Je Suis une Fille Bleu Océan

Paulette n°20

Numéro spécial Bleu

Je suis fière de partager avec vous ma dernière contribution pour le magazine Paulette, un joli féminin sincère et pas prise de tête.

Agenda culturel Printemps 2015

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Rubrique lecture 

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Portfolio : Interview Heike Weber

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Belle lecture !

Emmanuel Carrère, anatomie du ressenti

Il y a je crois, des moments plus propices à la lecture et à l’écriture.
L’été fait pour ma part, résolument partie de cette période.

La douceur de l’air et la liberté du temps vacant sont une invitation toujours plus grande à la réflexion et aux émotions.

Vous l’aurez compris, ici je ne parlerai ni de mode, ni d’art mais de littérature.

Je suis quelqu’un qui lit très lentement, dont l’attention peut parfois très vite se dissiper mais lorsque je tombe en émoi pour une oeuvre, elle me marque durablement.

J’ai en effet, été poursuivi depuis deux mois par un auteur : Emmanuel Carrère.

Emmanuel Carrère

Primé du Renaudot pour Limonov, il est le fils de l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse et se caractérise par un bibliographie riche et multiple.

Personnellement, ce sont ses oeuvres les plus intimes qui m’ont les plus frappée : Un roman russe et D’autres vies que la mienne.

Un roman russe relate deux histoires parrallèles, un tournage en Russie où l’auteur à la recherche de ses origines va découvrir la vie d’une petite ville perdue Kotelnitch, et son amour passionnel avec Sophie, une jeune femme d’un autre milieu social que le sien.

Un roman russe

En toute honnetété, c’est par le biais de cette nouvelle érotique, écrite pour le Monde en 2002 et baptisé L’usage du « Monde » – en référance non seulement à Nicolas Bouvier mais aussi à l’emploi qu’il fait de cette commande pour le supplément été du journal – que j’ai découvert Un roman russe.

Foncièrement amusée par les lubies parfois un peu ridicules de l’auteur qui dans un scénario rocambolesque, déclare son désir ardent à sa compagne dans une tourmente quasi-paranoiaque sur fond de trajet en train, j’ai cherché à savoir si les choses s’étaient passées comme prévu. L’histoire m’avait intriguée et j’ai voulu approndir le sujet à la lecture de ce roman russe où l’auteur revient sur les faits.

Véritable livre patchwork, il rassemble sept années de vie, des tranches d’existences qui nous font découvrir l’auteur dans ces angoisses et retranchements les plus profonds. On y parle de secrets familiaux, de pauvreté, de paradoxes, de statuts sociaux, de frustration et d’inachevé. C’est triste, parfois assez auto-centré mais aussi très lucide, résolument beau.

En parlant de lui-même, Emmanuel Carrère parle en filigrane des autres et le fait avec brio.

Cette habilité, l’auteur la confirme dans D’autres vies que la mienne.

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La force de ce récit m’a tant portée que je n’ai pas laché le livre d’une semelle.
Ici, Emmanuel Carrère se fait le témoin d’histoires terribles : des parents perdent leur petite fille dans le tsunami en Thaïlande et sa belle-soeur est emportée par le cancer. Comme il le dit si justement, il vit de loin ces évènements tragiques, reconnaissant parfois sa position délicate, un brin égoiste. Il se sent abandonné et est empreint de culpabilité. On lui suggère par sa posture d’écrivain de retranscrire les faits et finalement, c’est cette entreprise qui lui permettra de grandir et de trouver sa place dans ces moments difficiles.

Emmanuel Carrère explore avec sincérité les travers de la psychologie humaine. Et c’est cette dimension émotive, pleinement ressentie et à la limite de la littérature performative, que j’ai beaucoup apprécié. Bravo !

Histoire d’un indémodable : le Carré Hermès

La Maison Hermès vient d’annoncer une nouvelle collaboration avec Rei Kawabuko qui s’apprête à réinterpréter le célèbre Carré Hermès dans une double collection (« Noir & Blanc » / « Couleurs ») en série limitée baptisée Comme des Carrés.

« J’ai toujours eu énormément de respect pour le savoir artisanal et la riche histoire de la maison Hermès », a déclaré la créatrice de Comme des Garçons. « J’ai été inspirée par le côté artistique des foulards Hermès. Leurs carrés représentent beaucoup plus que des foulards. Je souhaite créer une plus-value en y ajoutant une dimension supplémentaire. En combinant des imprimés classiques avec des images abstraites nous avons vraiment pu changer le carré Hermès. »

L’occasion ici, de revenir sur plus de soixante dix ans de création autour de cette pièce iconique du sellier français.

Le carré Hermès est la quintessence même du luxe : une soie d’une qualité incroyable travaillée dans les ateliers lyonnais de la maison, des ourlets entièrement cousus à la main, des colorants végétaux.

Accessoire mythique, au sens de Roland Barthes, le carré Hermès a su en effet marquer son époque tout en s’inscrivant dans une certaine intemporalité.

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En Octobre 2009, la Maison a publié un ouvrage éponyme consacré au célèbre foulard qui mêle photographies, illustrations et commentaires. Ecrit par Nadine Coleno et illustré par Isabelle d’Hauteville, ce « beau livre » invite à la découverte et l’on se plait à détailler chaque carré à la manière d’une toile. Et c’est finalement là que toute la force du carré Hermès s’exprime, à travers sa créativité sans cesse renouvelée.

Le premier modèle Jeu des omnibus et des dames blanches a été imaginé par Robert Dumas en 1937. Fort de sa passion pour le dessin et avec l’appui de spécialistes, d’autres modèles voient le jour à l’image  du célèbre Bride de Gala crée par Hugo Grykar, l’un des carrés les plus en vendus à l’heure actuelle.

Depuis, la Maison Hermès a convoqué des centaines de dessinateurs, artistes, créateurs afin d’élaborer des motifs exclusifs et inédits. A ce jour, on compte plus de 1500 références qui témoignent de l’attachement de la  Maison pour les arts, la culture, la mode et  bien entendu la tradition équestre.

En 1978, Charles-Louis Dumas perpétue la tradition instaurée par son père et invite des artistes à raconter chaque année de nouvelles histoires autour des valeurs de la Maison.

En 2003, Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès, fait appel à Balie Baret pour concevoir de nouvelles collections. Elle  apporte un nouveau souffle au carré tant au niveau de ses dimensions que de ses motifs en inventant une technique de tissage révolutionnaire « Sois belle ».  Elle est aujourd’hui directrice artistique de la soie féminine.

En parallèle, la maison Hermès a depuis les années 2000 ouvert un dialogue avec l’art contemporain.

Daniel Buren a ainsi en 2000 inauguré la Verrière, espace d’art contemporain de la Maison Hermès situé à Bruxelles. Il a également imaginé en 2006 une installation in situ « Filtres colorés » pour l’atelier de Dosan Park à Séoul. En 2010, il revisite le carré Hermès en mettant en scène des « photos-souvenirs » surprenantes (une fleur, un paysage, un coucher de soleil) qu’il encadre de ses célèbres rayures colorées.

Déjà en 2008, la Maison rendait un Hommage au Carré en s’inspirant du travail Joseph Albers, peintre allemand initiateur de l’art optique. Le résultat est à mon sens sublime tant sur le plan technique qu’esthétique. Je rêve souvent de ce carré dans sa version sur tons bleus « Greek Island », que j’imagine déjà en salles de ventes aux enchères dans quelques années à des prix bien supérieurs à sa valeur intrinsèque… Mais qu’importe, ces variations chromatiques me touchent ;-)

La troisième édition du projet « Hermès éditeur » fut animée par l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto. Baptisé Couleurs de l’ombre,  ces oeuvres-foulards retranscrivent un spectre lumineux se réfléchissant sur un prisme de verre.  Malgré un prix tout de même conséquent (environ 7000€, chaque modèle étant limitée à 7 exemplaires), l’artiste ironise et affirme avec humilité «Les couleurs, la composition, évoquent presque les peintures de Mark Rothko. Mais ça reste quand même beaucoup moins cher et puis, surtout, on peut les porter autour du cou!»

Autre fait notable. Pour la collection automne-hiver 2011-2012, Hermès a succombé à la vague du street en faisant appel à un graffeur Kongo qui a proposé plusieurs modèles inspirée de l’univers urbain et décalé des tags. Une série surprenante intitulé Graff qui tranche avec l’identité visuelle traditionnelle de la marque mais dont on doit saluer l’audace.

Gatsby le Magnifique : un roman, un film, une inspiration mode

Personnage emblématique de la « Génération perdue » désenchantée par la Grande guerre, Francis Scott Fitzgerald est l’un des auteurs américains les plus célèbres de son époque tant pour son œuvre que par sa vie qu’il consumera trop vite. « Il écrivait pour la même raison qu’il buvait: parce qu’il était trop sensible pour mener une vie normale » dixit Frédéric Beigbeder dans un registre légèrement décalé, mais criant de vérité.

Gatsby le Magnifique est son œuvre phare, le roman de sa vie dans lequel il a tout investi, pour conquérir le monde et satisfaire les désirs matériels de sa femme Zelda. Paru en 1925, l’ouvrage n’a malheureusement pas reçu le succès escompté. Pourtant, l’influence de ce roman est aujourd’hui sans précédent, que ce soit au regard de la littérature, du cinéma ou de la mode.

L’histoire a lieu à l’époque où Fitzgerald l’écrit: celle des années folles, où danser sa vie est un leitmotiv absolu. La fête bat son plein à Paris comme à New York. Les femmes s’animent dans des robes à franges audacieusement courtes et arborent des coupes à la garçonne. Cette ambiance particulière, Fitzgerald la décrit avec légèreté et précision à travers Nick Carraway, narrateur et voisin de Jay Gatsby. Ce dernier est un jeune milliardaire inconnu qui organise dans sa villa de Long Island d’opulentes réceptions mais dont l’intime espoir est de retrouver son amour adolescent Daisy, elle-même cousine de Nick. « Il y avait de la musique qui s’échappait de chez mon voisin, les soirs d’été. Dans ses jardins bleus, des hommes et des femmes allaient et venaient comme des papillons de nuit, parmi les chuchotements, le champagne et les étoiles ».

Si vous souhaitez vous plonger dans ce roman, sachez que la plume de Fitzgerald a posé certains problèmes de traduction et qu’aucune des versions faites autour de « Great Gatsby » ne fait  aujourd’hui l’unanimité. Fitzgerald n’est cependant pas un cas isolé : Hemingway, pour citer quelqu’un dont il était proche, a lui aussi donné lieu à de nombreux débats à propos des traductions de ses romans. Le meilleur moyen de ne pas se torturer afin de choisir entre Gatsby le Magnifique traduit en 1946 par Victor Liona, Gatsby le Magnifique traduit en 1976 par Jacques Tournier ou toute autre traduction est probablement de le lire dans sa langue originale, l’anglais…

La dernière traduction en date est celle de Julie Wolkenstein (sortie janvier 2011) qui l’a rebaptisé « Gatsby »… tout simplement. L’œuvre étant désormais libre de droits, la romancière, pas du tout traductrice à la base, s’est aventurée dans cet exercice périlleux pour des raisons affectives, presque vitales  : « J‘avais la certitude, intime mais jamais vérifiée, que ce roman faisait partie de moi, de ma vie, qu’il avait touché chez moi, une fois pour toutes, une corde essentielle. » Cette traduction fut somme toute assez critiquée car trop sujette à interprétations et celle de Jacques Tournier me parait plus fidèle au texte original.

Par ailleurs, si l’œuvre de Fitzgerald a été l’objet de nombreux remaniements, les adaptations cinématographiques furent également multiples. La première version date de 1926, la seconde de 1949 mais c’est celle de 1973 de Jack Clayton qui a le plus marquée les esprits. Le scénario a été entièrement réécrit par Francis Ford Coppola, après le rejet de celui de Truman Capote et certaines scènes ont même été revues par Vladimir Nabokov. Le film met en action Robert Redford dans le rôle de Jay Gatzby et Mia Farrow dans celui de Daisy Bucchanan. Une beauté solaire se dégage de ce film où luxe ostentatoire et impitoyable pauvreté se côtoient. En définitive, passés les conventions sociales, le rêve et l’artificialité de la nuit festive, c’est le souffle d’un amour illusoire qui se dégage de cette Amérique de la Prohibition. Ce sont toujours les plus corrompus qui gagnent car le monde est trop étroit pour laisser place aux sentiments et à la sensibilité. Cette amertume presque insolente se fait écho dans les mots de l’auteur quand il avoue sans peine: « Je suis un romantique. Un sentimental croit que les choses vont durer, un romantique espère en dépit de tout qu’elles ne dureront pas. »

Une nouvelle adaptation cinématographique est attendue pour la fin de l’année 2012 avec Leonardo Di Caprio pour le rôle de Gatsby et Carrey Mulligan dans celui de Daisy.

Au delà des mots et de la bande-son peuplée d’images, l’œuvre de Fitzgerald est un formidable laboratoire d’analyse sur la mode et le costume. Les Années Folles sont frappantes de ce point de vue là et on ne se lasse pas d’observer l’élégance irréelle du vestiaire masculin ou des robes de l’époque, dans leur façon magique et éblouissante de se mouvoir.

En septembre dernier, le défilé Ralph Lauren Printemps-Eté 2012 a fait souffler un vent de légèreté et de couleurs douces sur New York, nous rappelant le charme suranné de l’Amérique des années 20.

Un grand bol de fraicheur se dégage de cette collection teintée de vert anis, de bleu pastel, de rose poudré, de jaune éclatant mais aussi de blanc tout simplement. Le fluidité des coupes et le travail des volumes donnent, par effet de transparence, une allure aérienne aux silhouettes. De plus, un jeu subtil entre mat et brillant est opéré grâce à l’utilisation de la mousseline de soie et du satin coupé en biais. Les mannequins défilent avec un chapeau cloche sur la tête, des perles autour du cou et affichent des imprimés floraux très tendres mais également une attitude plus garçonne en costumes d’hommes revisités. Un cocktail tout simplement vivifiant. Ici, Ralph Lauren renoue avec ses premiers amours, ceux du temps où sa toute jeune marque avait habillé Robert Redford, dans Gatsby justement…

Paul Smith, Gentleman Designer

Paul Smith a révolutionné la mode britannique et le vestiaire masculin à la manière de Ralph Lauren aux Etats-Unis.

A l’occasion de la sortie du documentaire Paul Smith, Gentleman Designer, j’ai pu connaître de plus près l’histoire  de ce créateur « so british », un poil décalé et non dénué d’humour.

A 17 ans, Paul rêve de devenir cycliste professionnel mais un grave accident va changer son destin. Contraint à une hospitalisation de plusieurs mois, il rencontre à son terme un groupe d’étudiants en histoire de l’art qui lui parle avant-garde, art contemporain, rockers. Paul n’y connaît strictement rien à l’époque mais c’est une révélation.

Encouragée par Pauline Denyer, sa future femme, à l’époque jeune styliste diplomée du Royal College of Arts, il ouvre en 1970  sa première boutique dans une ancienne librairie et se lance dans la mode. Il apprend ainsi l’art du tailoring via des cours du soir et bientôt, il crée ses modèles. Comme il le dit si bien, il a appris sur le tas « learn by doing it ». Ayant peu de moyens pour se procurer des tissus colorés, il ornemente ses chemises blanches de détails qui font la différence : des boutons originaux, une surpiqûre rouge ou des imprimés (carreaux, rayures, fleurs), devenus aujourd’hui sa véritable marque de fabrique.

Peu à peu, Paul Smith n’est plus qu’un simple commerçant et se revendique couturier. L’inauguration en 1979 de sa boutique de Convent Garden, concept store où vêtements et objets divers se côtoient, va véritablement ancrer Paul Smith dans la mode londonienne. Ses créations sont à son image : à la croisée du tailoring traditionnel britannique et d’une modernité intensément colorée et légèrement excentrique.

Aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans que le créateur ne chine des vêtements sur un marché, ne prenne des photos qui l’inspirent, ne note une citation, une bribe de texte sur un coin de page ou n’accumule toutes sortes d’objets dans son atelier. Cet univers, le documentaire de Stéphane Carrel nous le dévoile avec brio et nous permet d’approcher Paul Smith dans sa plus belle intimité.

Documentaire (52 mn), diffusion le 22 novembre 2011 sur Arte à 22h30.

Paris est une fête

Un demi-siècle s’est écoulé depuis la mort consentie de Ernest Hemingway : l’occasion de (re-)découvrir l’une de ses oeuvres les plus intimes

C’est à travers ses « vignettes parisiennes » que Hemingway nous plonge dans le Paris arty des années 20, celui du bonheur insouciant, du temps de l’innocence. Demeuré inachevé, l’ouvrage ne cessera d’ailleurs de contrarier l’auteur qui le reprendra à plusieurs reprises avant de l’abandonner définitivement en mettant fin à ses jours en juillet 1961. Le destin aurait-il donné raison à Miss Stein qui par ces mots cultes affirma avec conviction : »Vous êtes tous une génération perdue » ?

Loin des clichés de « Midnight in Paris » (dernier Woody Allen en date), Hemingway nous livre ici ses souvenirs d’écrivain en devenir, en évoquant ses rencontres littéraires avec Ezra Pound, Gertrude Stein la collectionneuse et biensur le couple Fitzgerald.

En tant que grande admiratrice des Fitzgerald, de leur relation tumultueuse et de la production littéraire de Scott à travers Zelda, je ne pouvais que me réjouir à l’idée de lire un grand auteur écrivant sur un tout aussi grand.

Morceaux choisis :

« Son talent était aussi naturel que les dessins poudrés sur les ailes d’un papillon. Au début, il en était aussi inconscient que le papillon et, quand tout fut emporté ou saccagé, il ne s’en aperçut même pas. Plus tard, il prit conscience de ses ailes endommagées et leurs dessins, et il apprit à réfléchir. Il avait repris son vol, et j’ai eu la chance de le rencontrer juste après qu’il eut connu une période faste de son écriture, sinon de sa vie ».

« Scott était un homme qui ressemblait alors à un petit garçon avec un visage mi-beau mi-joli. Il avait des cheveux très blonds et bouclés, un grand front, un regard vif et cordial, et une bouche délicate aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, aurait été la bouche d’une beauté ».

Hemingway raconte également cet improbable voyage en province fait avec l’auteur de « Gatsby le Magnifique », dont il ne manque pas de brosser un portrait haut en couleurs qui oscille entre la folie et l’hypocondrie. Scott ne supportait visiblement pas très bien l’alcool et s’imaginait souvent dans ces moments-là pris aux mains d’une grave maladie. Pourtant, Hemingway n’en démord pas et lorsqu’il prend la température de Scott (avec un thermomètre de bain cassé et bloqué à 37°C !), il reste imperturbable en lui affirmant que tout va pour le mieux.

Et c’est tout l’objet de cet ouvrage qui recèle d’anecdotes vivifiantes que l’on prend plaisir à relire tant elles sont cocasses et/ou poignantes de vérité.

D’autre part, la réédition de « Paris est une fête » (chez Gallimard) permet de lire l’oeuvre de Hemingway telle qu’elle l’était à la mort de l’écrivain. Elle présente également huit vignettes inédites ainsi des transcriptions de brouillons, des tentatives récurrentes et obsessionnelles d’introduction, fortement intéressantes quant à l’appréhension des  intentions de l’auteur.

« Ce livre est une oeuvre d’imagination. J’ai laissé beaucoup de choses de côté, opéré des changements et des coupes, et j’espère que Hadley (N.B. : sa première épouse) comprendra. Il se peut qu’un ouvrage de ce genre élimine et déforme, mais il tente de recréer par l’imagination une époque et les gens qui l’ont vécue ».   La vie serait donc une sorte de roman car l’on ne peut empêcher la mémoire de faire son travail de sélection qui, en magnifiant nos souvenirs, nous plonge souvent dans la mélancolie.

De plus, certaines réfléxions sur l’écriture m’ont particulièrement marquées :« Ne t’en fait pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut, c’est écrire une phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraies que tu connaisses ». Ou encore  : « Je m’instruisais de la sorte ; et je lirai aussi afin de ne pas penser à mon oeuvre au point de devenir incapable de l’écrire« . Et pour finir : « J’apprenais beaucoup de choses en contemplant les Cézanne mais je ne savais pas m’exprimer assez bien pour l’expliquer à quelqu’un ».

D’une manière plus générale, Hemingway nous emporte dans sa modeste jeunesse entre Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés (1921-1926), celle de ses débuts en tant qu’écrivain et des difficultés matérielles que cela suppose.

« Paris est une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n’y était simple, ni même la pauvreté, ni même la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d’un être endormi à vos côtés dans le clair de lune ».

Mais Paris y apparaît doux et charmant et comme toujours chez Hemingway, c’est la fête. Le titre original était d’ailleurs « A Moveable Feast » (Une Fête Mobile). C’est la fête (ou l’ivresse ;)) au Dôme, aux Deux Magots, à la Closerie des Lilas et on aimerait bien entendu y être. Il y aussi quelques passages dans les hippodromes (histoire de gagner un peu de sous), des escales dans le Midi, en Espagne, en Suisse, en Autriche…

Bref, on voyage et on ne peut que se réjouir qu’Hemingway se soit finalement résolu à récupérer en 1956 les deux valises conservées au Ritz depuis mars 1928, contenant les fameux écrits, « ces vestiges oubliés de ces premières années à Paris » car sans cela, ce livre n’aurait jamais vu le jour.

Le Brésil, terre d’avenir

Ja estou de volta do Brasil !

L’occasion de revenir sur cet ouvrage de Zweig fort intéressant qui bien que s’enfermant parfois dans un point de vue occidental idéaliste, a le mérite de faire une belle synthèse (non-exhaustive : l’auteur lui-même reconnait qu’il n’a pas tout vu du Brésil… et l’Amazonie en fait partie) sur ce pays troublant, merveilleux, paradoxal…

Souvenirs de voyages sur fond de morceaux choisis :

« Puis vint le débarquement à Rio, une des impressions les plus puissantes de ma vie. J’étais à la fois fasciné et bouleversé. Car ce qui se présentait à moi n’était pas seulement un des plus magnifiques paysages de la terre, cette combinaison unique de mer et de montagne, de ville et de nature tropicale, mais encore une forme toute nouvelle de civilisation. Je découvris contre toute attente l’ordre et la netteté architecturale d’un urbanisme tout à fait personnel, de la hardiesse et de la grandeur dans toutes les nouveautés, en même temps qu’une culture ancienne, préservé avec un bonheur tout spécial par la distance. Il y avait là de la couleur et du mouvement, l’oeil étonné ne se lassait pas de regarder, et où que portât le regard, c’était pour sa félicité. Une griserie de beauté et de bonheur s’empara de moi, excitant mes sens, tendant mes nerfs, élargissant mon coeur, emplissant mon esprit et quoique je visse, ce n’était jamais assez. »

« La mer s’offre à tous, la beauté s’étale partout, la vie est bon marché (ce n’est plus d’actualité ;-)), les gens sont aimables (en revanche, c’est toujours le cas :-)), et les surprises quotidiennes, qui rendent l’existence si joyeuse, sans qu’on sache pourquoi, sont inépuisables. L’atmosphère a quelque chose de doux et d’enivrant qui vous rend peut-être un peu moins énergique et moins batailleur. On est comblé par l’instant, on se sent satisfait et rassasié, le paysage vous apporte insensiblement cette consolation secrète qui émane de tout ce qui est beau et unique sur terre. La nuit avec ses millions d’étoiles et de lumières, le jour, avec ses couleurs claires, aveuglantes et explosives, au crépuscule, avec ses brouillards légers et ses jeux de nuages, sous la chaleur parfumée, comme sous les orages tropiques : cette ville est un enchantement continuel. Plus on la connaît, plus on l’aime, et pourtant, plus on la connaît, moins on peut la décrire ».

« On est confondu, dès l’abord, par une telle luxuriance. Tout est véhément, le soleil, la lumière, les couleurs. Le bleu du ciel vibre ici plus fortement, le vert est profond et saturé, la terre rouge et grasse ; nul peintre ne peut trouver sur sa palette des couleurs plus éblouissantes, plus chatoyantes que celles du plumage des oiseaux ou des ailes des papillons. La nature est toujours ici au superlatif : les orages qui déchirent le ciel du grondement de leurs éclairs, les pluies qui tombent en torrents, la végétation exubérante qui en quelques mois couvre la terre de déserts verts. Mais la terre elle-même, depuis de longs siècles inviolée et pas encore poussée à produire au maximum, répond ici avec une force presque incroyable à la moindre sollicitation. »

Ici, l’auteur fait essentiellement référence à Rio mais l’oeuvre fait la part belle à l’histoire et à l’économie du Brésil qui représentent à eux-même les 2/3 de l’ouvrage et qui se révèlent être de passionnants chapitres. Accrochez-vous, vous ne le regretterez pas.

Zweig s’autorise même quelques pointes d’humour. C’est cinglant de vérité mais hautement pardonnable !!

« La ponctualité existe dans la mesure où l’on sait que toute conférence, tout concert commencent à peu près un quart d’heure ou une demi-heure après l’heure annoncée; si l’on règle sa montre comme il faut, on ne manque rien et on s’adapte. La vie en soi est plus importante ici que le temps. »

La suite au prochain épisode…

SAUDADES !!!

Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat

Entre fiction et réalité, Anaid Demir nous plonge le temps d’un roman aux côtés de Jean-Michel et de ses dernières heures d’existence.

En reprenant des faits bien connus sur l’artiste – son ascension fulgurante sur le marché de l’art, son addiction aux drogues, son amitié avec Warhol, la non-acceptation de sa mort, son goût pour le Brooklyn Museum, son histoire familiale, l’accident de voiture dont il a été victime enfant, sa relation avec Madonna etc. – l’auteure imagine ce qu’aurait pu faire Jean-Michel dans ce new-york caniculaire de l’été 88, avant de succomber à son dernier fix d’héroïne qui lui sera fatal.

« L’amour, la dope, la peinture. Rien d’autre. Same old shit. Le même plaisir. Tour cela rapproche de la mort. »

Au fil des pages, le récit s’envole et l’on ne parvient plus à démêler le faux du vrai (les plus avertis auront tout de même une petite idée sur la question) mais qu’importe ! On se surprend ainsi à être le témoin de scènes loufoques comme celles où l’on retrouve la mère de Basquiat dans une discussion posthume avec Warhol à la Fabric, Basquiat détruisant dans une performance inouïe de fausses toiles peintes en son nom dans une galerie new-yorkaise, Basquiat s’entretenant avec Madonna (alias Louise Veronica Ciccone) sur sa future cure de désintoxication ou encore Basquiat projetant une soirée avec Keth Haring avec concert de Michael Jackson à la clé.

On se prend d’ailleurs au jeu et on a même envie de croire un instant (bien que ce soit impossible) que Jean-Michel n’y passera pas, qu’il ira retrouver Jennifer son amour perdu, s’envolera pour Abidjan en Côte d’Ivoire et guérira de l’enfer de la drogue grâce aux actions salvatrices des guérisseurs senoufos au coeur de ses racines.

Malheureusement, Jean-Michel a signé son arrêt de mort à l’aube de sa vraie vie d’adulte.

« Les médecins concluront dans quelques jours à une mort par intoxication due à une prise massive de drogues à base d’opiacées et de cocaine. Il serait plus simple de dire : overdose. Sans entrer dans les détails. Le premier artiste noir à entrer au panthéon artistique des Blancs est décédé à l’âge de vingt-sept ans d’une overdose. Comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin. Et comme Rimbaud, comme James Dean et bine d’autres, il a gagné la jeunesse éternelle avant d’atteindre ses trente ans. En moins d’une dizaine d’années et une production abondante, le petit prince de Brooklyn a marqué son époque. »

Ah, hélas,  quand je pense que J-C de Castelbajac a eu la chance de le rencontrer, j’en reste de marbre… La couverture avec le visage de Jean-Michel est d’ailleurs dessinée de la main du créateur (comme pour cet autre livre intitulé Bordel, présent ci-dessous). Un bel hommage pour cette figure de la mode qui n’a jamais cessé de s’intéresser à l’art et à la vie des artistes.

Pour compléter votre lecture

Ouvrage collectif où une vingtaine d’auteurs imaginent des histoires plus loufoques les unes que les autres autour de Jean-Michel.

Certaines se détachent du lot :

Le cimetière de mes globules rouges où Roxane Duru revient sur l’accident de Jean-Michel survenu à ses sept ans et le cadeau que lui fait sa mère Mathilde, le « Henry’s Gray’s anatomy of the human body » à l’origine d’une grande partie de son inspiration dans ses futures peintures.

« Alors, j’ai commencé à reproduire à l’identique ces gros crânes perforés, ces artères grandiloquentes, ces veines intercostales infinies, ces ramifications succintes entre les reins, le gros intestin puis le moyen, le tube digestif à moitié tronqué, des aortes sanguinolentes, des trachées de travers, des tibias fracassés, des ligaments en étoile de mer. J’ai appris que l’être humain était réductible. J’ai appris que nous étions que des corps encombrants et que pour s’en débarasser une bonne fois pour toute, la chirurgie possédait des méthodes très efficaces. Je retrace avec application chaque ligne de cet imagier fantastique ».

Ma vie avec Louis Lanher et Jean-Michel Basquiat de Adeline Grais-Cernea qui relate avec ironie l’histoire d’une jeune dame de cantine par défaut qui via son colocataire, rencontre Jean-Michel installé temporairement sous son toit. La fin est particulièrement cocase, je n’en dirais pas plus :-)

D’autres sont clairement sans intérêt.

Jean-Michel Basquiat dans Sucrette Story de Thomas Lélu. Récit sous forme de pièce de théâtre à l’humour décalé, à la limite du vulgaire…

HOMMAGE DE JOHNNY DEPP (traduction Virginie Despentes)

« Certaines de ses oeuvres me tuent et d’autres ne me font absolument aucun effet. Mais une fois que tu es touché, tu peux soit être dévoré par une espèce de quiétude intérieure, soit te retrouver plié en deux d’un fou rire énorme et douloureux. Car quels que soient l’honnêteté, l’histoire ou le vécu qui jaillissent à travers ses dessins, peintures, objets, écrits ou autres… son sens de l’humour est assassin.Jusque dans son travail le plus poignant, son diabolique sens de l’absurde éructe, sans aucun filtre. Tout comme ses déceptions sincères concernant l’humanité, ou les espoirs qu’elle lui inspirait.

Les symboles forts qui viennent à l’esprit : la couronne, l’auréole d’épines, les portraits écorchés, les organes vitaux pulsant le sang bleu dans les veines, ou les organes vidés de toute vie, ses héros d’enfance Hank Aaron et Charlie Parker, etc. sanctifiés pour l’éternité, l’hommage à ses ancêtres, références incessantes à son enfance…  Il s’est ouvert, comme on ouvre une boîte de sardines, pour que nous puissions tous venir y picorer, alors qu’en réalité c’est lui qui nous dévore. Il n’a jamais été capable de dissimuler ni ses émotions ni ses influences. Il reconnaissait publiquement celles de Cy Twombly, Picasso, les assemblages de mots de William Burroughs et de Brion Gysin, Andy Warhol, Léonard de Vinci, le be-bop, les émissions de télé ou les dessins animés. Il pouvait même trouver l’inspiration dans les dessins des enfants de ses amis. Ses assauts chaotiques prenaient source dans le réservoir infini d’une culture américaine dans laquelle il se noyait presque, et pour laquelle il avait une compréhension profonde, mêlée à une intense confusion.

Quand on observe son travail, il est difficile de ne pas remarquer le soin presque pervers apporté au moindre détail brut, une sensation de concentration précisément distraite. Aussi crue soit l’image, aussi rapide semble l’exécution, les moindres trait, ligne, rature, goutte, empreinte de pied, de doigt, mot, lettre, déchirure et imperfection sont là uniquement parce qu’il a permis qu’ils soient là.

Chaque fois que je regarde ses peintures ou dessins, ils prennent vie sous mes yeux ; et si Jean-Michel Basquiat était resté dans le coin un peu plus longtemps, j’aime imaginer qu’il se serait finalement tourné vers l’animation, au moins pour un temps, combinant sa musique, son langage et ses dessins en une mouvance peut-être plus facilement acceptable pour les honneurs et les cadres, mais qui aurait ouvert les vannes afin que ses messages attaquent les foules. Quelque chose d’équivalent au Thank You Masked Man de Lenny Bruce, une arme ingénieuse qui lui aurait permis de répandre ses tirades célestes sur le monde, sans que le marteau de la censure ne vienne l’écraser.

Si Jean-Michel Basquiat avait survécu aux temps qui l’ont finalement emporté loin de ce monde, qui sait ce qu’il aurait été capable de faire. Les possibilités sont infinies. Rien ne peut remplacer la chaleur et l’immédiateté de la poésie de Basquiat, ni les questions et les vérités définitives qu’il transmettait. La musique, belle et dérangeante, de ses peintures, la cacophonie de son silence, prenant nos sens d’assaut, résonneront bien au-delà de nos respirations. Basquiat était, Basquiat est musique… primitive et féroce. »

L’Oréal vs Helena Rubinstein

Un portrait croisé (signé Ruth Brandon) retraçant les destins si différents de Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal et de Helena Rubinstein.

Ils ne se sont jamais rencontrés. Et pourtant, ils ont fait leurs premiers pas en 1909 et sont l’origine de deux empires majeurs de l’industrie cosmétique.

Alors que Helena fuit son ghetto cracovien pour ouvrir son premier salon de beauté en Australie et concocter ses crèmes à la graisse de laine aux vertus miraculeuses dans son arrière-boutique, Eugène Schueller profite de sa formation de chimiste pour élaborer des colorations capillaires indolores dans sa petite chambre qui lui sert de laboratoire. La formule enfin mise au point (et non sans défauts mais la ténacité de Schueller paiera), ce dernier fonde la société L’Oréal en 1909 pour commercialiser ses produits. Deux versions expliquent la raison de ce nom. Il se serait inspiré d’une coiffure très en vogue à l’époque baptisée L’Auréole (et le nom est assez parlant) et de la contraction de Aurore Boréale. Quand on pense à l’empire que représente aujourd’hui L’Oréal, on a bien du mal à croire que son fondateur ait commencé par de simples colorations !

Mais comme l’explique bien l’auteure, Eugène Schueller a une vision bien précise de l’entreprise mais également de la place minime accordée aux femmes dans la société, qui se doivent de rester au foyer. Et il a su imposer son flair et son sens des affaires à la firme multinationale qu’est aujourd’hui L’Oréal. Il aurait très bien pu faire fortune dans un autre domaine que les cosmétiques et a d’ailleurs été propriétaire des usines Monsavon et Valentine, spécialisée dans la peinture.

A l’inverse, Helena Rubinstein voit vraiment dans les cosmétiques et dans son entreprise familiale les moyens de sa propre libération.  Ils représentent pour les femmes une source de plaisir et d’assurance et marquent leur indépendance à une époque où elles ne l’étaient encore que trop peu. L’auteure par des digressions historiques, nous rappelle ainsi la mauvaise réputation qu’entretenaient la gent masculine au XIXème siècle vis-à-vis des cosmétiques et du maquillage, qu’ils considéraient comme réservés aux prostituées et aux comédiennes, chose que bien entendu, Helena Rubinstein récusait fermement. Aujourd’hui, l’idée a bien fait son chemin dans nos moeurs et on ne compte plus les marques de cosmétiques et de maquillage tant elles sont nombreuses sur cet impitoyable marché !

En dehors de l’industrie cosmétique elle-même, Ruth Brandon consacre par ailleurs plusieurs chapitres aux dérives collaborationnistes de Schueller pendant la Seconde Guerre mondiale et aux démêlés que rencontra L’Oréal avec la justice à la fin des années 80. L’histoire voudra ainsi que Helena Rubinstein croise de manière posthume le destin de L’Oréal qui rachètera sa marque, une vingtaine d’années après sa mort. Les origines juives de cette dernière ne seront d’ailleurs pas sans conséquences dans les « affaires » du groupe.

S’il semble que la victoire (économique ?) revienne à Schueller dans cette « Guerre de la Beauté », Helena Rubinstein aura eu le mérite avec ses consoeurs, Elizabeth Arden, Estée Lauder, Anita Roddick (fondatrice de Beauty Shop) de signer l’acte d’indépendance des femmes dans la société et dans la conduite des affaires, même si malheureusement, ces entreprises sont  aujourd’hui, majoritairement aux mains des hommes.

Au delà de ces destins croisés, Ruth Brandon pousse l’analyse plus loin et nous invite dans les dernières pages à repenser notre rapport au corps compte tenu de la pression qu’exerce aujourd’hui les cosmétiques dans notre quotidien. Alors que la chirurgie esthétique a gagné ses lettres de noblesse, les industries de la beauté surfent sur cette tendance et entendent même concurrencer le « bistouri » en nous proposant des formules de jouvence digne du plus poussé des liftings ! Il n’est pourtant pas sans rappeler que cosmétique signifie également « superficiel, qui n’agit pas en profondeur »… même si cela ne doit pas nous empêcher pas d’y croire et c’est d’ailleurs ce qu’Helena Rubinstein s’évertuait à répondre lorsqu’on la questionnait sur l’efficacité de ses crèmes.

L’univers des cosmétiques serait-il donc l’apanage de l’effet placebo ?! Il est vraisemblablement à l’image de notre société qui se refuse de vieillir en prônant la jeunesse éternelle, signe d’une beauté préservée à tout prix.

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