Pharrell Williams commissaire d’exposition, coup de pub ou coup de génie ?

Murakami Pharrell
Takashi Murakami « Portrait of Pharrell and Helen Williams »

Juger cette exposition, ouverte lundi soir en grande pompe dans le nouvel espace de la Galerie Perrotin, m’a confrontée à la même difficulté d’appréciation que le supermarché Chanel de Karl Lagerfeld. On emploie les grands moyens, ça amuse la galerie, les peoples sont au rendez-vous et surtout les médias en parlent. Faire preuve de discernement face à tout cela devient souvent un exercice périlleux.

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JR, Jean-Michel Othoniel et Daniel Firman

Pharrell Williams s’improvise commissaire d’exposition. Je serais presque tentée de dire un brin ironique : « [Ça] me plait. Quel événement ! » pour plagier les mots de Duras, dans Hiroshima, mon amour. En effet, devant la nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la starification grandissante des commissaires d’expositions dans l’art contemporain mais aussi sur leur légitimité. Moins formatés que les traditionnels conservateurs, les commissaires d’exposition – du latin curator, qui prend soin – ne se contentent pas d’être experts en histoire de l’art, critiques ou écrivains. Ils cherchent au contraire à sortir des sentiers battus en prenant de vrais partis-pris. Ils font bouger les lignes, provoquent de l’inattendu, apportent un vent frais à la manière des directeurs artistiques des grandes maisons de mode. Et étant donné qu’il n’y a pas de formation type pour atteindre ce graal, s’autoproclamer commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui pratique courante.

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Face à sa nouvelle fonction, le chanteur touche-à-tout fait tout de même preuve d’humilité et se considère encore en apprentissage… « Avec les artistes visuels, je suis comme un étudiant, j’apprends tellement à leurs côtés. » Pharrell, génie surdoué de l’industrie musicale mais pour l’heure, encore « baby curator ».

Celui dont les ritournelles Get Lucky et Happy nous font danser mécaniquement depuis plusieurs mois, souhaite rendre ici hommage aux femmes. Vaste programme, et des plus délicats…! Ceci dit, en s’inscrivant dans la lignée patronymique de son album baptisé « G I R L », Pharrell a déjà le mérite de faire preuve de cohérence. Mais bizarrement en découvrant l’exposition, je n’ai pas vraiment l’impression que les femmes soient au cœur du propos : elles m’apparaissent davantage en support qu’en véritable sujet. D’autant que Pharrell ne recule pas quand il s’agit de faire preuve de narcissisme voire de mégalomanie, à l’image de cette sculpture faite de résine et de verre brisé que Daniel Arsham a tout spécialement concocté pour l’occasion et qui semble nous murmurer « Pharrell, ce Dieu tout puissant ».

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En s’auto-adulant, l’apprenti-commissaire nous fait vite perdre le fil de l’exposition qui s’apparente davantage à une accumulation de grosses pointures de l’art qu’à un véritable dialogue créatif. Bien sur, l’exposition reste très premier degré et n’entend pas révolutionner nos idées sur le féminisme. Si vous recherchez quelque chose de plus sensible et profond, filez voir Chen Zhen avant le 07 juin dans l’espace principal de la Galerie au 76 rue de Turenne. Ici, les œuvres doivent être prises sur le ton de l’humour, comme ce « savoureux » cliché de Terry Richardson qui, en phase avec sa réputation sulfureuse, dévoile un sexe féminin orné au trois quart d’une friandise portant la mention « eat me ». Tout un poème…

Terry Richardson, Eat me

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Mais elles sont parfois aussi un peu plates comme ce nu sans intérêt de Alex Katz, artiste que j’admire pourtant profondément. Il semblerait que la déception fasse aussi partie des émotions artistiques.

Sur les 37 artistes représentés, 18 sont des femmes, de quoi presque contenter les inconditionnels de la parité ! Les Guerillas Girls clin d’oeil à l’exposition « elles@centrepompidou » ouvrent le bal, s’en suit Cindy Sherman désarmante de simplicité ou encore Aya Takano, fidèle du crew Perrotin dont l’univers manga touche par sa charge érotique innocente. Les références sont là mais la magie ne s’opère pas instantanément. Heureusement, l’exposition finit à mon sens en beauté. Car si elle fait la part belle dans sa majorité au clinquant et au bling-bling, la dernière salle qui réunit entre autres, Sophie Calle, Germaine Richier, Prune Nourry et Paola Pivi, rehausse enfin le ton et apporte de la substance à cette vaste machinerie commerciale.

Devant la frénésie aveuglante du marché de l’art et de façon plus générale de l’industrie du luxe, chacun est libre en effet de défendre sa propre esthétique et son sens critique… sans oublier de se laisser guider par l’essentiel : l’émotion.

Vue Girl

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Agenda Culturel printemps 2014

« Robert Mapplethorpe » , Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

C’est la première grande rétrospective en France, consacrée à cet « enfant terrible » de la photographie. Rassemblant plus de 250 clichés, l’exposition jette un regard plutôt timoré sur l’oeuvre subversive de Mapplethorpe de 1970 à sa mort précoce en 1989.

Mapplethorpe

Sexualité et pornographie sont en effet au coeur de sa démarche esthétique et de sa quête effrénée de perfection dans un New-York en pleine libération des moeurs. Les corps sont sculpturaux, puissants, masculinisés à souhait, presque faits de marbre et d’acier. Les fleurs se font à la fois délicates et sulfureuses, rappelant le travail pictural de O’Keefe dans les années 20. « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs«  disait-il

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Une partie de l’exposition est consacrée à sa muse Patti Smith tandis qu’une pièce interdite aux moins de 18 ans, sorte d’enfer contemporain, dévoile les oeuvres les plus « sexuellement explicites ». Une série de portraits rassemblent enfin les plus grands avec entre autres Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Grace Jones, Cindy Sherman, Deborah Harry, Louise Bourgeois. Saurez-vous les reconnaître ? A l’image de Newton en 2012, cette rétrospective demeure toutefois trop courte et restreinte dans cet espace dénué de toute mise en scène. A regret.

Mapplethorpe

« Henri Cartier-Bresson », Centre Pompidou, jusqu’au 13 juillet 2014

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des aspects autres de sa personnalité comme son engagement politique et son expérience du septième art. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

La scénographie manque toutefois d’audace (comme souvent dans les expositions photos) et la densité quasi-encyclopédique de oeuvres présentées étouffe dans l’espace confiné de la galerie 2… Dommage !

Henri Cartier-Bresson

« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Galliera, jusqu’au 25 mai 2014

 » I always felt we were selling dreams, not clothes. » Irving Penn

« J’étais intéressé par le sentiment du hasard, je voulais introduire la réalité de la vie dans ce monde artificiel. » Alexandre Liberman.

"Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild" Bert Stern (1962)
« Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild » Bert Stern (1962)

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue – environ quatre-vingts photographes – mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W.

Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires. Une jolie surprise, à ne surtout pas manquer que vous soyez un aficionado de photographie ou de mode.

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« Debbie Dickinson & Christie Brinkley » Albert Watson (1977)
 « L’Etat du ciel », Palais de Tokyo, jusqu’au 07 septembre 2014

edc-part1Autour d’une thématique au ton grave et éminemment politique, le Palais de Tokyo nous invite cette saison à réfléchir « aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et ce, à travers les propositions d’une dizaine d’artistes, dévoilées en trois volets.

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Le parcours débute avec Histoire de fantômes conçue par Georges Didi-Huberman en hommage à l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg. Basée sur le thème de la lamentation, cette installation spectaculaire mêle vidéos projetées au sol, alternance de sons à la vocalité troublante et photographies de Arno Gisinger. Multi-sensorielle, elle nous incite à méditer sur notre faible condition au regard de l’Histoire et du nécessaire devoir de mémoire. 
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Une oeuvre qui fait écho au travail remarquable de Angelika Markul, Terre de départ. Avec le film « Bambi à Tchernobyl« , l’artiste nous confronte à une réalité que nous préférerions oublier, celle d’un passé honteux, d’une ville fantôme où la nature a progressivement repris ses droits face à une catastrophe écologique majeure. Par une réflexion globale et philosophique, l’artiste s’interroge ainsi sur la force des éléments et les erreurs de l’homme en inversant le flux des chûtes d’Iguaçu dans une vidéo qu’elle confronte à une installation transposant les conséquences dramatiques des accidents pétroliers et des marées noires. Bouleversant.
Petit bémol pour David Douard, dont la proposition « Mo »swallow » ne m’a pas émue et m’a même légèrement excédée. Protéiforme, cette première monographie entend questionner la toxicité de notre monde contemporain, les « maladies du réel » qui se propagent à la vitesse d’une rumeur. Un propos confus qui se disperse dans des réalisations plastiques  hermétiques et au discours incantatoire pour un visiteur non-averti.
« Alex Katz, 45 Years of Portraits. 1969-2014 », Galerie Thaddaeus-Ropac, jusqu’au 12 juillet 2014

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous !

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Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement !

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A venir :

Dries Van Noten, Inspiration, au Musée des Arts Décoratifsjusqu’au 31 août 2014

L’Etat du ciel, Partie 2, dès le 25 avril 2014

Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dès le 25 avril 2014

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabokov, dès le 10 mai 2014

Agenda culturel Hiver 2014

Pour bien commencer l’année et achever l’hiver en beauté, voici quelques expositions pour s’inspirer et se ravir l’esprit.

« The Happy Show », La Gaïté Lyrique, jusqu’au 9 mars 2014

Happy Show

Stefan Sagmeister, graphiste de formation, nous invite à explorer le bonheur à travers une exposition ludique et multisensorielle. Films d’animation, maximes recopiées sur les murs de type « s’inquiéter ne résout rien », installations en tout genre : vélo à énergie lumineuse, distributeur de chewing gums à choisir en fonction de son degré de happiness, défis à accomplir et autres expériences interactives sont au rendez-vous. Petit bémol néanmoins, la partie mettant en lumière les théories socio-économiques du bonheur (pyramide de Maslow, lien avec l’amour, l’argent, la drogue etc.) est à mon sens un peu simpliste voir parfois franchement caricaturale. Si « cette exposition ne vous rendra pas plus heureux » – mise en garde de l’artiste – pensez cependant à réserver vos places le week-end. Des nocturnes sont prévues pour les quatre derniers jours de l’exposition.

« Alex Katz, 45 ans de portraits, 1969-2014 », Galerie Thaddaeus Ropac, du 02 mars au 12 juilet 2014

Katz travaillant sur l'une de ses toiles

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous ! Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement ! Vernissage le 02 mars de midi à 17h.

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« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Gallieradu 1er mars au 25 mai 2014

Papier Glacé, Galliera

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue, environ quatre-vingts photographes, mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W entre autres. Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires.

Alber Watson Vogue US 1977

 

« Henri Cartier-Bresson »Centre Pompidoujusqu’au 9 juin 2014 

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des œuvres plus inédites et méconnues. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

Henri Cartier-Bresson

 

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