FIAC 2011

Exit la Cour Carrée du Louvre. Cette année, la FIAC s’est concentrée sous la verrière du Grand Palais pour les grandes galeries et au premier étage pour les galeries émergentes. 168 exposants ont été réunis : la sélection fut drastique.

Deux jours après la fin de cette 38ème édition, l’heure est au bilan. Certains s’exclament déjà, à l’instar de Lorenzo Rudolf- qui a pendant longtemps été directeur de la Art Basel- que l’édition 2011 fut « l’une des plus belles FIAC depuis très longtemps ». Certes.

Personnellement, c’est la 4ème année consécutive que je visite la FIAC ce qui me permet d’avoir un certain recul pour juger de la qualité d’une telle manifestation. En tant que simple amatrice d’art moderne et contemporain (et non, je n’ai malheureusement pas encore le statut de collectionneur), je reprocherais à cette édition d’avoir un peu trop été l’apanage des grandes galeries (Perrotin, Gagosian, Continua, Applicat-Prazan, David Zwirner, Cheim & Read, Thaddaeus-Ropac etc.) qui se sont pour la plupart focalisées sur des valeurs sures et des artistes que l’on connaît déjà (Will Delvoye, Xavier Veilhan, Murakami, Anish Kapoor, JR, Hirst, Basquiat pour n’en citer que certains). Les ventes ont été bonnes pour eux mais pas de surprise et peu de place à mon sens pour la découverte de nouveaux talents. Et je ne suis pas en train de dire que je n’apprécie pas ces artistes. Mais mon oeil a besoin de voir autre chose qu’un mini-Warhol ou un énième Richard Prince.

L’Art Contemporain est souvent assez mal perçu et je suis la première à déplorer mes manques en la matière donc je me montre facilement « blasée » surtout lorsque je découvre toujours les mêmes avant-gardes, les mêmes classiques (cf. Hantaï chez Zlotowski ou Dubuffet, Nicolas de Staël, Soulages chez Applicat-Prazan). Après c’est une question d’attente. Je suis d’une manière générale très portée sur la sculpture et la peinture contemporaine et parfois moins portée sur l’installation ou la vidéo, plus conceptuelle. J’ai donc été heureuse de voir par exemple des sculptures de Tony Cragg, Shapiro, Anthony Gormley (chez Thaddaeus Roppac et ailleurs) ou encore cette poupée grandeur nature colorée de Yayoi Kusama (chez Victoria Miro). J’ai également repéré dans une galerie allemande (Contemporary Fine Arts) un peintre qui me plaît beaucoup et qui s’appelle Marcel Eichner. Affaire à suivre :-)

Et, je ne saurais l’oublier, gros coup de coeur pour Ida Tursic & Wilfried Mille (ou I&W) représentés par les galeries Almine Rech et Pietro Sparta, que j’ai découvert il y a 2 ans par l’ouvrage « Qu’est-ce que la peinture aujourd’hui ? » (Beaux Arts Editions).

Ce fut donc une FIAC de qualité par le contenu mais assez inégale, pas toujours cohérente, ni très originale.

Un point sur lequel j’ai bien entendu été sensible c’est l’internationalisation accrue des galeries avec la présence de plusieurs exposants sud-américains (Brésil avec Vermelho, Luisa Strina, Mexique avec Kurimanzutto etc.) et sud africain (Goodman Gallery).

Par ailleurs, je doute malheureusement que la majorité des visiteurs se soient aventurés au 1er étage pour voir les galeries émergentes… Enfin, c’est une grande manifestation dont il est difficile de capter un regard exhaustif. Je passe moi-même systématiquement à côté des certains œuvres ou artistes et ce n’est pas par manque de volonté.

Je m’arrête volontairement ici dans l’analyse  car ce n’est pas le propos de mon article et vous livre quelques photos de ma visite personnelle.

Rendez-vous à Bâle en juin (si mon emploi du temps le permet) !  I hope so :-)

Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat

Entre fiction et réalité, Anaid Demir nous plonge le temps d’un roman aux côtés de Jean-Michel et de ses dernières heures d’existence.

En reprenant des faits bien connus sur l’artiste – son ascension fulgurante sur le marché de l’art, son addiction aux drogues, son amitié avec Warhol, la non-acceptation de sa mort, son goût pour le Brooklyn Museum, son histoire familiale, l’accident de voiture dont il a été victime enfant, sa relation avec Madonna etc. – l’auteure imagine ce qu’aurait pu faire Jean-Michel dans ce new-york caniculaire de l’été 88, avant de succomber à son dernier fix d’héroïne qui lui sera fatal.

« L’amour, la dope, la peinture. Rien d’autre. Same old shit. Le même plaisir. Tour cela rapproche de la mort. »

Au fil des pages, le récit s’envole et l’on ne parvient plus à démêler le faux du vrai (les plus avertis auront tout de même une petite idée sur la question) mais qu’importe ! On se surprend ainsi à être le témoin de scènes loufoques comme celles où l’on retrouve la mère de Basquiat dans une discussion posthume avec Warhol à la Fabric, Basquiat détruisant dans une performance inouïe de fausses toiles peintes en son nom dans une galerie new-yorkaise, Basquiat s’entretenant avec Madonna (alias Louise Veronica Ciccone) sur sa future cure de désintoxication ou encore Basquiat projetant une soirée avec Keth Haring avec concert de Michael Jackson à la clé.

On se prend d’ailleurs au jeu et on a même envie de croire un instant (bien que ce soit impossible) que Jean-Michel n’y passera pas, qu’il ira retrouver Jennifer son amour perdu, s’envolera pour Abidjan en Côte d’Ivoire et guérira de l’enfer de la drogue grâce aux actions salvatrices des guérisseurs senoufos au coeur de ses racines.

Malheureusement, Jean-Michel a signé son arrêt de mort à l’aube de sa vraie vie d’adulte.

« Les médecins concluront dans quelques jours à une mort par intoxication due à une prise massive de drogues à base d’opiacées et de cocaine. Il serait plus simple de dire : overdose. Sans entrer dans les détails. Le premier artiste noir à entrer au panthéon artistique des Blancs est décédé à l’âge de vingt-sept ans d’une overdose. Comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin. Et comme Rimbaud, comme James Dean et bine d’autres, il a gagné la jeunesse éternelle avant d’atteindre ses trente ans. En moins d’une dizaine d’années et une production abondante, le petit prince de Brooklyn a marqué son époque. »

Ah, hélas,  quand je pense que J-C de Castelbajac a eu la chance de le rencontrer, j’en reste de marbre… La couverture avec le visage de Jean-Michel est d’ailleurs dessinée de la main du créateur (comme pour cet autre livre intitulé Bordel, présent ci-dessous). Un bel hommage pour cette figure de la mode qui n’a jamais cessé de s’intéresser à l’art et à la vie des artistes.

Pour compléter votre lecture

Ouvrage collectif où une vingtaine d’auteurs imaginent des histoires plus loufoques les unes que les autres autour de Jean-Michel.

Certaines se détachent du lot :

Le cimetière de mes globules rouges où Roxane Duru revient sur l’accident de Jean-Michel survenu à ses sept ans et le cadeau que lui fait sa mère Mathilde, le « Henry’s Gray’s anatomy of the human body » à l’origine d’une grande partie de son inspiration dans ses futures peintures.

« Alors, j’ai commencé à reproduire à l’identique ces gros crânes perforés, ces artères grandiloquentes, ces veines intercostales infinies, ces ramifications succintes entre les reins, le gros intestin puis le moyen, le tube digestif à moitié tronqué, des aortes sanguinolentes, des trachées de travers, des tibias fracassés, des ligaments en étoile de mer. J’ai appris que l’être humain était réductible. J’ai appris que nous étions que des corps encombrants et que pour s’en débarasser une bonne fois pour toute, la chirurgie possédait des méthodes très efficaces. Je retrace avec application chaque ligne de cet imagier fantastique ».

Ma vie avec Louis Lanher et Jean-Michel Basquiat de Adeline Grais-Cernea qui relate avec ironie l’histoire d’une jeune dame de cantine par défaut qui via son colocataire, rencontre Jean-Michel installé temporairement sous son toit. La fin est particulièrement cocase, je n’en dirais pas plus :-)

D’autres sont clairement sans intérêt.

Jean-Michel Basquiat dans Sucrette Story de Thomas Lélu. Récit sous forme de pièce de théâtre à l’humour décalé, à la limite du vulgaire…

HOMMAGE DE JOHNNY DEPP (traduction Virginie Despentes)

« Certaines de ses oeuvres me tuent et d’autres ne me font absolument aucun effet. Mais une fois que tu es touché, tu peux soit être dévoré par une espèce de quiétude intérieure, soit te retrouver plié en deux d’un fou rire énorme et douloureux. Car quels que soient l’honnêteté, l’histoire ou le vécu qui jaillissent à travers ses dessins, peintures, objets, écrits ou autres… son sens de l’humour est assassin.Jusque dans son travail le plus poignant, son diabolique sens de l’absurde éructe, sans aucun filtre. Tout comme ses déceptions sincères concernant l’humanité, ou les espoirs qu’elle lui inspirait.

Les symboles forts qui viennent à l’esprit : la couronne, l’auréole d’épines, les portraits écorchés, les organes vitaux pulsant le sang bleu dans les veines, ou les organes vidés de toute vie, ses héros d’enfance Hank Aaron et Charlie Parker, etc. sanctifiés pour l’éternité, l’hommage à ses ancêtres, références incessantes à son enfance…  Il s’est ouvert, comme on ouvre une boîte de sardines, pour que nous puissions tous venir y picorer, alors qu’en réalité c’est lui qui nous dévore. Il n’a jamais été capable de dissimuler ni ses émotions ni ses influences. Il reconnaissait publiquement celles de Cy Twombly, Picasso, les assemblages de mots de William Burroughs et de Brion Gysin, Andy Warhol, Léonard de Vinci, le be-bop, les émissions de télé ou les dessins animés. Il pouvait même trouver l’inspiration dans les dessins des enfants de ses amis. Ses assauts chaotiques prenaient source dans le réservoir infini d’une culture américaine dans laquelle il se noyait presque, et pour laquelle il avait une compréhension profonde, mêlée à une intense confusion.

Quand on observe son travail, il est difficile de ne pas remarquer le soin presque pervers apporté au moindre détail brut, une sensation de concentration précisément distraite. Aussi crue soit l’image, aussi rapide semble l’exécution, les moindres trait, ligne, rature, goutte, empreinte de pied, de doigt, mot, lettre, déchirure et imperfection sont là uniquement parce qu’il a permis qu’ils soient là.

Chaque fois que je regarde ses peintures ou dessins, ils prennent vie sous mes yeux ; et si Jean-Michel Basquiat était resté dans le coin un peu plus longtemps, j’aime imaginer qu’il se serait finalement tourné vers l’animation, au moins pour un temps, combinant sa musique, son langage et ses dessins en une mouvance peut-être plus facilement acceptable pour les honneurs et les cadres, mais qui aurait ouvert les vannes afin que ses messages attaquent les foules. Quelque chose d’équivalent au Thank You Masked Man de Lenny Bruce, une arme ingénieuse qui lui aurait permis de répandre ses tirades célestes sur le monde, sans que le marteau de la censure ne vienne l’écraser.

Si Jean-Michel Basquiat avait survécu aux temps qui l’ont finalement emporté loin de ce monde, qui sait ce qu’il aurait été capable de faire. Les possibilités sont infinies. Rien ne peut remplacer la chaleur et l’immédiateté de la poésie de Basquiat, ni les questions et les vérités définitives qu’il transmettait. La musique, belle et dérangeante, de ses peintures, la cacophonie de son silence, prenant nos sens d’assaut, résonneront bien au-delà de nos respirations. Basquiat était, Basquiat est musique… primitive et féroce. »

Basquiat au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris : derniers jours !

FB_BasquiatDépêchez-vous : le MAM vous accueille jusqu’au 30 janvier 2011 de 10h à 18h en semaine et le jeudi jusqu’à 22h en nocturne.

L’exposition est organisée chronologiquement en douze salles qui retracent huit années de production artistique. Une courte biographie reproduite à l’entrée de l’exposition vous permettra de situer l’artiste, ses origines, ses influences, son environnement.  En revanche, ne vous attendez pas à avoir des explications détaillées sur une sélection d’œuvres phares, il n’y en a malheureusement pas. Seul un mince dépliant est distribué et il est très synthétique[1]. Malgré tout, l’exposition est riche et permettra d’apprécier à sa juste valeur  la singularité de l’œuvre de Basquiat.

Des graffiti poétiques sur les murs de Downtown Manhattan avec SAMO[2] à sa collaboration avec Warhol, le visiteur découvrira peu à peu l’art de cet autodidacte de Brooklyn. Un art qui a la particularité de redonner un second souffle au modernisme par une figuration délibérément libre qui se pose à contre courant de l’art conceptuel et de l’art minimal de l’époque. Basquiat reprend tout ce qui l’entoure ou le définit (culture hip-hop, publicité, mythologie vaudou, dessins anatomiques, bande dessinée etc…) et en a fait le sien. Il célèbre également d’une couronne dorée les grands boxeurs afro-américains et les chanteurs de jazz pour lesquels il vouait une grande admiration.

Par son usage des couleurs, des mots et des codes de la société américaine, Basquiat mêle ainsi primitivisme à un expressionisme violent ce qui confère à ses toiles une force explosive sans précédent. « Si vous  »lisez » à voix haute les toiles… la répétition, le rythme… vous pouvez entendre Jean-Michel penser » déclara à ce titre Fab 5 Freddy, ami graffeur de l’artiste. Et c’est bien de ça qu’il s’agit : les tableaux de Basquiat sont magiques car ils dialoguent avec vous et c’est hanté par ses questionnements sur l’existence et la mort, que vous sortirez de l’exposition.

Ses dernières toiles empreintes d’un élan moribond, semblent en effet annoncer tel un rêve prémonitoire le destin tragique de l’enfant radieux. Mention spéciale pour « Pegasus », sorte de rébus et d’amoncellement de mots qui s’enchainent, s’excluent et s’effacent, que vous pourrez longuement analyser avant de quitter les lieux. Un grand regret que « Riding with Death », une danse macabre entre l’artiste et la mort hautement symbolique, soit absent de la rétrospective. Vous pourrez malgré tout, voir à quoi ressemble cette toile à la fin de n’importe quel livre d’art portant sur Basquiat ou bien entendu sur Google mais c’est plus noble dans un livre, n’est-ce pas ?

Elevé au rang d’icône par sa courte et effervescente existence, « Jean-Michel a vécu comme une flamme. Il a brûlé de manière très vive. Puis le feu s’est éteint. Mais les braises sont encore rouges » comme l’a si bien dit Fab 5 Freddy à sa mort. On ne peut s’empêcher de croire qu’il est parti trop tôt,  à un moment clé où son art et sa créativité commençaient enfin à se préciser et à s’affirmer…


  • [1] Vous avez également la possibilité d’acheter aux caisses un guide de l’expo pour 4 euros
  • [2] « Same Old Shit »

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