoto ou Comme des Garçons participent à ce renouveau. En lançant sa collection de prêt-à-porter en 2012 et son parfum en 2013, la maison Repetto a pris un nouveau tournant.

Repetto Garde Robe

Comme l’explique Dorothée Blacher, « l’objectif est de parler de la silhouette de la danseuse en tant que femme active et contemporaine. En diversifiant notre offre produits, nous avons voulu incarner tout ce que la femme Repetto représente aujourd’hui, à savoir une femme en mouvement qui de son cours de danse ou de yoga, part travailler ses ballerines de ville aux pieds et sort le soir surélevée sur des talons qui lui rappellent la cambrure obtenue par les pointes. Repetto c’est avant tout un art de vivre, une attitude. On ne propose pas simplement des produits mais une silhouette, une fonction. Repetto apporte à la femme la grâce de la danseuse. »

Enfin, si la danse classique s’inscrit dans l’air du temps et inspire la création contemporaine, c’est aussi parce qu’elle jouit aujourd’hui d’un regain d’intérêt très fort. Les mannequins ne cessent de vanter ses louanges pour la silhouette et l’on a même vu de nouvelles pratiques sportives s’en inspirant, à l’image du « Body Ballet », apparaître.

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Ce phénomène semble aller de pair avec notre époque contemporaine dont la rigueur et l’autorité contrecarrent avec le bling-bling dépassé des années 2000. De plus, dans une société effrénée et avide de résultats rapides, la danse classique fait à l’inverse l’éloge de la patience et de la modestie. Maitrise du corps et apprentissage de la frustration, sont les maîtres-mots de cette discipline.

C’est une sorte de retour aux fondamentaux, « back to basics »

« La danse classique c’est la base, le point de départ d’un large éventail de mouvements, d’une grande liberté de création. Grâce à elle, on apprend à positionner son corps et à mieux se connaître. C’est l’école de la concentration, de la perfection, de la grâce. Et ce sont là de vraies valeurs. » ajoute Dorothée Blacher.

Et puis, si elle continue à attirer tant d’adeptes, toutes générations confondues et ce malgré les difficultés qu’elle représente, c’est qu’elle incarne « le rêve ultime de toutes les petites filles mais aussi des femmes » spécifie t-elle. « Car ne l’oublions pas que la danse c’est avant tout l’instant premier.»

 

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