Monumenta 2014, un colosse aux pieds d’argile ?

« L’Etrange Cité », Ilya et Emilia Kabakov, Grand Palais, jusqu’au 22 juin 2014
L’Etrange Cité

Se confronter aux 13 500 m² de la Nef du Grand Palais n’est pas une mince affaire. En témoigne cette sixième édition de Monumenta où le couple Kabakov nous propose de voyager dans l’utopie de leur « étrange cité ». À la leur de projets à la fois artistiques et scientifiques, le parcours décomposé en neuf étapes, entend transmettre une vision progressiste de l’humanité et invite à rêver.

La coupole et l'entrée de la cité
La coupole et l’entrée de la cité

Certaines installations sont en effet plus accessibles, plus immédiates par leur poésie intrinsèque : la coupole aux sons et lumières, le musée vide rythmé par la Passacaille de Bach ou encore l’allégorie de l’ange comme aspiration au bonheur.

Le musée vide
Le musée vide
Comment rencontrer un ange ?
Comment rencontrer un ange ?

D’autres interpellent à l’image de la reconstitution de Manas, cité disparue du Tibet qui « a la particularité d’être sur Terre et d’avoir son double dans le ciel. » En faisant appel à une multitude de références à la fois bibliques, historiques ou esthétiques, le visiteur se perd et peine à faire le lien entre les différents espaces. Tour de Babel, Monument à la Troisième Internationale de Tatline, vicissitudes de l’ère Soviétique, chapelles de la Renaissance s’ordonnent de manière énigmatique et ambiguë. 

Les portails
Les Portails

L’œuvre des Kabakov a certainement besoin de temps pour être appréhendée, digérée. Pourtant, lorsque l’on repense à l’intention première de Monumenta qui est de « faciliter la rencontre entre l’art contemporain et les publics », on ne peut s’empêcher de croire que le projet s’enferme ici dans un hermétisme certain. L’intention est bonne, savamment documentée, illustrée mais le résultat est inégal.

La chapelle blanche
La chapelle blanche

L’œuvre souffre de son format. Phagocytée et réduit à la taille de ses maisonnettes, elle s’écrase sous la verrière du Grand Palais et n’exploite pas l’immensité de l’espace. Cet écueil était mon appréhension première lorsque j’avais découvert les maquettes du projet en 2013, juste après sa suspension par le Ministère de la Culture. La Nef du Grand Palais est en effet incroyable tant par son volume que par sa verrière étincelante de lumière, aspects que l’Etrange Cité ne parvient pas à honorer. En 2012, j’avais déjà été frappé par la proposition de Daniel Buren, démesurément basse, en comparaison avec le « Léviathan » gonflé à l’hélium d’Anish Kapoor qui tel un monstre géant siégeait omnipotent. J’avais cependant apprécié la manière dont l’œuvre quadrichromique de Buren jouait avec la lumière et la transparence de la verrière. Ici, les Kabakov nous entrainent dans un labyrinthe aux allures méditerranéennes où des bâtisses dépourvues de fenêtres aveuglent par leur blancheur immaculée. Un choix qui s’avère somme tout limité.

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Agenda Culturel printemps 2014

« Robert Mapplethorpe » , Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

C’est la première grande rétrospective en France, consacrée à cet « enfant terrible » de la photographie. Rassemblant plus de 250 clichés, l’exposition jette un regard plutôt timoré sur l’oeuvre subversive de Mapplethorpe de 1970 à sa mort précoce en 1989.

Mapplethorpe

Sexualité et pornographie sont en effet au coeur de sa démarche esthétique et de sa quête effrénée de perfection dans un New-York en pleine libération des moeurs. Les corps sont sculpturaux, puissants, masculinisés à souhait, presque faits de marbre et d’acier. Les fleurs se font à la fois délicates et sulfureuses, rappelant le travail pictural de O’Keefe dans les années 20. « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs«  disait-il

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Une partie de l’exposition est consacrée à sa muse Patti Smith tandis qu’une pièce interdite aux moins de 18 ans, sorte d’enfer contemporain, dévoile les oeuvres les plus « sexuellement explicites ». Une série de portraits rassemblent enfin les plus grands avec entre autres Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Grace Jones, Cindy Sherman, Deborah Harry, Louise Bourgeois. Saurez-vous les reconnaître ? A l’image de Newton en 2012, cette rétrospective demeure toutefois trop courte et restreinte dans cet espace dénué de toute mise en scène. A regret.

Mapplethorpe

« Henri Cartier-Bresson », Centre Pompidou, jusqu’au 13 juillet 2014

HCB

« Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

Riche de plus de cinq cents œuvres multi-supports (photographies, films, dessins, peintures…), cette exposition événement retrace les travaux du photographe, de ses débuts surréalistes à son épopée chez Magnum, tout en montrant des aspects autres de sa personnalité comme son engagement politique et son expérience du septième art. Dix ans après sa disparation, cette rétrospective a en effet pour vocation de renouveler l’héritage multiple de Henri Cartier-Bresson, génie en matière de captation de l’instant et profond témoin des grands tournants du XXème siècle.

La scénographie manque toutefois d’audace (comme souvent dans les expositions photos) et la densité quasi-encyclopédique de oeuvres présentées étouffe dans l’espace confiné de la galerie 2… Dommage !

Henri Cartier-Bresson

« Papier glacé : un siècle de photographies de mode chez Condé Nast », Palais Galliera, jusqu’au 25 mai 2014

 » I always felt we were selling dreams, not clothes. » Irving Penn

« J’étais intéressé par le sentiment du hasard, je voulais introduire la réalité de la vie dans ce monde artificiel. » Alexandre Liberman.

"Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild" Bert Stern (1962)
« Walter Chiari et Monique Chevalier sharing a bottle of Chateau Lafite-Rothschild » Bert Stern (1962)

Plongez dans les archives des plus grands noms de la photographie de mode de 1918 à nos jours : Cecil Beaton, Irving Penn, Bruce Weber, Helmut Newton, Peter Lindberg, Paolo Roversi…! La liste est longue – environ quatre-vingts photographes – mais nous enchante. Une merveilleuse opportunité pour réviser ses classiques et (re)découvrir près de cent-cinquante tirages, sorte de compilation du meilleur de Vogue, Vanity Fair, Glamour et W.

Cette exposition thématique fait entrer en résonance le travail des photographes qui ont contribué à forger l’identité visuelle de ce magma de la presse avec en prime quelques créations de couturiers, magazines consultables sur écran et documentaires. Une jolie surprise, à ne surtout pas manquer que vous soyez un aficionado de photographie ou de mode.

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« Debbie Dickinson & Christie Brinkley » Albert Watson (1977)
 « L’Etat du ciel », Palais de Tokyo, jusqu’au 07 septembre 2014

edc-part1Autour d’une thématique au ton grave et éminemment politique, le Palais de Tokyo nous invite cette saison à réfléchir « aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde » et ce, à travers les propositions d’une dizaine d’artistes, dévoilées en trois volets.

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Le parcours débute avec Histoire de fantômes conçue par Georges Didi-Huberman en hommage à l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg. Basée sur le thème de la lamentation, cette installation spectaculaire mêle vidéos projetées au sol, alternance de sons à la vocalité troublante et photographies de Arno Gisinger. Multi-sensorielle, elle nous incite à méditer sur notre faible condition au regard de l’Histoire et du nécessaire devoir de mémoire. 
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Une oeuvre qui fait écho au travail remarquable de Angelika Markul, Terre de départ. Avec le film « Bambi à Tchernobyl« , l’artiste nous confronte à une réalité que nous préférerions oublier, celle d’un passé honteux, d’une ville fantôme où la nature a progressivement repris ses droits face à une catastrophe écologique majeure. Par une réflexion globale et philosophique, l’artiste s’interroge ainsi sur la force des éléments et les erreurs de l’homme en inversant le flux des chûtes d’Iguaçu dans une vidéo qu’elle confronte à une installation transposant les conséquences dramatiques des accidents pétroliers et des marées noires. Bouleversant.
Petit bémol pour David Douard, dont la proposition « Mo »swallow » ne m’a pas émue et m’a même légèrement excédée. Protéiforme, cette première monographie entend questionner la toxicité de notre monde contemporain, les « maladies du réel » qui se propagent à la vitesse d’une rumeur. Un propos confus qui se disperse dans des réalisations plastiques  hermétiques et au discours incantatoire pour un visiteur non-averti.
« Alex Katz, 45 Years of Portraits. 1969-2014 », Galerie Thaddaeus-Ropac, jusqu’au 12 juillet 2014

Si vous ne connaissez ni Alex Katz, ni la grande sœur de la rue Debeylleme à Pantin, une double occasion de coup de cœur esthétique s’offre à vous !

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Tout d’abord parce que Alex Katz est un artiste de renom trop peu connu en France, à la peinture graphique qui mêle figuration du sujet sur fond de monochrome en contraste. Et aussi parce qu’avec ses 47 000 m², l’ancienne chaudronnerie reconvertie en temple de l’art est un véritable écrin baigné de lumière, prouvant que Pantin c’est aussi le « Grand Paris » – Chanel et Hermès y ont établi leurs ateliers respectifs, rappelons-le ! Monographie acidulée aux allures de rétrospective, l’exposition regroupera une centaine d’œuvres de 1960 à nos jours. Personnellement, j’ai découvert l’artiste américain à travers sa série sur la danse « Face the Music », et en dehors de ma sensibilité pour cette pratique, j’étais heureuse de voir enfin sur la scène contemporaine de la peinture, de la couleur et de la figuration…  Tout simplement !

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A venir :

Dries Van Noten, Inspiration, au Musée des Arts Décoratifsjusqu’au 31 août 2014

L’Etat du ciel, Partie 2, dès le 25 avril 2014

Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dès le 25 avril 2014

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabokov, dès le 10 mai 2014

Une belle rentrée culturelle

L’été s’est achevé, la mélancolie automnale commence à poindre. Pour éviter le contre-coup de la rentrée, rien de tel qu’un programme culturel riche et varié.

Petite sélection :

– L’impressionnisme et la Mode, Musée d’Orsay, jusqu’au 20 janvier 2013


« Il faut bien comprendre que dans le mot « mode », on perçoit en filigrane le sens du « modernisme ».
 C’est une exposition riche et multi-supports que Robert Carsen, scénographe de l’événement, nous livre. Comme l’a écrit Baudelaire, chaque art était moderne à son époque et c’est à l’aune de l’impressionnisme que la mode est ici observée. Si certains impressionnistes n’étaient pas particulièrement intéressés par la mode, il n’en demeure pas moins les témoins prévilégiés des évolutions vestimentaires et des attitudes de leur temps. Une exposition qui rappelle à quel point l’art et la mode sont historiquement liés.

Raphaël, les dernières années, Musée du Louvre, jusqu’au 14 janvier 2013

Organisée en partenariat avec le Musée du Prado détenteur avec le Louvre de la plus belle collection d’oeuvres de Raphaël, cette exposition entend montrer l’achèvement stylistique de l’artiste romain  sous le spectre des sept dernières années de sa vie. A l’ombre de ses maîtres comme le Pérugin et Michel-Ange, Raphaël compose avec un atelier d’une cinquantaine de personnes. Tableaux, portraits et dessins sont réunis afin de mettre en exergue la grâce et la douceur de ses réalisations ultimes.

Edward Hopper, Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013

Artiste iconoclaste, Hopper dresse un portrait saisissant de l’Amérique de son époque. Entre modernité et réalisme, ses oeuvres inspirent une foule de sentiments à l’image de la solitude ou de la mélancolie. Toujours traité avec une certaine douceur dans le geste, ses peintures confrontent des personnages qui ne se regardent pas, qui semblent n’être que l’ombre d’eux-mêmes. Une première grande rétrospective parisienne consacrée à l’artiste américain.

Chloé Attitudes, Palais de Tokyo, jusqu’au 18 novembre 2012

A l’occasion des 60 ans de la maison française, la femme Chloé s’expose au Palais de Tokyo. Au programme : 70 pièces sélectionnées au sein des archives (de Gérard Pipart à Clare Waight Keller en passant par Phoebe Philo ou Stella Mc Carney pour ne citer qu’eux, tant les changements successifs de directeurs artistiques font partie de l’histoire de la marque), croquis de Karl Lagarfeld datant de 1972 ou encore photographies de Helmut Newton, Guy Bourdin, Jean Loup Sieff. Chloé Attitude inaugure un cycle d’expositions intitulé « Fashion Program » mis en place au Palais de Tokyo afin de mettre en lumière les temps forts de la création en matière de mode. Une belle initiative de Jean de Loisy et une occasion de redécouvrir la naissance du prêt-porter de luxe sous la vision novatrice de sa fondatrice : Gaby Aghion.

Les frères Campana -Barrocco, Rococò, les Arts décoratifs, jusqu’au 24 février 2013

Ambassadeurs incontestés du nouveau design brésilien, Fernando et Humberto Campana ont révolutionné l’art du design par leurs réalisations insolites et écologistes qui détournent les objets afin de leur donner une seconde vie, un nouvel usage à la fois ornemental et fonctionnel. Des créations exhubérantes et colorées qui dévoilent en filigrane l’âme riche et sensuelle de la culture brésilienne.

Et surtout n’oubliez pas la FIAC qui se tiendra sous la verrière du Grand Palais (as usual) du 18 au 21 octobre 2012. 218 galeries au rendez-vous et de nombreux événements hors les murs. Pour plus d’infos.

Art Contemporain Paris : Monumenta 2012 et la Triennale

Monumenta 2012, Daniel Buren, Excentrique(s) Travail in situ, Grand Palais, jusqu’au 21 juin 2012

Monumenta est une initiative du Ministère de la Culture et de la Communication qui a pour but de rapprocher le grand public de l’Art Contemporain, cette frange de l’Art qui a souvent la réputation d’être hermétique et plus difficile à appréhender. Le principe est simple : pendant 5 semaines, un artiste est invité à  concevoir une œuvre éphémère et magistrale dans la Nef du Grand Palais.

Cette année, c’est Daniel Buren qui est à l’honneur avec une approche qui tranche volontairement avec l’édition 2011 orchestrée par Anish Kapoor dont la sculpture organique, gonflée à son paroxysme, occupait l’espace de façon notable. L’artiste de la bande rayée de 8,7 cm nous présente à l’inverse une œuvre beaucoup plus basse, à notre échelle, pour nous apprendre en quelque sorte à redécouvrir cet espace majestueux, à le voir d’un autre œil. Personnellement, il m’est apparu beaucoup plus petit qu’à l’accoutumée surtout lorsque je l’ai imaginé dans mes souvenirs, colonisé par les galeries lors de la FIAC.

Des « ombrelles » dont l’agencement a été réalisé d’après une formule mathématique perse, scandent le parcours sur fond de quadrichromie. Ici, j’emploie le terme de quadrichromie dans son sens le plus large possible puisqu’il est normalement usité pour désigner les quatre couleurs primaires que sont le bleu cyan, le rouge magenta, le jaune et le noir et qui sont à la base d’une image. Dans le cas de Buren, si le choix s’est arrêté sur du jaune, du bleu, du vert et du orange, c’est tout simplement parce que le matériel utilisé, du plastique PVC n’existait que dans ces quatre couleurs. Concevoir cette œuvre pour Monumenta résulte donc d’un ensemble de contraintes à la fois techniques et spatio-temporelles : l’artiste n’ayant que 7 jours pour mettre en place son oeuvre in situ. 

Pour ce projet « Ex-centrique », Daniel Buren a également revisité la verrière du Grand Palais en la colorant alternativement de bleu turquoise pour former un effet de damier étonnant qui accentue les rythmes concentriques de la verrière et renverse notre perception du centre de gravité. Perception qui se trouve d’autant plus troublée lorsqu’elle est le produit du reflet de miroirs, que Daniel Buren a installé au centre de son installation. Arrondis, ces miroirs font écho aux ombrelles, à la coupole et à la structure générale du Grand Palais qui comme le rappelle l’artiste est dans ses moindres détails en courbe et tourne autour de la figure du cercle.

Pour ma part, je trouve le résultat final joyeux et lumineux, surtout si le soleil est au RDV car cela permet aux couleurs de se refléter tout en rondeur sur le sol : l’idée étant de vivre une véritable expérience esthétique et chromatique.

« Dans une relation étroite avec l’architecture exceptionnelle de la nef, il propose au visiteur de traverser une forêt coiffée d’une canopée de disques colorés. Jeu de lumière savant qui évolue au fil des heures de la journée, rappelant les vitraux d’église autant que la géométrie des tapis persans, le travail de Daniel Buren, une fois de plus, s’attache à bousculer nos perceptions, dans la démesure« .

Éditorial de Frédécric Mitterand

La Triennale : Intense Proximité, Palais de Tokyo, jusqu’au 26 août 2012

Une grande ambition, celle de succéder à une formule un peu dépassée, baptisée lors des deux précédentes éditions « La Force de l’Art » dont l’objectif était de mettre avant l’Art Contemporain Français. Cette année, le concept a été revisité pour fonder une « Triennale » qui ne se cantonnerait pas à un patriotisme un brin malvenu. Selon les intentions de Okwui Enwezor et de ses quatre commissaires associés, la notion d' »Art Français » est par essence creuse dans notre monde contemporain où l’idée de transversalité prime.

De plus, cette troisième édition ne se tient plus dans la Nef du Grand Palais mais au Palais de Tokyo qui après d’importants travaux a vu sa surface d’exposition tripler et dans six autres lieux.

Baptisée « Intense Proximité », la « Triennale » entend autour d’un fil rouge, celui de l’ethnographie faire un « état des lieux de l’art contemporain au confluent de la scène française et des foyers de création internationaux ». Un ouvrage clé est au cœur de la réflexion : Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, texte relativiste qui questionne la place de la civilisation Occidentale en la confrontant à des cultures dites « primitives » à l’image des Indiens du Brésil (ci-dessous, tirage d’Alfredo Jaar)

Les supports sont divers : peintures, sculptures, installations, performance, concerts, dessins, films etc. bien que la vidéo reste le medium majoritaire. 120 « participants » ont été réunis et mêlent artistes, chercheurs, théoriciens, anthropologues, cinéastes etc.

L’espace est brut, les murs sont imparfaits ce qui a la particularité de donner une âme singulière à ce lieu où « l’égalité » entre artistes internationaux (Daniel Buren,Chris Ofili ci-desous, Annette Messager etc.) et artistes émergents est un principe fort.

Personnellement, j’ai été marquée par : (liste non-exhaustive)

-les photographies de Thomas Strut qui nous plongent véritablement dans une nature exubérante

– les peintures teintées de noir de Victor Man

– les compositions faites de laine, de rubans et de caoutchouc de Nicholas Hlbo

J’ai également apprécié les « Bâtons » colorés de Seulgi Lee

– le « Palm Sign » de Yto Barrada

– et l’installation Motion/Emotion de Annette Messager.

En revanche, si je devais retenir une seule œuvre ce serait sans aucun doute celle de Aneta Grzeszykowska, artiste polonaise dont le film poignant Headache explore le rapport que l’on entretient avec son propre corps : proximité, éloignement, attraction, répulsion, tous ces mots qui sont au cœur de l’intention de la Triennale parlent d’eux-même dans cette vidéo.

Culture mode : Louis Vuitton-Marc Jacobs et Helmut Newton s’invitent à Paris

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition « Voyage en Capitale » qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite « Trianon », très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la « toile Damnier » (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram « LV ». La maison devient alors spécialiste en « emballage des modes » et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde « L.H.O.O.Q » de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

« Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie. » MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers « superflat » coloré (2003).

« Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties. » MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du « porno-chic », Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le « 8ème art » n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

FIAC 2011

Exit la Cour Carrée du Louvre. Cette année, la FIAC s’est concentrée sous la verrière du Grand Palais pour les grandes galeries et au premier étage pour les galeries émergentes. 168 exposants ont été réunis : la sélection fut drastique.

Deux jours après la fin de cette 38ème édition, l’heure est au bilan. Certains s’exclament déjà, à l’instar de Lorenzo Rudolf- qui a pendant longtemps été directeur de la Art Basel- que l’édition 2011 fut « l’une des plus belles FIAC depuis très longtemps ». Certes.

Personnellement, c’est la 4ème année consécutive que je visite la FIAC ce qui me permet d’avoir un certain recul pour juger de la qualité d’une telle manifestation. En tant que simple amatrice d’art moderne et contemporain (et non, je n’ai malheureusement pas encore le statut de collectionneur), je reprocherais à cette édition d’avoir un peu trop été l’apanage des grandes galeries (Perrotin, Gagosian, Continua, Applicat-Prazan, David Zwirner, Cheim & Read, Thaddaeus-Ropac etc.) qui se sont pour la plupart focalisées sur des valeurs sures et des artistes que l’on connaît déjà (Will Delvoye, Xavier Veilhan, Murakami, Anish Kapoor, JR, Hirst, Basquiat pour n’en citer que certains). Les ventes ont été bonnes pour eux mais pas de surprise et peu de place à mon sens pour la découverte de nouveaux talents. Et je ne suis pas en train de dire que je n’apprécie pas ces artistes. Mais mon oeil a besoin de voir autre chose qu’un mini-Warhol ou un énième Richard Prince.

L’Art Contemporain est souvent assez mal perçu et je suis la première à déplorer mes manques en la matière donc je me montre facilement « blasée » surtout lorsque je découvre toujours les mêmes avant-gardes, les mêmes classiques (cf. Hantaï chez Zlotowski ou Dubuffet, Nicolas de Staël, Soulages chez Applicat-Prazan). Après c’est une question d’attente. Je suis d’une manière générale très portée sur la sculpture et la peinture contemporaine et parfois moins portée sur l’installation ou la vidéo, plus conceptuelle. J’ai donc été heureuse de voir par exemple des sculptures de Tony Cragg, Shapiro, Anthony Gormley (chez Thaddaeus Roppac et ailleurs) ou encore cette poupée grandeur nature colorée de Yayoi Kusama (chez Victoria Miro). J’ai également repéré dans une galerie allemande (Contemporary Fine Arts) un peintre qui me plaît beaucoup et qui s’appelle Marcel Eichner. Affaire à suivre :-)

Et, je ne saurais l’oublier, gros coup de coeur pour Ida Tursic & Wilfried Mille (ou I&W) représentés par les galeries Almine Rech et Pietro Sparta, que j’ai découvert il y a 2 ans par l’ouvrage « Qu’est-ce que la peinture aujourd’hui ? » (Beaux Arts Editions).

Ce fut donc une FIAC de qualité par le contenu mais assez inégale, pas toujours cohérente, ni très originale.

Un point sur lequel j’ai bien entendu été sensible c’est l’internationalisation accrue des galeries avec la présence de plusieurs exposants sud-américains (Brésil avec Vermelho, Luisa Strina, Mexique avec Kurimanzutto etc.) et sud africain (Goodman Gallery).

Par ailleurs, je doute malheureusement que la majorité des visiteurs se soient aventurés au 1er étage pour voir les galeries émergentes… Enfin, c’est une grande manifestation dont il est difficile de capter un regard exhaustif. Je passe moi-même systématiquement à côté des certains œuvres ou artistes et ce n’est pas par manque de volonté.

Je m’arrête volontairement ici dans l’analyse  car ce n’est pas le propos de mon article et vous livre quelques photos de ma visite personnelle.

Rendez-vous à Bâle en juin (si mon emploi du temps le permet) !  I hope so :-)

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