Histoire d’un indémodable : le Carré Hermès

La Maison Hermès vient d’annoncer une nouvelle collaboration avec Rei Kawabuko qui s’apprête à réinterpréter le célèbre Carré Hermès dans une double collection (« Noir & Blanc » / « Couleurs ») en série limitée baptisée Comme des Carrés.

« J’ai toujours eu énormément de respect pour le savoir artisanal et la riche histoire de la maison Hermès », a déclaré la créatrice de Comme des Garçons. « J’ai été inspirée par le côté artistique des foulards Hermès. Leurs carrés représentent beaucoup plus que des foulards. Je souhaite créer une plus-value en y ajoutant une dimension supplémentaire. En combinant des imprimés classiques avec des images abstraites nous avons vraiment pu changer le carré Hermès. »

L’occasion ici, de revenir sur plus de soixante dix ans de création autour de cette pièce iconique du sellier français.

Le carré Hermès est la quintessence même du luxe : une soie d’une qualité incroyable travaillée dans les ateliers lyonnais de la maison, des ourlets entièrement cousus à la main, des colorants végétaux.

Accessoire mythique, au sens de Roland Barthes, le carré Hermès a su en effet marquer son époque tout en s’inscrivant dans une certaine intemporalité.

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En Octobre 2009, la Maison a publié un ouvrage éponyme consacré au célèbre foulard qui mêle photographies, illustrations et commentaires. Ecrit par Nadine Coleno et illustré par Isabelle d’Hauteville, ce « beau livre » invite à la découverte et l’on se plait à détailler chaque carré à la manière d’une toile. Et c’est finalement là que toute la force du carré Hermès s’exprime, à travers sa créativité sans cesse renouvelée.

Le premier modèle Jeu des omnibus et des dames blanches a été imaginé par Robert Dumas en 1937. Fort de sa passion pour le dessin et avec l’appui de spécialistes, d’autres modèles voient le jour à l’image  du célèbre Bride de Gala crée par Hugo Grykar, l’un des carrés les plus en vendus à l’heure actuelle.

Depuis, la Maison Hermès a convoqué des centaines de dessinateurs, artistes, créateurs afin d’élaborer des motifs exclusifs et inédits. A ce jour, on compte plus de 1500 références qui témoignent de l’attachement de la  Maison pour les arts, la culture, la mode et  bien entendu la tradition équestre.

En 1978, Charles-Louis Dumas perpétue la tradition instaurée par son père et invite des artistes à raconter chaque année de nouvelles histoires autour des valeurs de la Maison.

En 2003, Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès, fait appel à Balie Baret pour concevoir de nouvelles collections. Elle  apporte un nouveau souffle au carré tant au niveau de ses dimensions que de ses motifs en inventant une technique de tissage révolutionnaire « Sois belle ».  Elle est aujourd’hui directrice artistique de la soie féminine.

En parallèle, la maison Hermès a depuis les années 2000 ouvert un dialogue avec l’art contemporain.

Daniel Buren a ainsi en 2000 inauguré la Verrière, espace d’art contemporain de la Maison Hermès situé à Bruxelles. Il a également imaginé en 2006 une installation in situ « Filtres colorés » pour l’atelier de Dosan Park à Séoul. En 2010, il revisite le carré Hermès en mettant en scène des « photos-souvenirs » surprenantes (une fleur, un paysage, un coucher de soleil) qu’il encadre de ses célèbres rayures colorées.

Déjà en 2008, la Maison rendait un Hommage au Carré en s’inspirant du travail Joseph Albers, peintre allemand initiateur de l’art optique. Le résultat est à mon sens sublime tant sur le plan technique qu’esthétique. Je rêve souvent de ce carré dans sa version sur tons bleus « Greek Island », que j’imagine déjà en salles de ventes aux enchères dans quelques années à des prix bien supérieurs à sa valeur intrinsèque… Mais qu’importe, ces variations chromatiques me touchent ;-)

La troisième édition du projet « Hermès éditeur » fut animée par l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto. Baptisé Couleurs de l’ombre,  ces oeuvres-foulards retranscrivent un spectre lumineux se réfléchissant sur un prisme de verre.  Malgré un prix tout de même conséquent (environ 7000€, chaque modèle étant limitée à 7 exemplaires), l’artiste ironise et affirme avec humilité «Les couleurs, la composition, évoquent presque les peintures de Mark Rothko. Mais ça reste quand même beaucoup moins cher et puis, surtout, on peut les porter autour du cou!»

Autre fait notable. Pour la collection automne-hiver 2011-2012, Hermès a succombé à la vague du street en faisant appel à un graffeur Kongo qui a proposé plusieurs modèles inspirée de l’univers urbain et décalé des tags. Une série surprenante intitulé Graff qui tranche avec l’identité visuelle traditionnelle de la marque mais dont on doit saluer l’audace.

Art Contemporain Paris : Monumenta 2012 et la Triennale

Monumenta 2012, Daniel Buren, Excentrique(s) Travail in situ, Grand Palais, jusqu’au 21 juin 2012

Monumenta est une initiative du Ministère de la Culture et de la Communication qui a pour but de rapprocher le grand public de l’Art Contemporain, cette frange de l’Art qui a souvent la réputation d’être hermétique et plus difficile à appréhender. Le principe est simple : pendant 5 semaines, un artiste est invité à  concevoir une œuvre éphémère et magistrale dans la Nef du Grand Palais.

Cette année, c’est Daniel Buren qui est à l’honneur avec une approche qui tranche volontairement avec l’édition 2011 orchestrée par Anish Kapoor dont la sculpture organique, gonflée à son paroxysme, occupait l’espace de façon notable. L’artiste de la bande rayée de 8,7 cm nous présente à l’inverse une œuvre beaucoup plus basse, à notre échelle, pour nous apprendre en quelque sorte à redécouvrir cet espace majestueux, à le voir d’un autre œil. Personnellement, il m’est apparu beaucoup plus petit qu’à l’accoutumée surtout lorsque je l’ai imaginé dans mes souvenirs, colonisé par les galeries lors de la FIAC.

Des « ombrelles » dont l’agencement a été réalisé d’après une formule mathématique perse, scandent le parcours sur fond de quadrichromie. Ici, j’emploie le terme de quadrichromie dans son sens le plus large possible puisqu’il est normalement usité pour désigner les quatre couleurs primaires que sont le bleu cyan, le rouge magenta, le jaune et le noir et qui sont à la base d’une image. Dans le cas de Buren, si le choix s’est arrêté sur du jaune, du bleu, du vert et du orange, c’est tout simplement parce que le matériel utilisé, du plastique PVC n’existait que dans ces quatre couleurs. Concevoir cette œuvre pour Monumenta résulte donc d’un ensemble de contraintes à la fois techniques et spatio-temporelles : l’artiste n’ayant que 7 jours pour mettre en place son oeuvre in situ. 

Pour ce projet « Ex-centrique », Daniel Buren a également revisité la verrière du Grand Palais en la colorant alternativement de bleu turquoise pour former un effet de damier étonnant qui accentue les rythmes concentriques de la verrière et renverse notre perception du centre de gravité. Perception qui se trouve d’autant plus troublée lorsqu’elle est le produit du reflet de miroirs, que Daniel Buren a installé au centre de son installation. Arrondis, ces miroirs font écho aux ombrelles, à la coupole et à la structure générale du Grand Palais qui comme le rappelle l’artiste est dans ses moindres détails en courbe et tourne autour de la figure du cercle.

Pour ma part, je trouve le résultat final joyeux et lumineux, surtout si le soleil est au RDV car cela permet aux couleurs de se refléter tout en rondeur sur le sol : l’idée étant de vivre une véritable expérience esthétique et chromatique.

« Dans une relation étroite avec l’architecture exceptionnelle de la nef, il propose au visiteur de traverser une forêt coiffée d’une canopée de disques colorés. Jeu de lumière savant qui évolue au fil des heures de la journée, rappelant les vitraux d’église autant que la géométrie des tapis persans, le travail de Daniel Buren, une fois de plus, s’attache à bousculer nos perceptions, dans la démesure« .

Éditorial de Frédécric Mitterand

La Triennale : Intense Proximité, Palais de Tokyo, jusqu’au 26 août 2012

Une grande ambition, celle de succéder à une formule un peu dépassée, baptisée lors des deux précédentes éditions « La Force de l’Art » dont l’objectif était de mettre avant l’Art Contemporain Français. Cette année, le concept a été revisité pour fonder une « Triennale » qui ne se cantonnerait pas à un patriotisme un brin malvenu. Selon les intentions de Okwui Enwezor et de ses quatre commissaires associés, la notion d' »Art Français » est par essence creuse dans notre monde contemporain où l’idée de transversalité prime.

De plus, cette troisième édition ne se tient plus dans la Nef du Grand Palais mais au Palais de Tokyo qui après d’importants travaux a vu sa surface d’exposition tripler et dans six autres lieux.

Baptisée « Intense Proximité », la « Triennale » entend autour d’un fil rouge, celui de l’ethnographie faire un « état des lieux de l’art contemporain au confluent de la scène française et des foyers de création internationaux ». Un ouvrage clé est au cœur de la réflexion : Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, texte relativiste qui questionne la place de la civilisation Occidentale en la confrontant à des cultures dites « primitives » à l’image des Indiens du Brésil (ci-dessous, tirage d’Alfredo Jaar)

Les supports sont divers : peintures, sculptures, installations, performance, concerts, dessins, films etc. bien que la vidéo reste le medium majoritaire. 120 « participants » ont été réunis et mêlent artistes, chercheurs, théoriciens, anthropologues, cinéastes etc.

L’espace est brut, les murs sont imparfaits ce qui a la particularité de donner une âme singulière à ce lieu où « l’égalité » entre artistes internationaux (Daniel Buren,Chris Ofili ci-desous, Annette Messager etc.) et artistes émergents est un principe fort.

Personnellement, j’ai été marquée par : (liste non-exhaustive)

-les photographies de Thomas Strut qui nous plongent véritablement dans une nature exubérante

– les peintures teintées de noir de Victor Man

– les compositions faites de laine, de rubans et de caoutchouc de Nicholas Hlbo

J’ai également apprécié les « Bâtons » colorés de Seulgi Lee

– le « Palm Sign » de Yto Barrada

– et l’installation Motion/Emotion de Annette Messager.

En revanche, si je devais retenir une seule œuvre ce serait sans aucun doute celle de Aneta Grzeszykowska, artiste polonaise dont le film poignant Headache explore le rapport que l’on entretient avec son propre corps : proximité, éloignement, attraction, répulsion, tous ces mots qui sont au cœur de l’intention de la Triennale parlent d’eux-même dans cette vidéo.

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