Pierre Huyghe et Philippe Parreno : étranges étrangetés

Le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo leur ont récemment consacré deux expositions. L’occasion de confronter leurs travaux respectifs, dont les fondements se font irrésistiblement écho.

Parreno Huyghe

Quoi de commun en effet entre ces deux artistes ?

Tout d’abord, ils sont issus de la même génération et ont collaboré ensemble à travers Ann Lee, personnage de manga qu’ils ont racheté à une banque d’images pour lui redonner vie en 3D avec No Ghost just a shell.

parreno_Anywhere-out-of-the-world

De plus, par leur approche radicalement nouvelle d’appréhender l’oeuvre d’art et sa mise en scène, ils ont revitalisé l’art contemporain, offrant un second souffle à cet univers parfois hermétique et saturé de concepts.
En endossant la posture de scénographe, ils appréhendent ainsi l’exposition comme un acte créatif, son montage faisant partie intégrante de l’oeuvre.

A ce titre, au Palais de Tokyo, avec « Anywhere, Anywhere, Out of the World »Philippe Parreno a entièrement revu l’espace  -22 000 mètres carrés- à son image.  Il a investi les lieux, les a fait siens en créant un parcours intégralement rythmé par la transcription à quatre mains pour piano de Petrouchka de Stravinski. Dès la porte d’entrée -elle-même couronnée d’un auvent lumineux- le ton est donné : la billetterie incandescente, aveugle le visiteur, les fenêtres recouvertes d’un film opaque, le confronte à une appréhension biaisée de l’extérieur, l’éclairage clignotant par intermittence, mette ses sens en alerte. Véritable expérience multisensorielle , Philippe Parreno mêle avec précision, les sons, les images, les objets, à travers des installations qui nous invitent à repenser sans cesse notre perception de l’espace. On ressort de l’exposition comme d’un voyage imaginaire.

pdt-philippe-parreno-002-1-962169_0x440

Même constat chez Huyghe où la Galerie Sud du Centre Pompidou a été repensée par l’artiste qui l’a à la fois agrandi, en empiétant sur l’extérieur et en se jouant des contraintes de sécurité, mais aussi adapté, en gardant la trace des expositions précédentes (présence de cartels, couches de peintures successives révélées etc.). L’espace est ainsi au service des œuvres qui entrent en résonance, se répondent et se complètent.

En mouvement perpétuel, le statut de l’oeuvre est de plus interrogé et appréhendé à la manière d’un organisme vivant. A ce titre, dans le cadre de la Documenta 13 à Kassel, Pierre Huyghe a investi le compost du parc baroque de Karlsaue, où il a placé des éléments disparates comportant entre autres, une sculpture des années 30 à la tête dissimulée par un essaim d’abeilles et Human une chienne blanche à l’intrigante patte teintée de rose. Par cette démarche où la nature joue un rôle central, Pierre Huyghe se plaît à recréer des environnements, des écosystèmes dans lesquels il en observe les évolutions sans totalement les maîtriser.

Untilled

De la même façon, pour « The Host and the Clound », Pierre Huyghe a fixé le cadre -15 acteurs soumis à des situations en direct dans l’ancien Musée des arts et traditions populaires- et a laissé place à l’improvisation. Filmée sur trois jours précis, la Toussaint, la Saint Valentin et la Fête du travail, cette intense et sublime expérience, condense en deux heures tous les fantasmes et obsessions de l’artiste. Sorte de rêve éveillée, d’immersion dans l’inconscient, ce film se situe à la limite du réel mêlant en son sein, rapport de séduction, de pouvoir et de soumission. Enchevêtrement de saynètes aux ramifications à la fois indépendantes et liées, « The Host and the Clound » est à mon sens, un véritable chef d’oeuvre. Si vous avez l’opportunité de le voir, sautez sur l’occasion. Personnellement, je suis retournée voir l’exposition à plusieurs reprises pour venir à bout de ces 120 minutes difficilement synthétisables en quelques mots.

133302_pierre_huyghe (1)En définitive, la force de Pierre Huyghe et de Phillippe Parenno réside dans cette capacité à hanter, à poursuivre le visiteur alors même qu’il a quitté l’exposition, le poussant sans cesse à découvrir de nouvelles grilles de lectures, à enclencher de nouvelles sources de réflexion.

Agenda culturel Eté 2012 (Seconde Partie)

Une sélection des expositions incontournables et autres événements culturels à ne pas rater cet été

Art Basel 2012

AB

Rendez-vous annuel du marché de l’art et passage obligé des collectionneurs et amateurs, Art Basel 2012 s’est tenu du 14 au 17 juin. Cette année, il fallait se frayer un chemin entre les travaux de la Messeplatz, pour découvrir les 300 galeries triées sur le volet pour l’évènement. Venues de 36 pays dans le monde entier, elles représentaient plus de 2 500 artistes.

Pour ma part, cette 43ème édition était une grande première. Outre l’émotion d’avoir passé plus de 5h à m’émerveiller entre les white cubes et malgré un soleil affichant fièrement des allures azuréennes à l’extérieur, j’ai eu la chance de suivre une visite guidée, de découvrir des jeunes talents à Art Statements et de flirter avec la démesure à Art Unlimited. Dans cette espace dédiée aux installations monumentales, une sculpture rose bonbon de Frank West baptisé « Gekröse » dévoilait ses courbes organiques.

Satisfaite mais pas tout à fait rassasiée, j’ai achevé ma visite à la sublime Fondation Beyeler où une rétrospective sur Jeff Koons trônait dignement aux côtés de Philippe Parreno, chorégraphe du son et des images.

Les Rencontres d’Arles jusqu’au 23 septembre 2012 

Image

Cette 43 ème édition « Une école française » est consacrée aux 30 ans de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP). Elle réunit 60 expositions de photos venues du monde entier et d’une grande diversité dans la démarche. Jeunes talents et découvertes sont à l’honneur avec en prime une exposition du musée Galliera intitulé « Mannequin, le Corps de la Mode ».

La Collection Lambert en Avignon jusqu’au 18 novembre 2012

Une collection d’exception qui rassemble les chefs d’oeuvres de la donation Yvon Lambert. Les grandes tendances de l’art contemporain depuis les années 60 sont présentes : art minimal, art conceptuel, land art, peinture figurative, nouvelle photographie, installations et vidéos avec des artistes phares comme Cy Twombly, Basquiat, Anselm Kieffer, Sol Lewitt, Christian Boltanski, Nan Goldin.

Klein, Byars, Kapoor au MAMAC à Nice jusqu’au 16 décembre 2012

A l’occasion des 50 ans de la disparition de l’artiste niçois Yves Klein, le MAMAC a décidé de lui rendre hommage en confrontant son travail de la monochromie à celui de l’artiste américian Byars et de l’indien Kapoor. Une exposition en bleu, blanc, rouge qui réunit installations et performances dans un parcours sensoriel et poétique.

Extra Large, Oeuvres monumentales du Centre Pompidou au Grimaldi Forum à Monaco, jusqu’au 09 septembre 2012

Découvrer ou redécouvrer les grands noms de l’art moderne et contemporain en version XXL: Xavier Veilhan, Daniel Buren, Jean Dubuffet, Anish Kapoor, Pierre Soulages, Sol Lewitt. »Une approche monumentale de l’art dans un pays étiqueté comme le second plus petit Etat du monde « 

Le monde comme volonté et comme papier peint, au Consortium à DIjon jusqu’au 02 septembre 2012

Ou comment tenter de retranscrire l’univers de Jed Martin, personnage houellebecquien de la Carte et le Territoire et son flot de considérations sur la fin de la Modernité.

Damien Hirst à la Tate Modern à Londres  jusqu’au 04 septembre 2012

2012 est une année fructueuse pour le chef de file des Young British Artists. Après le « Complete Spot Paintings » relayé par les onze Gagosian Gallery disséminés entre Paris, Londres, New-York, Hong-Kong, Los Angeles, Genève, Rome, Athènes, c’est au tour de la Tate Modern de lui consacrer une rétrospective digne de ce nom. L’occasion de revenir sur ses œuvres phares qui traitent pour la plupart du rapport entre l’Art et la Mort mais aussi d’Amour, de Désir et d’Argent : cadavres d’animaux dans du formol, papillons naturalisés sur toile, cendriers géants, armoires à pharmacie, spots and spins paintings et diamants par milliers. Vous découvrirez même en prime une pièce avec des papillons en liberté, la quintessence de la beauté et de la fragilité de la vie selon Hirst.

Documenta (13) à Cassel en Allemagne, jusqu’au 16 septembre 2012

La Documenta est LE rendez-vous d’art contemporain qui a lieu tous les cinq ans à Cassel au coeur de l’Allemagne. Crée en 1955 en réponse à la guerre, elle dure 100 jours et entend penser le monde sous le spectre de l’art. Ici rien n’est à vendre. Ce n’est pas une foire comme ArtBasel mais plutût un lieu de réflexion sur le monde contemporain, ses fractures sociales et politiques. Cette 13ème édition s’inscrit dans la lignée de la Documenta 11, politique et engagé et s’articule autour du thème central « Collapse and Recovery ». La manifestation présente cette année 193 artistes et fait la part belle aux questions écologiques, à la guerre, au féminisme, au savoir universel… Tout un programme.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :