Prenez le large à la découverte d’Istanbul

Entre tradition et modernité, Istanbul regorge de lieux historiques, musées, palaces et sanctuaires religieux. A seulement 3h de Paris, cette ville plurielle aux multiples trésors est à la croisée des empires romain, byzantin et ottoman. Point de rencontre entre l’Orient et l’Occident et héritière d’une histoire de 8500 ans, elle affiche aujourd’hui une vitalité sans précédent à l’affût de la modernité.

Le centre historique d'Istanbul et la basilique Sainte Sophie, Photo : Frederic Dumas
Le centre historique d’Istanbul et la basilique Sainte Sophie, Photo : Frederic Dumas

 

Un bijou architectural chargé d’histoire

Si Ankara est devenue post Seconde Guerre mondiale la capitale politique, Istanbul reste historiquement et culturellement la ville la plus importante du pays. Affichant fièrement près de 15 millions d’habitants, Istanbul est l’une des villes les plus peuplées d’Europe, irrésistiblement portée par la forte proportion de moins de 20 ans qui l’habite.

Elue première destination en 2014 par la communauté de TripAdvisor, Istanbul est un véritable musée à ciel ouvert comme en témoigne son emblématique centre historique, cœur de l’ancienne Constantinople et enregistré au même titre que le café turc, au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Impossible en effet de ressortir indemne de ce paysage architectural éclectique, composé de minarets, d’aqueducs romains, d’églises byzantines, de tours vénitiennes, de palais ottomans et d’immeubles modernes. Un joyeux désordre que l’on retrouve dans la course devenue culte de Skyfall où James Bond poursuit un meurtrier en chasse sur les toits d’Istanbul entre le Grand Bazaar et la Basilique Sainte-Sophie.

Grand Bazaar, Photo : Frederic Dumas
Grand Bazaar, Photo : Frederic Dumas

Capitale Européenne de la Culture en 2010, l’art contemporain y est également présent grâce à des lieux au dynamisme certain à l’instar du Istanbul Modern et de son époustouflant panorama sur le Bosphore ou encore de la Galerie ARTER située en plein cœur de la ville. Si Ali Kazma ou Sarkis ne sont encore que d’illustres inconnus à vos yeux, ces acteurs majeurs de la scène artistique locale n’auront bientôt plus aucun secret pour vous. De plus, si vous prévoyez de partir incessamment sous peu prendre le pouls de la cité aux sept collines et que l’art contemporain est votre second souffle, ne manquez pas la Biennale d’Istanbul qui vient d’ouvrir ses portes et que vous pourrez visiter jusqu’au 1er novembre !

 

Une gastronomie riche en saveurs et en couleurs

Vous hausserez certainement les sourcils et votre regard frétillera à la vue de l’incroyable déclinaison de mezzés et autres mets à base de légumes, viandes et poissons qui composent la cuisine turque. Les succulents baklavas, ces petits gâteaux faits de pâte feuilletée gorgée de miel et recouverts d’une crème à base de noix, de pistaches ou d’amandes, combleront vos palets avides de gourmandises. Pour vous en convaincre, nous avons sélectionné deux restaurants où le bonheur est dans l’assiette.

Le restaurant Peyderpey, Photo : Cem Gocmen
Le restaurant Peyderpey, Photo : Cem Gocmen

Juché au dernier étage de l’hôtel Richmond situé au cœur de la ville sur l’avenue Istiklal, Peyderpey vous charmera par son incroyable panorama sur la presqu’île historique. Passionné d’histoire culinaire, le maître des lieux, Vedat Başaran, remet au goût du jour les vestiges oubliés des recettes ottomanes. N’utilisant que des produits biologiques et de saison, ce chef hors pair réinterprète dans une palette infinie de petits plats aussi beaux que bons, l’héritage traditionnel des cuisines méditerranéenne et turque. Laissez vous surprendre par ses beignets de fleurs de courgettes aux herbes et au riz pilaf et son saumon « lakerda », poisson en saumure saupoudré d’oignons rouges et d’une pointe de citron.

Cependant, qui dit cuisine turque dit aussi viande grillée à l’image de son incontournable kebab ! Afin de vous sustenter, nous vous emmenons chez Antiochia dans le quartier animé Beyoğlu, où c’est toute la richesse de la gastronomie d’Antakya qui émerveillera vos papilles. Intime et chaleureux, ce restaurant porte en effet la marque, au temps des Romains, de cette ville située à la frontière syro-turque et dont sont originaires les chefs Bülent et Ali Özkurt.

Restaurant Antioche
Restaurant Antioche

Débarqués à Istanbul il y a 25 ans, ils ont commencé par fabriquer des savons à base d’huile d’olive et d’extraits de grenade et se sont rapidement affairés à transmettre la richesse culinaire de leur pays. Au delà du humus, du taboulé et du savoureux pain pide aux épinards, fromage blanc et sésame, les plus carnivores auront le choix entre une sélection de viandes marinées cuites au four ou à la plancha ! Si vous avez encore un peu faim, laissez vous tenter par le künefe, ce dessert traditionnel fait de fromage fondu entre deux couches de cheveux d’ange croquantes à souhait.

Après avoir arpenté la ville dans les moindres recoins, on vous assure que même après tout ça, nous n’avons pas pris pas un gramme !

 

Comment s’y rendre ?

Compagnie aérienne low‐cost leader en Turquie, Pegasus Airlines relie Istanbul à la France via Paris Orly, Marseille Provence, Saint-Etienne Loire et nouvellement Nice Côte d’Azur et Lyon Saint-Exupéry. Au total, la compagnie créée en 1990  s’envole aujourd’hui vers 91 destinations dont 60 à l’international et affiche une volonté certaine de démocratiser le tourisme en étendant peu à peu son réseau. Profitez-en ! Vol aller à partir 39,99€

 

 

Où dormir ?

Groupe hôtelier suisse engagé dans une démarche de développement durable, les hôtels Mövenpick affichent aujourd’hui deux hôtels à Istanbul.

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Classic Room, Mövenpick Golden Horn, ©Mövenpick Hotels & Resorts

Le plus ancien, le Mövenpick Istanbul Hôtel, un 5 étoiles situé dans le quartier d’affaires de Levent, propose une série de services sur mesure pour vos voyages professionnels avec salle de réunions et installation pour conférences. Besoin de réconfort après de longues négociations ? Offrez-vous un massage Shiatsu-Thaï au centre de remise en forme. Bien-être garanti !

Inauguré en mars 2015, le Mövenpick Golden Horn est un 4 étoiles qui surplombe le quartier traditionnel turc de la Corne d’Or. Arborant des couleurs douces et une esthétique épurée, son style harmonieux fait de matériaux naturels à l’image du bois, de la pierre ou du marbre blanc, s’inspire de l’histoire estuaire de cette partie de la ville devenue célèbre sous l’influence de Pierre Lotti.

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Vue du Café Pierre Loti, Photo : Frederic Dumas

Orientaliste dans l’âme, cet écrivain de l’époque impressionniste et d’une mélancolie pénétrante y a fait escale quelques mois. Sa venue a tant marqué les Stambouliotes qu’un café porte aujourd’hui son nom dans le quartier Eyüp et offre un point de vue imprenable sur la ville. Inoubliable lors d’un coucher de soleil !

Je suis une Fille Salopette

Paulette Numéro 23

C’est la rentrée !

Alors pas de question de se décourager ou de faire la tête (la fête ?!)

Dans ce  nouveau numéro, on vous montre à quel point Paulette est une fille qui ne recule devant rien. Loin de se décourager à la moindre difficulté, planter un clou ne lui fait pas peur car oui elle sait se débrouiller seule !

« Je n’ai besoin de personne en Harley Davidson »

Pour ce numéro très seventies, Paulette est un brin garçonne mais fidèle à ses convictions féministes féminines.

Pour ma part, je vous emmène en Vendée à la rencontre de l’Atelier Bingo, un tandem de choc qui créé du bout de leurs ciseaux magiques.

Atelier Bingo La fabrique des images
Atelier Bingo
La fabrique des images
Atelier Bingo ou l'art du papier découpé
Atelier Bingo ou l’art du papier découpé

Belle lecture !

Paola Pivi n’a pas peur de la démesure

Paola Pivi, "Ok, you are better than me, so what?" 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Ok, you are better than me, so what? » 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

De grands ours à plumes colorées, une pizza oversize, un avion à bascule, des performances qui mêlent éléments improbables à l’image d’un léopard traversant une forêt de tasses de capuccino factice ou encore un alligator plongé dans la crème chantilly… difficile de passer à côté du travail de Paola Pivi. Si son nom n’est pas gravé dans votre mémoire, ses œuvres vous parleront certainement, soit parce qu’elles auront incontestablement accroché votre regard, soit parce qu’elles feront tout simplement appel à votre instinct.

Et l’instinct, c’est bien ce qui anime l’artiste, la pousse à produire et à vivre son art pleinement. « Ingénieur de formation et professeur d’aérobic à mes débuts, il n’y a pas eu d’art dans ma vie avant mes 23 ans. Pourtant, c’est quelque chose qui était bien à l’intérieur de moi. »

Paola Pivi,"Pizza" 1998, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Pizza » 1998, Courtesy Galerie Perrotin

Loin d’une explication rationnelle du pourquoi du comment à laquelle je m’attache obstinément à percer le mystère en décortiquant ses œuvres, Paola Pivi tend vers un au-delà qui nous rappelle à notre humanité. « Je n’ai pas vraiment de mots pour cela car nous sommes plutôt dans le registre du contemplatif. Bien souvent, mes œuvres sont la résultante d’une vision qui se produit dans mon esprit et que je décide ensuite de produire. J’ai mes idées et je les exécute, ce qui s’avère somme toute très excitant. »

Paola Pivi, "How I Roll" 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « How I Roll » 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin

En composant son art avec des animaux, des personnes ou encore des objets de la vie quotidienne a priori banals, Paola Pivi le charge d’une grande poésie visuelle et d’un soupçon énigmatique. Éclectiques, ses œuvres ont la particularité d’éveiller à l’unisson notre curiosité.

Pris aux mains d’interrogations intempestives, nous ne pouvons nous empêcher de dérouler le fil d’une histoire et d’en essaimer les suppositions. Que font ces chevaux juchés sur le 1er étage de la Tour Eiffel ? Comment sont-ils montés jusqu’ici ? Tenté de répondre « par l’ascenseur » tout simplement, l’emblème parisien semble être devenu leur environnement naturel. De cette situation en apparence incongrue, ils en ressortent plutôt sereins voir tout simplement biens, comme plongés au beau milieu d’un terrain de jeu propice à la découverte.

Paola Pivi, "Yee-Haw (horse)" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Yee-Haw (horse) » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Projet à l’envergure folle, « Yee-Haw » est né d’une rencontre avec Virginie Coupérie-Eiffel, cavalière et championne de France. Pour cette deuxième édition du Longines Paris Eiffel Jumping, l’arrière petite fille de Gustave Eiffel a invité l’artiste italienne à réaliser l’affiche de l ‘événement qui a eu lieu du 3 au 05 juillet dernier. Imaginé sous l’absence sourde des cow-boys, le résultant de la performance est immortalisé par une série de cinq photographies exposées jusqu’ au 1er août prochain dans l’espace Saint-Claude de la Galerie Perrotin. Amateur d’art empli d’amour pour l’univers équestre, vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire !

Paola Pivi,"Yee-Haw" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Yee-Haw » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Je suis une Fille Lait Fraise

Paulette n°22

Numéro Spécial Eté

 

Les couleurs pastels sont à l’honneur.
Au programme, une déferlante de tonalités roses qui vont vous donner envie prendre le large vers les bords de mer, une glace à la main.

Ce mois-ci, je vous emmène à la rencontre de Petra Collins et de son collectif ultra-féminin The Ardorous.

Paulette_N22_39Découvrez également son ouvrage Babe mais aussi Mayan Toledano et sa marque Its Me and You.

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Pour couronner le tout, je vous livre ma petite enquête sur l’expansion des foires d’art contenporain dans le monde.

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Bonne lecture les Paulette !

Je suis une Fille Bijou

Paulette n°21

Numéro Spécial Bijoux

Découvrez la couverture toute dorée du dernier Paulette.

N’ayez pas peur de briller de mille feux !

A cette occasion, j’ai le plaisir de vous faire part de ma dernière contribution pour le magazine, un interview croisé de deux artistes brillantes de talents : Pleunie Buyink et Pae White.

Bonne lecture !

Portfolio Pauline Weber 1 Portfolio Pauline Weber 2

La mode est morte, vive la mode !

Minny Hoche

Li Edelkoort est une figure éminente de la mode. En 2003, le Time Magazine l’a sacrée comme l’une des vingt-cinq personnes les plus influentes dans la mode et l’année suivante elle a été désignée comme l’une des quarante personnes les plus actives dans le design par Icon Magazine. La chasseuse de tendances vient de publier un manifeste en dix points pour expliquer pourquoi la mode telle qu’on la connue n’existe plus. Cette mode qui poussait à la différence, qui permettait d’adopter une silhouette nouvelle, de changer d’allure, de marcher et se tenir autrement. Azzedine Alaïa serait le dernier grand couturier. Tout le monde se serait mis à faire des vêtements et non de la mode, essentiellement pour des raisons commerciales et techniques. Il a fallu aller plus vite, vendre plus de sacs que de prêt-à-porter, multiplier les collections. Li Edelkoort s’élève aussi contre le designer diva, à l’égo sur-dimensionné, encouragé dans ses excès…

Voir l’article original 2 094 mots de plus

Les cinquante nuances de gris de Charles Laib Bitton

Après avoir fait ses armes comme architecte d’espace pour les boutiques de luxe de Diane Von Furstenberg et le bureau de William Sofield à New York, Charles Laib Bitton s’est adonné au dessin. Intimidé par les médiums traditionnels, il a commencé à travailler avec un simple stylo à bille pour y décliner sur une feuille blanche son univers artistique, à la fois énigmatique et onirique.

Autodidacte dans l’âme, son sens aigu des proportions lui a permis de coucher sur le papier des formes dépouillées de tout artifice et dont les lignes si caractéristiques relèvent d’une précision quasi-scientifique.

Pour cette nouvelle série baptisée ‘L’Imagisme Romantique » en référence au mouvement poétique anglo-américain « Imagism », Charles Laib Bitton a développé un nouveau procédé technique: le fuseau sur bois.

« Mon travail n’est jamais à propos du médium. Le plus important ce sont les pièces elles-mêmes. L’image prime avant tout, elle vit en tant que telle. L’artiste et la technique restent anecdotiques. »

Charles Laib Bitton, jeune artiste belge de 29 ans, s’expose pour la première fois en France. Représentée par la Galerie Virginie Louvet, il présente jusqu’au 04 avril 2015 ses dernières compositions au fusain sur bois.

2015-03-20-1426882646-626828-_MG_0228.jpgVue de l’exposition. Galerie Virginie Louvet. Photo Emilie Mathé Nicolas

C’est au bord de la plage d’Amager au large de Copenhague que l’artiste a eu une véritable révélation. La proximité avec la nature et la mer lui ont fourni une sensation teintée de nostalgie. Frappé par la simplicité environnante, il a en effet ressenti une très grande similarité entre l’artisanat scandinave et la manière d’appréhender son œuvre. Ce terreau fertile a agit sur lui comme un puissant stimulant.

2015-03-24-1427235830-5306008-Capturedcran2015032422.29.53.pngCharles Laib Bitton, Romantic Imagist Compositions, 2014

Par son traitement anguleux de la composition et sa façon si intime d’appréhender la lumière, représentative de l’atmosphère locale à l’approche de l’hiver, Vilhelm Hammershoi a également beaucoup influencé et marqué Charles Laib Bitton.

Epurer au maximum la forme, la décliner en une infinité de tonalités sont des principes chers à l’artiste belge qui souhaite avant tout rester à l’écart du sensationnel et d’une version pauvre et filtrée de l’image. Géométrique, l’oeuvre se suffit à elle-même : elle communique directement avec son public, sans filtre ni intermédiaire. En jouant sur les nuances de gris, Charles Laib Bitton a ainsi déshabillé la couleur et retranscrit dans ses oeuvres l’impact de la lumière dont la violente intensité et la pureté contrôlée sont dôtées d’une grande poésie.

Du 27 au 29 mars prochain, Charles Laib Bitton sera à l’honneur de la Confidentielle du YIA Art Fair où il présentera un travail ambitieux dans le cadre de l’exposition « Obscur-Clarté » commissionnée par David Rosenberg. La Galerie Virginie Louvet sera également présente.

Vernissage le jeudi 26 mars de 10h à 20h au Bastille Design Center.
Plus d’informations, ici.

 

Je Suis une Fille Bleu Océan

Paulette n°20

Numéro spécial Bleu

Je suis fière de partager avec vous ma dernière contribution pour le magazine Paulette, un joli féminin sincère et pas prise de tête.

Agenda culturel Printemps 2015

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Rubrique lecture 

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Portfolio : Interview Heike Weber

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Belle lecture !

Pourquoi Jeff Koons est à l’image d’un certain monde de l’art devenu exaspérant…

Je suis en colère, oui remontée contre le système.

Le monde de l’art – entendre celui qui est sur le devant de la scène- se mue toujours davantage dans la facilité, l’opulence, l’inutile… bref, vers le néant. Le label « art contemporain » s’auto-condamne à devenir un pur produit de luxe avec à la clé son lot d’arrivistes et d’ignorants. Au lieu de s’en alarmer, une frange grandissante de la création contemporaine applaudit béatement. Vous allez me dire, ce n’est pas nouveau. J’acquiesce, mais la tendance n’est pas prête de s’inverser et ne fait au contraire que s’intensifier.

Alors que dans le monde réel, les centres d’art contemporain de Brétigny-sur-Orge et Montpellier sont menacés de fermeture, Jeff Koons lui vernit en grande pompe au Centre Pompidou. Jusqu’ici rien de si anormal : il y a le « high » et le « low » devrait-on dire ironiquement. Et puis c’est un artiste mondialement reconnu, un businessman du marché de l’art, postures qu’il assume haut la main en bon citoyen américain…

Cependant, je vous arrête tout de suite, ce qui m’exaspère chez Koons, ce n’est pas sa réussite ou sa popularité -je n’en voudrais jamais à personne de briller par son talent- mais c’est cette volonté qu’il a de vider l’art de son discours et ce, sans une once de culpabilité. L’ex-courtier de Wall Street s’oppose en effet à la « criticalité ». Cessons donc Français que nous sommes d’être dialecticiens, car la seule chose qui obsède l’artiste superstar, c’est que ses pièces scintillent, qu’elles soient gorgées de lumière. « More shiny ! » a t-il indiqué comme unique commentaire à Bernard Blistène, directeur du MNAM, en découvrant le montage final de l’exposition dans la Galerie 1 du Centre Pompidou. Quel heureux hasard quand on repense aux origines latines du mot luxe, lux qui désigne une unité mesurant l’intensité lumineuse. Tel un précieux diamant, le comble du luxe et donc de l’art de Koons, c’est bien de briller de mille feux.

Fondation Louis Vuitton - Photo Iwan Baan 2014
Fondation Louis Vuitton – Photo Iwan Baan, 2014

Cette constatation a ainsi ravivé mon mécontentement survenu suite à l’ouverture de la fondation Louis Vuitton. Avec son système inaugural très élitiste savamment mené durant la semaine de la FIAC, l’institution culturelle du géant malletier a su reproduire dans les moindres détails tous les codes du luxe. Effectivement, Frank Gehry a fait de son projet architectural un véritable joyau mais le bâtiment est une coquille vide. Tout est millimétré au moindre centigramme comme lors des quinze minutes précédant un défilé de mode. Pas de place à l’imprévu : l’organisation est impeccable de la file d’attente au garçon de café qui vous place. Les salles sont spacieuses, les artistes immensément connus mais le résultat est désincarné et surtout l’émotion manque cruellement.

L’émotion c’est bien ce qui m’a toujours fait vibrer dans l’art comme dans tout autre processus créatif. Et je ne nie ici aucunement l’aspect mercantile, ce n’est pas la question. Mais, comment parler d’émotion devant « Jeff Koons : la Rétrospective » ? Rien que l’emploi du « la », comme s’il était la référence ultime tant attendue, sonne faux dans ma tête. Adulé comme un demi-dieu et souffrant d’une mégalomanie consternante, Jeff Koons n’aurait en effet pas pu se contenter d’un vulgaire article indéfini.

Suivant un parcours chronologique classique et peu novateur, l’exposition débute avec les premières œuvres de Koons qui n’avaient en son temps que suscité les moqueries de ses confrères. Et cette série, l’artiste l’a modestement baptisée « The New » car je cite « Moi, Jeff Koons, I am the New et je m’impose comme le nouveau. » L’artiste américain a en effet un fort besoin d’affirmation voir d’appropriation. Quand il parle du buste de Louis XIV qu’il a imaginé, il ne dit pas Louis XIV pour le désigner mais « mon Louis XIV ». C’est peut-être en cela que Bernard Blistène, également commissaire de l’exposition, lui voit une intelligence profonde, en précisant qu’ « il détient une connaissance rare de l’histoire de l’art et de son fonctionnement… » Allez savoir. En tout cas, cette rhétorique légèrement trébuchante me laisse pour ma part bien septique.

Jeff Koons - New Shelton Wet-Dry Tripled 1981
Jeff Koons – New Shelton Wet-Dry Tripled, 1981

En bon communiquant, Jeff Koons cite Bourdieu #laDistinction, se refuse à tout jugement de goût et entend par son œuvre résoudre la contradiction entre culture élitiste et culture populaire. N’oublions pas que l’art moderne s’est constitué sur des disparités violentes… Alors, heureusement que Monsieur Koons, en dernier des pop, est là pour se confronter à la banalité. De plus, inutile de « mettre en question le bien fondé de ce que l’on fait puisque tout ce que l’on fait est une affirmation. » L’art réside dans l’acceptation de la vie, self acceptance. Je vous laisse méditer sur le sujet… fin de l’épreuve à midi tapant !

Par son discours, Jeff Koons, vous l’aurez compris, évite de dire ce qu’il y a en creux dans ses œuvres… à moins qu’elles le soient tout simplement.

Atteint d’un syndrome clinique, celui de Peter Pan, « qui n’est pas d’une gravité extrêmement importante » pour reprendre les mots de Bernard Blistène, Jeff Koons enchante ses œuvres de son âme d’enfant nostalgique. Sur ce point, je ne lui en veux pas et je dois dire que c’est aussi sa marque de fabrique avec son obsession pour la perfection. En grande aficionado de l’art pompier –Bouguereau si tu m’entends-, je suis moi-même très attachée à la technique et à l’idée que les œuvres doivent être bien finies mais ici, tout est parfois si lisse que ça en devient presque ennuyeux.

« Aucune œuvre ne témoigne de la misère du monde. Rien sur son état. Toujours plus de joie, de lumière, d’enfance. C’est la monde des apparences, c’est assumé et ça fait partie de sa démarche artistique » assure Bernard Blistène avec affront et moi de me retenir d’ajouter, collée à 2 cm de son visage, « mais, de quelle démarche artistique parle-t-on au juste ? » J’ai vraiment l’impression d’être dans le monde superflat de Murakami et je suis lassée.

Jeff Koons - Made In Heaven 1989
Jeff Koons – Made In Heaven, 1989

Jeff Koons aurait pu par ailleurs m’amuser au début des années 90 avec la mise en scène de ses ébats amoureux avec la Cicciolina, actrice de films « pour adultes » mais là encore, le discours et la démarche me dérangent. « Nous sommes tous des voyeurs. Nous sommes tous face à la réalité. Nous devons cesser de regarder les choses de manière cachée. Notre société est pornographique. C’est la manière dont les choses viennent à nous. Et puis au delà de la pornographie, voyez plutôt le rapport amoureux, le fantasme de la femme aimée. »

Je conçois complètement que l’érotisme -et par extension la pornographie- soient des sujets essentiels de l’histoire de l’art, je suis moi-même très sensible à la question mais pardonnez-moi, exposer un close-up du sexe de Koons en érection pénétrant celui de la sulfureuse Cicciolina n’apporte rien à l’art d’aujourd’hui. Vraiment, j’ai du mal à comprendre comment une institution comme le Centre Pompidou avec son audience et sa réputation peut laisser passer ce type de production artistique narcissique. A cela, Bernard Blistène répond : « J’espère que vous en avez vu d’autres dans votre vie. Soyons honnêtes, Koons ne fait que montrer ce que nous refusons de voir : c’est l’incarnation de la vie. Il s’adonne en quelque sorte à un jeu de rôle. Et vos enfants peuvent aujourd’hui trouver ce genre de choses en un clic sur Internet. »

Encore, une fois, je ne perçois pas l’intérêt tant intellectuel qu’esthétique. Après, je ne dis pas que tout chez Koons est mauvais, je trouve simplement l’absence de discours beaucoup trop facile et légèrement de mauvaise foi. Bien entendu, son art est à l’image de notre société contemporaine qui de l’ère de la consommation est passée à la communication, au culte des images, mais ensuite ?

Jeff Koons  - Gazing Ball Adriadne 2013
Jeff Koons – Gazing Ball Adriadne, 2013

Bien que maître de son langage, je pense enfin que Koons gagnerait à être plus humble et arrêter de se convaincre -à titre d’exemple- que les moulages originaux du musée du Louvre ne sont pas assez parfaits pour réaliser ses Gazing Balls.

Ne soyons pas des moutons condamnés au mutisme et aux règles dictées par le marché de l’art et ses grands collectionneurs. La création contemporaine jouit d’un champ des possibles extrêmement large et d’une grande ouverture d’esprit alors n’oublions pas notre esprit critique, souvent biaisé par les mondanités.

« Koons, un personnage, une fiction, une construction » certes mais gardons les pieds sur terre : les grands orateurs ne sont pas toujours les grands bienfaiteurs.

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