Surface to Air : au delà de la mode

Article illustré d’une série mode et art réalisée par Jean Picon pour Surface to Air (collection Automne-Hiver 2014)

A mi chemin entre les différents champs de la création contemporaine, Surface to Air voit le jour à l’aube des années 2000 à Paris avec à sa tête, Jeremie Rozan, Aldric Speer et Santiago Marotto. Au départ studio de création pour des labels de musique, l’aventure mode commence en 2004 avec une première collection homme. Complétée en 2007 par la femme, les pièces se démarquent par « un mélange d’allure parisienne et de sportswear américain contemporain » qui font de Surface to Air un véritable life-style.

Photo : Jean Picon - Palais de Tokyo - "Flamme Eternelle" par Thomas Hirschhorn
Photo : Jean Picon – Palais de Tokyo – « Flamme Eternelle » par Thomas Hirschhorn

Sous l’impulsion de Aldric Speer, directeur de la création, la marque ainsi baptisée en référence aux missiles anti-aérien s’inscrit rapidement dans une succession de collaborations à la croisée de la musique, de l’art et du cinéma. C’est ainsi que Justice entre dans l’histoire créative de Surface to Air quand Jeremie Rozan réalise en 2006 le clip vidéo de « We are your friends ». De cette rencontre née l’envie de collaborer à nouveau et le duo de musique électronique est invité en 2008 à imaginer deux vestes en cuir signature. Devenues des intemporelles pour la marque, le succès est immédiatement au rendez-vous.

Photo : Jean Picon - Monsieur Bleu
Photo : Jean Picon – Monsieur Bleu

La tradition est ensuite perpétuée par des personnalités remarquables à l’image de Kid Cudi, rappeur et star de HBO, Theophilus London jeune rappeur new-yorkais, Kim Gordon musicienne du groupe Sonic Youth, Alisson Mosshart chanteuse du groupe The Kills, Leigh Lezark, mannequin et DJ new-yorkaise ou encore Aaron Young, artiste américain. Tous contribuent à construire avec brio l’identité transversale de S2A en rassemblant les inspirations.

Photo : Jean Picon - Palais de Tokyo
Photo : Jean Picon – Palais de Tokyo

Dans cette lignée, Surface to Air a dévoilé avec fin juin sa toute dernière collaboration avec AIMKO lors d’un événement au flagship store de la rue Vieille du Temple : une collection capsule de quatre tee-shirts au design exclusif, orchestrée par le collectif Fuzlab.

Photo : Jean Picon
Photo : Jean Picon

Composé de Fabrizio Moretti, le batteur des Strokes et de Renald Luzier, dessinateur satirique pour le Charlie Hebdo, ce duo de dessinateurs a réalisé à quatre mains une frise géante à l’encre de Chine et au posca sur un rouleau d’imprimeur de 80m de long. Commencée en 2012 dans l’antre de la Galerie Perrotin et fruit de longs mois de travail, l’œuvre entend réinterpréter le mythe grec Thésée et le Minotaure.

Photo : Jean Picon
Photo : Jean Picon

Elle sera visible à la rentrée prochaine et dans son intégralité dans un lieu incontournable de la scène artistique contemporaine parisienne… Alors, afin de nous tenir en haleine, les deux artistes se sont pris au jeu d’une performance en répliquant en temps réel une partie de la frise sur le mur de la boutique iconique du Marais. De quoi contenter toutes les sensibilités !

Photo : Jean Picon Courtesy Galerie Perrotin
Photo : Jean Picon
Courtesy Galerie Perrotin

Compte tenu de cette identité protéiforme propre à Surface to Air, nous avons choisi de réaliser le shooting photo au sein du Palais de Tokyo et de la Galerie Perrotin afin de célébrer la rencontre de l’art et de la mode. Ce dernier met principalement en scène des pièces de la prochaine collection Automne Hiver 2014 dont les inspirations tirent leurs racines dans l’attitude et la féminité des femmes samouraïs. À la manière d’une armure, le corps est sublimé, sculpté grâce à des imprimés audacieux et des coupes pointues.

Photo : Jean Picon - Courtesy Galerie Perrotin - "Steel Eroded Compact Disc Sign" by Daniel Arsham
Photo : Jean Picon – View of / vue de l’exposition de Daniel Arsham « The Future is Always Now » – « Steel Eroded Compact Disc Sign » – Courtesy Galerie Perrotin

Et quoi de mieux pour célébrer la rencontre de la mode, l’art et la musique que les oeuvres de Dianel Arsham en toile de fond ? L’artiste new-yorkais est exposé à la Galerie Perrotin jusqu’au 26 juillet et dévoile ses dernières réalisations autour de l’univers musical. Suspendues dans un espace temps qu’on ne saurait identifier, des sculptures érodées comme des fossiles représentant guitares, platines, microphones, radio-cassettes troublent notre perception par leur étrange physionomie.

Pharrell Williams commissaire d’exposition, coup de pub ou coup de génie ?

Murakami Pharrell
Takashi Murakami « Portrait of Pharrell and Helen Williams »

Juger cette exposition, ouverte lundi soir en grande pompe dans le nouvel espace de la Galerie Perrotin, m’a confrontée à la même difficulté d’appréciation que le supermarché Chanel de Karl Lagerfeld. On emploie les grands moyens, ça amuse la galerie, les peoples sont au rendez-vous et surtout les médias en parlent. Faire preuve de discernement face à tout cela devient souvent un exercice périlleux.

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JR, Jean-Michel Othoniel et Daniel Firman

Pharrell Williams s’improvise commissaire d’exposition. Je serais presque tentée de dire un brin ironique : « [Ça] me plait. Quel événement ! » pour plagier les mots de Duras, dans Hiroshima, mon amour. En effet, devant la nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la starification grandissante des commissaires d’expositions dans l’art contemporain mais aussi sur leur légitimité. Moins formatés que les traditionnels conservateurs, les commissaires d’exposition – du latin curator, qui prend soin – ne se contentent pas d’être experts en histoire de l’art, critiques ou écrivains. Ils cherchent au contraire à sortir des sentiers battus en prenant de vrais partis-pris. Ils font bouger les lignes, provoquent de l’inattendu, apportent un vent frais à la manière des directeurs artistiques des grandes maisons de mode. Et étant donné qu’il n’y a pas de formation type pour atteindre ce graal, s’autoproclamer commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui pratique courante.

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Face à sa nouvelle fonction, le chanteur touche-à-tout fait tout de même preuve d’humilité et se considère encore en apprentissage… « Avec les artistes visuels, je suis comme un étudiant, j’apprends tellement à leurs côtés. » Pharrell, génie surdoué de l’industrie musicale mais pour l’heure, encore « baby curator ».

Celui dont les ritournelles Get Lucky et Happy nous font danser mécaniquement depuis plusieurs mois, souhaite rendre ici hommage aux femmes. Vaste programme, et des plus délicats…! Ceci dit, en s’inscrivant dans la lignée patronymique de son album baptisé « G I R L », Pharrell a déjà le mérite de faire preuve de cohérence. Mais bizarrement en découvrant l’exposition, je n’ai pas vraiment l’impression que les femmes soient au cœur du propos : elles m’apparaissent davantage en support qu’en véritable sujet. D’autant que Pharrell ne recule pas quand il s’agit de faire preuve de narcissisme voire de mégalomanie, à l’image de cette sculpture faite de résine et de verre brisé que Daniel Arsham a tout spécialement concocté pour l’occasion et qui semble nous murmurer « Pharrell, ce Dieu tout puissant ».

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En s’auto-adulant, l’apprenti-commissaire nous fait vite perdre le fil de l’exposition qui s’apparente davantage à une accumulation de grosses pointures de l’art qu’à un véritable dialogue créatif. Bien sur, l’exposition reste très premier degré et n’entend pas révolutionner nos idées sur le féminisme. Si vous recherchez quelque chose de plus sensible et profond, filez voir Chen Zhen avant le 07 juin dans l’espace principal de la Galerie au 76 rue de Turenne. Ici, les œuvres doivent être prises sur le ton de l’humour, comme ce « savoureux » cliché de Terry Richardson qui, en phase avec sa réputation sulfureuse, dévoile un sexe féminin orné au trois quart d’une friandise portant la mention « eat me ». Tout un poème…

Terry Richardson, Eat me

foto 2 alex katz

Mais elles sont parfois aussi un peu plates comme ce nu sans intérêt de Alex Katz, artiste que j’admire pourtant profondément. Il semblerait que la déception fasse aussi partie des émotions artistiques.

Sur les 37 artistes représentés, 18 sont des femmes, de quoi presque contenter les inconditionnels de la parité ! Les Guerillas Girls clin d’oeil à l’exposition « elles@centrepompidou » ouvrent le bal, s’en suit Cindy Sherman désarmante de simplicité ou encore Aya Takano, fidèle du crew Perrotin dont l’univers manga touche par sa charge érotique innocente. Les références sont là mais la magie ne s’opère pas instantanément. Heureusement, l’exposition finit à mon sens en beauté. Car si elle fait la part belle dans sa majorité au clinquant et au bling-bling, la dernière salle qui réunit entre autres, Sophie Calle, Germaine Richier, Prune Nourry et Paola Pivi, rehausse enfin le ton et apporte de la substance à cette vaste machinerie commerciale.

Devant la frénésie aveuglante du marché de l’art et de façon plus générale de l’industrie du luxe, chacun est libre en effet de défendre sa propre esthétique et son sens critique… sans oublier de se laisser guider par l’essentiel : l’émotion.

Vue Girl

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