Rencontre avec Matthew Slotover, co-fondateur de la Frieze Art Fair

Né en 1968, Matthew Slotover est le co-fondateur de la Frieze Art Fair avec son associée Amanda Sharp. Ils ont lancé en 1991 le magazine d’art contemporain Frieze, avant de créer la foire en 2003. La 12ème édition de la Frieze Art Fair s’est tenue du 15 au 18 octobre 2014 et a rassemblé 162 galeries venues de 25 pays à travers le monde. En 2012, la Frieze s’est exportée à New-York et Frieze Masters est né, offrant aux visiteurs un regard contemporain sur l’art ancien et l’art moderne.

Courtesy of Frieze
Courtesy of Frieze

Quelle est la spécificité de la Frieze par rapport aux autres foires ?

Tout d’abord, la Frieze se tient à Regent Park ce qui lui confère une atmosphère toute particulière. De plus, nous travaillons directement avec les artistes sur des projets spéciaux conçus pour la foire, les Frieze Projects. Nous les commissionnons à travers la réalisation de performances et d’installations. A ce titre, nous avons commencé comme une société sans but lucratif. Tout cela donne à la Frieze une identité propre.

Pensez-vous que la Frieze est une foire anglaise ou internationale ?

Les trois pays principalement représentés sont la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle est anglaise dans la mesure où Londres est devenu aujourd’hui une place importante du marché de l’art mais elle est aussi internationale car nous recevons des personnes du monde entier.

Quelle est la différence avec la Frieze de New-York ?

C’est le même modèle. Cependant, je trouve que New-York est plus informel. Les gens sont un peu plus smart. De plus, la proportion de galeries américaines y est plus importante qu’à la Frieze de Londres.

La Frieze est-elle toujours en lien avec son magazine ?

La Frieze reste bien évidemment étroitement liée au magazine. Nous partageons les mêmes bureaux et notre magazine travaille aussi sur les projets que nous montons pour la foire. Le fait que la Frieze soit née autour d’un magazine la rend plus « intellectuelle ». A ce propos, nous attachons une importance toute particulière à la notion de curating. Voilà pourquoi nos talks programms ne parlent pas exclusivement du marché de l’art mais aussi des artistes et du processus créatif. Nous croisons également les disciplines en mêlant la danse et la vidéo par exemple.

Que pensez-vous du choix de la FIAC de s’exporter à Los Angeles ?

C’est un pari. De nombreuses foires ont tenté leur chance à Los Angeles mais elles n’ont malheureusement jamais vraiment fonctionné. La ville s’est construite autour de l’industrie du cinéma et non de l’art. Los Angeles regorge de plus en plus de galeries et d’artistes mais les musées ont des difficultés de financement et les collectionneurs locaux manquent à l’appel. Ce n’est pas aussi facile que sur la Côte Est ou en Europe. De plus, ce n’est pas très central géographiquement parlant. Après les foires se développent de plus en plus à travers le monde.

Comment était le monde de l’art lorsque vous avez débuté votre carrière il y a plus de vingt ans ? 

Beaucoup plus petit ! Et tout particulièrement à Londres où il devait y avoir cinq galeries intéressantes.

Et comment expliquez-vous cette mutation ?

Il y a deux choses : Internet est apparu et les gens voyagent de plus en plus ce qui attise leur curiosité. Aujourd’hui, l’art contemporain est devenu très mainstream. A Londres, c’est un sujet que vous pouvez parfaitement aborder avec un chauffeur de taxi ! Voilà pourquoi à travers Frieze magazine, nous essayons d’être à la fois accessible et pointu bien que ce ne soit pas toujours évident.

Courtesy of Linda Nylind/Frieze
Courtesy of Linda Nylind/Frieze

Que pensez-vous de cette tendance grandissante du ludique dans l’art, phénomène très perceptible sur la foire à l’image de la Galerie Gagosian qui a transformé son stand en terrain de jeux pour enfants ou de Carlos/Ishikawa qui proposait du nail art aux visiteurs ?

C’est une très bonne chose pour la foire et visuellement c’est plus excitant ! Nous avons à ce titre onze galeries qui ont travaillé sur des projets spéciaux. Certains étaient très spectaculaires et d’autres plus intellectuels, plus exclusifs. Nous essayons de nous diversifier afin de contenter toutes les sensibilités. De manière générale, le fait que les galeries concentrent leur effort pour rendre leur stand plus attractif est très bénéfique pour la foire.

Que reste-t-il à conquérir à Art Basel ?

La 45ème édition de Art Basel vient de s’achever, battant un nouveau record de fréquentation avec plus de 92 000  visiteurs.

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Le goût de l’excellence

Tout nouveau-né dans la sphère de l’art s’accordera à dire que s’immiscer pour la première fois dans les allées de la foire de Bâle est un ravissement permanent, tant d’un point de vue esthétique qu’intellectuel. On ne cesse d’être sollicité sur tous les plans et on s’attendrait presque à penser que le plaisir décroît au bout de la troisième ou quatrième visite.

On serait même tenter d’avancer un peu blasé « les foires à la longue c’est toujours pareil. » Et bien non, car Art Basel est une foire à part. Explications.

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Damien Hirst, 14 Rooms

« Bâle c’est hors norme, en terme de qualité des œuvres, de galeries, de collectionneurs. C’est incroyable » atteste Nicolas Nahab de la Marian Goodman Gallery.

Cet enthousiasme, Thaddaeus Ropac à la tête de la galerie éponyme déployée entre Salzbourg, Paris et Pantin, le partage également : « Chaque année, on se dit qu’on ne peut pas aller plus loin, que ça ne peut pas être mieux. Et pourtant ! Cette édition a été extraordinaire. Nous avons vendu à de nombreuses institutions culturelles et musées. Et pour cela, nous avons eu besoin d’un directeur, d’un commissaire d’exposition et d’un curateur fiduciaire. Il n’y a qu’à Bâle que l’on réunit tous ces éléments et que l’on rencontre toujours de nouvelles personnes. »

 « Art Basel est un rendez-vous incontournable où l’on vient pour prendre la température. Et d’année en année, le spectre est toujours plus grand. Il y a une sorte d’accélération qualitative : les visiteurs sont de plus en plus concernés et ils attendent la foire d’une année sur l’autre car c’est une véritable nourriture pour eux » ajoute Kamel Mennour dont le visage est récemment apparu sur les encarts publicitaires du nouveau BHV Marais. Une initiative qu’il a, précise-t-il, accepté car elle est née d’une amitié et que 100% des bénéfices de cette campagne sont reversés à l’hôpital Necker.

 Une organisation hors pair

Créée en 1970 par Ernst Beyeler entre autres, la foire helvétique a non seulement le bénéfice de l’expérience mais redouble d’efforts chaque année pour monter en gamme, améliorer son organisation, tout en proposant de nouvelles initiatives à l’image de 14 Rooms, série de performances très réussie, co-commissionnée par la Fondation Beyeler, Art Basel et le Theater Basel. Ce projet inédit est une façon très brillante de montrer des performances dans le cadre d’une foire. C’est  aussi une parenthèse nécessaire pour ne pas enfermer Art Basel dans son seul aspect business.

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Art Unlimited

De plus, beaucoup s’accorde à dire que la troisième édition d’Art Unlimited qui présente des œuvres monumentales, est particulièrement remarquable cette année.  « Les projets sont époustouflants. Les œuvres sont très bien choisies et ont chacune leur espace propre tout en dialoguant parfois avec les autres. On rentre vraiment dans l’univers de chaque artiste » précise Héloïse Le Carvennec, responsable Presse et Communication à la Galerie Perrotin.

« Chaque année, l’écart se creuse. Art Basel est bien au dessus des autres. Tout est fait avec beaucoup d’intelligence, la foire est toujours plus professionnelle et on reçoit la crème des collectionneurs » souligne Anne-Claudie Coric, directrice de la Galerie Daniel Templon.

Art Basel, l’indétrônable ?

Devant cet engouement, on serait susceptible de penser que si la foire a atteint de tels sommets, elle finira bien par être freinée dans sa course. Pas si sûre.

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Galerie Almine Rech

Comme le souligne Jason Cori, directeur de la Galerie Almine Rech de Londres, il ne faut pas oublier qu’« une édition réussie comme celle là surfe aussi sur le marché. Art Basel reste un thermomètre des tendances. C’est quelque chose d’ancré : on doit montrer à Bâle le meilleur de nous même. Tout le monde de l’art est réuni dans un mouchoir de poches. »

Art Basel est bien le reflet d’un marché de l’art qui ne connaît pas la crise et qui a des perspectives de développement hors pair. En effet, selon Nicolas Nahab de la Marian Goodman Gallery « la foire peut très probablement aller à un niveau haut dessus. Plus le marché s’ouvre à de nouveaux collectionneurs, plus la foire va s’internationaliser attirant toujours plus de monde. »

 Une foire anglo-allemande

Seul regret pour certaines galeries, la foire manque de diversité et affiche un tropisme germanique aux influences anglo-saxonnes.

 « La foire pourrait être beaucoup plus internationale en faisant la part belle à des galeries venues du Tiers Monde. Mais elle reste très suisse-allemande, anglo-allemande. Cela donne un certain style esthétique intellectualiste et minimaliste » spécifie Anne-Claudie Coric de la Galerie Daniel Templon.

Galerie Daniel Templon
Galerie Daniel Templon

Nathalie Obadia, à la tête de trois galeries (deux à Paris et une à Bruxelles), partage la même opinion et ajoute que « les artistes français doivent parvenir à être reconnu de manière plus importante grâce à la foire de Bâle. Il faut que ces artistes soient à la fois présents dans les institutions et dans le marché de l’art. ».

Au delà de l’Art Business 

Passage obligé des galeristes, curateurs, collectionneurs et passionnés du monde de l’art, la 45ème édition de Art Basel qui a réunit 285 galeries de renom venues de 34 pays à travers le monde, est aussi le temple oh combien critiqué du mariage de l’art et de l’argent.

Galerie David Zwirner
Galerie David Zwirner

Ouverte au grand public le 19 juin, la foire de Bâle a enregistré ses plus beaux records dès le 17 juin lors de la preview dont l’accès est réservé aux grands collectionneurs. Alimenté par ces résultats exceptionnels qui font de Bâle un eldorado financier fantasmé, le marché de l’art est de plus en plus caricaturé par la critique. On parle d’ « artketing » et on reproche à certaines galeries d’agir comme des marques de luxe. Ce discours éculé véhicule à mon sens une image perverse. Car devant cette starification grandissante, il ne faut cependant pas oublier que les galeries, quelque soit leur taille, sont avant tout là pour accompagner les artistes et les collectionneurs.

« C’est le système qui donne aussi toute cette tension. Ce n’était pas comme ça auparavant. L’artiste est le centre névralgique de la création. C’est beaucoup de pression. Il est celui qui peut tout gagner comme tout perdre. Nous sommes là pour les accompagner et les conseiller. La relation avec un artiste est basée sur la confiance. Il faut bien le garder en tête » rappelle Thaddaeus Ropac.

Galerie Nathalie Obadia
Galerie Nathalie Obadia

« Je prends mon métier au sérieux. Je suis passeuse d’idées. Les gens viennent à la galerie pour se bousculer intellectuellement. Il faut être à l’écoute des artistes et des collectionneurs. Il faut être généreux de son temps, généreux de son savoir. De plus, je vends aussi mes œuvres à des personnes normales qui ne font pas de spéculation et qui achètent par amour de l’art. Il faut en finir avec ce fantasme de l’art est égal à argent. » renchérit Nathalie Obadia.

Le marché de l’art s’est en effet démocratisé attirant une nouvelle génération de collectionneurs à la fois plus jeunes, plus curieux et décomplexés. Collectionner est une pratique inscrite dans l’air du temps. Et bien que les tickets d’entrée soient parfois astronomiques, il n’est pas seulement l’apanage des très riches.

Art Basel est un lieu de rencontres pour les professionnels  dont l’effervescence fait parfois perdre le sens des réalités. Car si l’affluence bat son plein pendant une semaine dans la cité suisse allemande, entre dîners, vernissages et autres fêtes VIP, l’envers du décor est tout autre. De nombreuses galeries voient en effet leur espace d’exposition déserté le reste de l’année. Pousser donc la porte d’une galerie, soyez curieux et même si vous n’avez pas encore le porte-monnaie pour débuter une collection,  vous serez certainement surpris !

Contact : pauline.weber@theatredelacreation.com

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Art Basel Hong Kong 2014 : Quand la Chine s’éveillera

La deuxième édition de Art Basel Hong Kong vient de s’achever.
Retour sur les temps forts de la foire, point de rencontre privilégié entre l’Orient et l’Occident.

Gu Wenda, Encounters
Gu Wenda, Encounters

En parcourant les allées le jour de l’ouverture, je suis surprise par la quiétude des lieux qui tranche avec l’effervescence quasi-hystérique des vernissages des foires occidentales. Une certaine langueur se dégage et je finis par me demander si c’est la foire qui manque d’énergie ou si c’est moi qui suis tout simplement victime du jet-lag.

Premier constat : ici, les collectionneurs prennent leur temps. Ils ne réservent pas et ne se précipitent pas pour acheter comme à l’accoutumée où l’on n’en finit plus d’organiser des visites en avant-première pour les collectionneurs privilégiés. De plus, le calendrier n’aidant pas, la plupart des grandes galeries enchaînent avec la Frieze de New-York fraîchement terminée. Difficile d’afficher une santé de fer malgré les enjeux.

Une conclusion qui n’a pas échappé aux organisateurs qui ont décidé de déplacer la Art Basel Hong Kong à mi-mars en 2015 afin que les patrons des galeries répondent présents et se préparent de manière optimale.

Galleria Continua
Galleria Continua

Les enjeux sont en effet de taille. Si la foire helvétique a choisi d’apposer son label en rachetant l’ancienne « Hong Kong Art Fair », c’est aussi parce que l’ex colonie britannique est une porte d’entrée stratégique en Chine et en Asie pour le business de l’art.

Port franc, dédouané de taxes à l’importation et à l’exportation, les capitaux y affluent librement, le luxe s’y affiche fièrement, favorisant ainsi la rencontre de l’art et de l’argent.
Autre fait important, le marché de l’art chinois s’est hissé en 2010 à la deuxième place mondiale, laissant pressentir, malgré des résultats en dents de scie, un potentiel de progression vertigineux pour les prochaines décennies.

Derrière cet engouement pour la Chine à l’image du thème de la dernière édition de Art Paris, j’ai voulu en savoir plus sur la réalité du marché local et tenter de définir le profil du collectionneur chinois. Pour ce faire, j’ai interviewé un certain nombre de galeries afin de recueillir leur sentiment.

Duane Hanson,, Chinese Student, Van de Weghe Fine Art
Duane Hanson,, Chinese Student, Van de Weghe Fine Art

Pour Jason Cori, directeur de la Galerie Almine Rech à Bruxelles, « le marché de l’art en Chine reste un marché qui fonctionne à deux vitesses avec des collectionneurs locaux qui ont tendance à acheter via des galeries présentes dans la région. »

« Il cache la réalité de l’Asie. C’est un marché énorme qui ne tardera pas à nous supplanter par son potentiel et sa population mais pour le moment, nous ne sommes pas face à un vrai public d’avertis » renchérit Georges Armaos, responsable des ventes à la galerie Gagosian de New-York. En effet, comme le souligne Helen Windsor de la Thimothy Taylor Gallery à Londres, « les Asiatiques commencent à comprendre de plus en plus l’esthétique occidentale mais cela prend du temps. Nous venons à Hong Kong depuis 5 ans dans le but d’instaurer un véritable dialogue avec l’Asie mais déjà à l’époque, on nous avait avertis qu’il faudrait être patient. Dix ans au minimum. Les habitudes sont ici très différentes tant d’un point de vue esthétique que business. »

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White Space Beijing

Face à cela, les grandes galeries font généralement le choix d’imposer aux collectionneurs locaux leur vision de l’art tandis que les galeries plus émergentes tirent leur épingle du jeu en s’adaptant à la demande locale.

Chez Thaddaeus Ropac, présente depuis 5 ans sur la foire de Hong Kong, un seul artiste chinois – Yan Pei-Ming – est représenté. « L’éventail d’artistes que nous proposons à Art Basel Hong Kong est le même que dans les autres foires. Bizarrement, nous avions cru au début que les collectionneurs chinois avaient des goûts et des attentes spécifiques mais pas du tout. À cet effet, ils achètent du Baselitz alors qu’ils ne le connaissent pas. C’est vraiment une question de goût, un choix esthétique » atteste Arne Ehmann qui travaille depuis plus de quatorze ans à la Galerie de Salzburg.

Georg Baselitz
Georg Baselitz

Sous mes yeux, trône une des dites toiles de l’octogénaire allemand. Au format imposant, elle regroupe en son sein les caractéristiques propres à sa peinture: dripping, emploi de la couleur et héritage expressionniste. Cette dernière n’échappe pas au regard de plusieurs acheteurs potentiels qui se renseignent sur l’œuvre et son prix. Elle sera finalement vendue le troisième jour de la foire, le vendredi, pour la somme de 480 000 euros.

A la Galerie Perrotin, la sélection présentée met l’accent sur l’univers du manga. Avec deux artistes chinois à son actif – Chan Fei et Gao Weigang – le galeriste de la rue de Turenne a également un avantage de taille en proposant des artistes japonais qui se vendent très bien. Ils s’appellent Takashi Murakami, Aya Takano, Mr. et Kaz Oshiro.

Gao Weigang, The Stairs
Gao Weigang, The Stairs
Mr, So Sweet, Galerie Perrotin
Mr, So Sweet, Galerie Perrotin

Car si l’art chinois et l’art japonais sont très différents esthétiquement parlant, ils jouissent de la même aura auprès du collectionneur local. Enfant terrible de l’art, Emmanuel Perrotin a très vite compris le potentiel naissant de Hong Kong. En mars 2012, il prend ses quartiers sur Connaught Road dans un building signé de l’architecte André Fu. Niché au 17ème étage, la Galerie offre une vue imprenable sur la baie de Hong Kong et propose dans sa boutique toute une panoplie d’objets « kawaï ». Peluches, porte-clés, affiches numérotées sont manipulés avec le soin d’un bijoutier aux doigts de velours. On se croirait presque dans une boutique du luxe.

Constat quasi-général auprès des galeries, le marché de l’art chinois affiche une santé financière florissante et les changements sont visibles d’une année à l’autre. « Nous sommes très satisfaits des résultats de la foire » affirme Nicolas Nahab, directeur des ventes à la Marian Goodman Gallery. « Le collectionneur local découvre petit à petit l’art contemporain occidental et est plus averti ».

Yang Fudong, Marian Goodman Gallery
Yang Fudong, Marian Goodman Gallery

Auparavant, les galeries occidentales présentes en Chine misaient essentiellement sur une clientèle d’expatriés. Aujourd’hui, la situation s’est inversée.
« Les acheteurs chinois ont augmenté de manière significative cette année » précise Aenon Loo de la White Cube, présente à Hong Kong à la même adresse que la Galerie Perrotin. Selon lui, ces nouveaux collectionneurs achètent exclusivement des artistes établis et ne veulent que des grands noms du marché de l’art. Un avis que les galeries d’art multinationales partagent à l’image de Gagosian. Avec 12 galeries réparties dans le monde entier, le marchand d’art de Beverly Hills a une stratégie extensive inédite. Lorsque j’ai demandé à Georges Armaos, s’ils étaient à l’écoute des spécificités locales et enclins à découvrir de nouveaux artistes, j’ai été plus que surprise par sa réponse détonante : « C’est aux petites galeries de découvrir les artistes émergents. Nous ne prenons que les artistes établis et on fait exploser leur côte. Ça a toujours été notre stratégie. En matière d’art contemporain, nous sommes beaucoup plus puissants que Sotheby’s et Christie’s. »

White Cube Gallery, Damien Hirst
White Cube Gallery, Damien Hirst

A l’image des codes esthétiques que les grandes maisons de luxe érigent chaque nouvelle saison sur les défilés et les tapis rouges, les mastodontes du business de l’art contemporain se prétendent les garants du « bon goût » auprès des collectionneurs locaux.

Un point de vue qui ne fait cependant pas l’unanimité. Selon Edouard Malingue qui s’est établi en 2010 à Hong Kong, « le collectionneur local est au contraire multi-facettes. Il y a ceux qui recherchent spécifiquement de l’art chinois contemporain. D’autres qui sont plus portés sur l’art chinois traditionnel comme la calligraphie. Et bien entendu ceux qui achètent « statutaire » en faisant l’acquisition de grands noms mondialement reconnus mais ce n’est qu’une minorité. »

Doug Aitken, Fortune, 303 Gallery
Doug Aitken, Fortune, 303 Gallery

Passé l’engouement général pour certaines stars de l’art contemporain les galeries, quelle que soit leur taille, devront s’adapter de plus en plus aux spécificités locales afin de soutenir la demande et de développer le marché de manière pérenne. D’autant que le collectionneur chinois se montre particulièrement volatil. Il ne se reconnaît pas facilement tant au niveau du look que de l’attitude.

Hong Kong doit aujourd’hui faire face à un défi majeur car, si elle regorge de galeries concentrées dans les buildings de Central, la ville ne dispose à ce jour d’aucun musée d’art moderne et contemporain à la hauteur de son développement artistique fulgurant. Une carence qui sera comblée à l’horizon 2017 par l’ouverture du M+ sur la baie de Kowloon. Affaire à suivre.

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Agenda culturel Eté 2012 (Seconde Partie)

Une sélection des expositions incontournables et autres événements culturels à ne pas rater cet été

Art Basel 2012

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Rendez-vous annuel du marché de l’art et passage obligé des collectionneurs et amateurs, Art Basel 2012 s’est tenu du 14 au 17 juin. Cette année, il fallait se frayer un chemin entre les travaux de la Messeplatz, pour découvrir les 300 galeries triées sur le volet pour l’évènement. Venues de 36 pays dans le monde entier, elles représentaient plus de 2 500 artistes.

Pour ma part, cette 43ème édition était une grande première. Outre l’émotion d’avoir passé plus de 5h à m’émerveiller entre les white cubes et malgré un soleil affichant fièrement des allures azuréennes à l’extérieur, j’ai eu la chance de suivre une visite guidée, de découvrir des jeunes talents à Art Statements et de flirter avec la démesure à Art Unlimited. Dans cette espace dédiée aux installations monumentales, une sculpture rose bonbon de Frank West baptisé « Gekröse » dévoilait ses courbes organiques.

Satisfaite mais pas tout à fait rassasiée, j’ai achevé ma visite à la sublime Fondation Beyeler où une rétrospective sur Jeff Koons trônait dignement aux côtés de Philippe Parreno, chorégraphe du son et des images.

Les Rencontres d’Arles jusqu’au 23 septembre 2012 

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Cette 43 ème édition « Une école française » est consacrée aux 30 ans de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP). Elle réunit 60 expositions de photos venues du monde entier et d’une grande diversité dans la démarche. Jeunes talents et découvertes sont à l’honneur avec en prime une exposition du musée Galliera intitulé « Mannequin, le Corps de la Mode ».

La Collection Lambert en Avignon jusqu’au 18 novembre 2012

Une collection d’exception qui rassemble les chefs d’oeuvres de la donation Yvon Lambert. Les grandes tendances de l’art contemporain depuis les années 60 sont présentes : art minimal, art conceptuel, land art, peinture figurative, nouvelle photographie, installations et vidéos avec des artistes phares comme Cy Twombly, Basquiat, Anselm Kieffer, Sol Lewitt, Christian Boltanski, Nan Goldin.

Klein, Byars, Kapoor au MAMAC à Nice jusqu’au 16 décembre 2012

A l’occasion des 50 ans de la disparition de l’artiste niçois Yves Klein, le MAMAC a décidé de lui rendre hommage en confrontant son travail de la monochromie à celui de l’artiste américian Byars et de l’indien Kapoor. Une exposition en bleu, blanc, rouge qui réunit installations et performances dans un parcours sensoriel et poétique.

Extra Large, Oeuvres monumentales du Centre Pompidou au Grimaldi Forum à Monaco, jusqu’au 09 septembre 2012

Découvrer ou redécouvrer les grands noms de l’art moderne et contemporain en version XXL: Xavier Veilhan, Daniel Buren, Jean Dubuffet, Anish Kapoor, Pierre Soulages, Sol Lewitt. »Une approche monumentale de l’art dans un pays étiqueté comme le second plus petit Etat du monde « 

Le monde comme volonté et comme papier peint, au Consortium à DIjon jusqu’au 02 septembre 2012

Ou comment tenter de retranscrire l’univers de Jed Martin, personnage houellebecquien de la Carte et le Territoire et son flot de considérations sur la fin de la Modernité.

Damien Hirst à la Tate Modern à Londres  jusqu’au 04 septembre 2012

2012 est une année fructueuse pour le chef de file des Young British Artists. Après le « Complete Spot Paintings » relayé par les onze Gagosian Gallery disséminés entre Paris, Londres, New-York, Hong-Kong, Los Angeles, Genève, Rome, Athènes, c’est au tour de la Tate Modern de lui consacrer une rétrospective digne de ce nom. L’occasion de revenir sur ses œuvres phares qui traitent pour la plupart du rapport entre l’Art et la Mort mais aussi d’Amour, de Désir et d’Argent : cadavres d’animaux dans du formol, papillons naturalisés sur toile, cendriers géants, armoires à pharmacie, spots and spins paintings et diamants par milliers. Vous découvrirez même en prime une pièce avec des papillons en liberté, la quintessence de la beauté et de la fragilité de la vie selon Hirst.

Documenta (13) à Cassel en Allemagne, jusqu’au 16 septembre 2012

La Documenta est LE rendez-vous d’art contemporain qui a lieu tous les cinq ans à Cassel au coeur de l’Allemagne. Crée en 1955 en réponse à la guerre, elle dure 100 jours et entend penser le monde sous le spectre de l’art. Ici rien n’est à vendre. Ce n’est pas une foire comme ArtBasel mais plutût un lieu de réflexion sur le monde contemporain, ses fractures sociales et politiques. Cette 13ème édition s’inscrit dans la lignée de la Documenta 11, politique et engagé et s’articule autour du thème central « Collapse and Recovery ». La manifestation présente cette année 193 artistes et fait la part belle aux questions écologiques, à la guerre, au féminisme, au savoir universel… Tout un programme.

La fonction de l’art dans l’univers de la mode et du luxe

Je commence ici un article qui me tient grandement à cœur puisqu’il abordera dans son expression la plus sincère, la relation ambiguë et controversée qu’entretiennent l’art et la mode, l’art et le luxe. Des mondes attirants, intimidants qui tendent aujourd’hui à se confondre dans leurs excès tant spéculatifs que mondains.

Pour illustrer ces propos, on ne peut s’empêcher de penser aux « supers-stars » du système de l’art contemporain à l’image de Jeff Koons, Takashi Murakami, Wim Delvoye que les collectionneurs François-Henri Pinault et Bernard Arnault, à la tête des deux plus beaux empires du luxe, s’empressent d’acquérir.


De plus, lorsque l’on observe des événements comme la Biennale de Venise ou encore plus flagrant, la Miami Art Basel, foire d’art contemporain la plus fashion du moment, née de sa célèbre consœur helvétique, on se rend bien compte – au regard de l’élite qui fréquente ces lieux – de la convergence inéluctable qui s’opère entre ces deux mondes.

Pourtant, cette fascination réciproque entre l’art et la mode n’est pas un fait contemporain. Déjà dans les années 20, Elsa Schiaparelli inaugurait une tradition de collaboration avec Salvador Dali, en créant des sweaters trompe-l’oeil d’inspiration surréaliste qui marqueront les esprits, tendance qu’elle perpétuera avec la robe-homard à forte symbolique sexuelle.

Par ailleurs, Sonia Delaunay, femme du célèbre peintre orphiste, concevait des vêtements géométriques (cf. les « robes-simultanées ») aux couleurs vives et aux matières variées, qui ne sont pas sans rappeler ses tableaux et le constructivisme russe.

Par la suite, Warhol ancien illustrateur de mode pour Vogue et Harper’s Bazaar, n’a cessé tout au long de sa carrière, de flirter dans ses œuvres d’art avec le monde de la mode et du luxe à l’image de sa série « Diamond Dust Shoes » (1980-81) où les toiles représentant des escarpins en vrac, sont recouvertes de poudre de diamant. Yves Saint Laurent dans une démarche, je dirai plus pure et plus sensible, rend lui aussi hommage aux artistes avec sa robe Mondrian (1965) et sa robe Braque (1988) pour ne citer qu’elles. La mode devient un langage artistique à part entière.

L’apparition dans les années 90 d’empires du luxe à l’image de LVMH et PPR a accéléré ce processus de cross-over. On ne compte plus aujourd’hui les collaborations entre artistes et marques de luxe et on ne s’étonne plus de voir ces mêmes maisons faire du mécénat culturel ou créer leur fondation. Les exemples à l’image de Cartier, Vuitton, Hermès, Prada, pullulent et sont révélateurs d’une tendance de fond : l’art contemporain est à la mode. Le luxe s’esthétise et on n’est pas surpris de découvrir que Marc Jacobs lui-même est amateur et collectionneur d’art. Les artistes sont invités à se lancer dans des projets, qu’ils ne pourraient jamais mener de front, sans le soutien financier des entreprises du luxe qui se parent ainsi d’une image de marque plus arty. Les frontières entre art, mode et luxe s’avèrent de plus en plus floues. L’exemple le plus frappant, vécu par certains comme une profanation dans le temple de l’art, est sans doute l’installation de la boutique Vuitton lors de la rétrospective Murakami en 2007 au MoCA de Los Angeles. Le luxe franchit la porte du musée et consommer devient un acte culturel, une revendication esthétique.

Autre fait marquant pour conclure : le 15 septembre 2008, alors que la chute de Lehman Brothers entraîne avec elle la bourse américaine, Damien Hirst, chef de file des Young British Artists (YBA), prend le marteau chez Sotheby’s et organise sa propre vente sans passer par la médiation d’une galerie. Une première pour la maison comme pour un artiste. Hirst parvient ainsi à court-circuiter le système et vend près de 223 pièces pour un total de 139,5 millions d’euros (estimation initiale : 81 millions d’euros). Toutefois, il faut bien garder en tête qu’il y a toujours un marchand d’art ou un grand collectionneur pour faire artificiellement monter les prix. Ce genre de pratiques ne peuvent qu’inquiéter. Et, ces logiques financières rapprochent visiblement le marché de l’art à celui du luxe. On serait entré dans l’ère du « financial art », de la « tritisation du néant » pour reprendre Aude de Kerros, artiste et auteur d’un livre incontournable intitulé L’Art caché, les dissidents de l’art contemporain. Pourtant, ceux qui voient l’art comme une valeur refuge « as good as gold » se trompent : une œuvre n’aura à mon sens, jamais la même liquidité que l’or. Et lorsque l’on regarde ces œuvres emblématiques de Hirst : le veau d’or ou ce crane incrusté de 8601 diamants baptisé « For the Love of God », on est cœur de cette hybridation monstrueuse entre art et luxe.

L’art et le luxe se sont aujourd’hui mués dans un langage de signes et de symboles, déconnecté de toute réalité. Pourtant si ces deux mondes cohabitent, il n’y a jamais réellement de fusion : c’est un perpétuel mouvement d’attraction et de répulsion.

Concernant le marché de l’art en France, il semblerait que nous devrions sérieusement engager une réflexion de fond… sinon la réflexion se fera sans nous.

Pour aller plus loin :

Art & Mode, Florence Müller, Assouline, 1999

Art Business (2), Judith Benhamou-Huet, Assouline, 2007

L’Art Contemporain et la Mode, Jill Gasparina, Editions du cercle d’art, 2007

« Le Luxe et l’Art, du Marketing à l’Arketing » de Christophe Rioux in Le Luxe, Essais sur la fabrique de l’ostentation, sous la direction d’Olivier Assouly, Editions IFM / Regard, 2011

FIAC 2011

Exit la Cour Carrée du Louvre. Cette année, la FIAC s’est concentrée sous la verrière du Grand Palais pour les grandes galeries et au premier étage pour les galeries émergentes. 168 exposants ont été réunis : la sélection fut drastique.

Deux jours après la fin de cette 38ème édition, l’heure est au bilan. Certains s’exclament déjà, à l’instar de Lorenzo Rudolf- qui a pendant longtemps été directeur de la Art Basel- que l’édition 2011 fut « l’une des plus belles FIAC depuis très longtemps ». Certes.

Personnellement, c’est la 4ème année consécutive que je visite la FIAC ce qui me permet d’avoir un certain recul pour juger de la qualité d’une telle manifestation. En tant que simple amatrice d’art moderne et contemporain (et non, je n’ai malheureusement pas encore le statut de collectionneur), je reprocherais à cette édition d’avoir un peu trop été l’apanage des grandes galeries (Perrotin, Gagosian, Continua, Applicat-Prazan, David Zwirner, Cheim & Read, Thaddaeus-Ropac etc.) qui se sont pour la plupart focalisées sur des valeurs sures et des artistes que l’on connaît déjà (Will Delvoye, Xavier Veilhan, Murakami, Anish Kapoor, JR, Hirst, Basquiat pour n’en citer que certains). Les ventes ont été bonnes pour eux mais pas de surprise et peu de place à mon sens pour la découverte de nouveaux talents. Et je ne suis pas en train de dire que je n’apprécie pas ces artistes. Mais mon oeil a besoin de voir autre chose qu’un mini-Warhol ou un énième Richard Prince.

L’Art Contemporain est souvent assez mal perçu et je suis la première à déplorer mes manques en la matière donc je me montre facilement « blasée » surtout lorsque je découvre toujours les mêmes avant-gardes, les mêmes classiques (cf. Hantaï chez Zlotowski ou Dubuffet, Nicolas de Staël, Soulages chez Applicat-Prazan). Après c’est une question d’attente. Je suis d’une manière générale très portée sur la sculpture et la peinture contemporaine et parfois moins portée sur l’installation ou la vidéo, plus conceptuelle. J’ai donc été heureuse de voir par exemple des sculptures de Tony Cragg, Shapiro, Anthony Gormley (chez Thaddaeus Roppac et ailleurs) ou encore cette poupée grandeur nature colorée de Yayoi Kusama (chez Victoria Miro). J’ai également repéré dans une galerie allemande (Contemporary Fine Arts) un peintre qui me plaît beaucoup et qui s’appelle Marcel Eichner. Affaire à suivre :-)

Et, je ne saurais l’oublier, gros coup de coeur pour Ida Tursic & Wilfried Mille (ou I&W) représentés par les galeries Almine Rech et Pietro Sparta, que j’ai découvert il y a 2 ans par l’ouvrage « Qu’est-ce que la peinture aujourd’hui ? » (Beaux Arts Editions).

Ce fut donc une FIAC de qualité par le contenu mais assez inégale, pas toujours cohérente, ni très originale.

Un point sur lequel j’ai bien entendu été sensible c’est l’internationalisation accrue des galeries avec la présence de plusieurs exposants sud-américains (Brésil avec Vermelho, Luisa Strina, Mexique avec Kurimanzutto etc.) et sud africain (Goodman Gallery).

Par ailleurs, je doute malheureusement que la majorité des visiteurs se soient aventurés au 1er étage pour voir les galeries émergentes… Enfin, c’est une grande manifestation dont il est difficile de capter un regard exhaustif. Je passe moi-même systématiquement à côté des certains œuvres ou artistes et ce n’est pas par manque de volonté.

Je m’arrête volontairement ici dans l’analyse  car ce n’est pas le propos de mon article et vous livre quelques photos de ma visite personnelle.

Rendez-vous à Bâle en juin (si mon emploi du temps le permet) !  I hope so :-)

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