Fashion Week Homme Printemps-Eté 2015

Morceaux choisis : Compte-rendu des défilés Julien David, Balmain et Wooyoungmi.

Décontraction et androgynie, les maîtres mots de la saison.

Julien David

On connaît le goût de Julien David pour le streetwear, dont les codes qu’il se plaît à revisiter en version luxe sont sa marque de fabrique. Enfant de la génération 80, il a grandi aux côtés de Mario Bros, du hip-hop et sur deux planches : le skate et le surf. C’est donc tout naturellement que le créateur primé de l’ANDAM en 2012 signe cette saison le début d’une collaboration de trois ans avec l’équipementier américain Quiksilver.

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Crédit photo : Shoji Fujii

Le résultat ? 

Des garçons fraîchement sortis de l’adolescence qui affichent des allures de néo-surfeurs, cheveux longs lâchés, casquettes à l’envers et nœuds papillon impertinemment noués autour du cou. Un brin hipster avec la moustache naissante pour certains, leurs silhouettes filiformes et graciles se faufilent entre les allées, aux rythmes des accords de jazz d’un orchestre dont on devine les ombres derrière un paravent.

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Crédit photo : Shoji Fujii

Parkas à carreaux façon queue de pie, imprimés pop, ensembles en maille portés avec l’insolence d’un jogging et baskets type Vans, composent le vestiaire de ce garçonnet qui pousse à son paroxysme la confusion des genres. Posée sur les épaules, la veste se porte ample et les bermudas juste au dessus du genou rappelant le volume d’un sweat de skateur et la longueur d’un maillot de surf.

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Crédit photo : Shoji Fujii

Non dénué d’humour, le défilé se clos sur deux combinaisons en néoprène dont l’imprimé smoking en trompe de l’œil permet d’être chic à la mer et protégé des intempéries pour une garden party soudainement tombée à l’eau…

Balmain 

 « Je vous présente ma nouvelle armée » annonce Olivier Rousteing, jeune directeur artistique de la maison Balmain, en dévoilant ses dernières créations pour l’homme. Une collection très sport qui twiste la rigueur d’apparence militaire de certaines coupes et allie mixité des genres et des ethnies.

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Les références graphiques au cyclisme, à la course automobile et au ski alpin des années 70 ne manquent pas. Les vestes à double boutonnage, les pulls à badge brodé et les joggings revisités sont alternativement bicolores, tricolores dans une palette qui oscille du bleu, blanc, rouge au noir avec des touches de orange et de jaune. 

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Les rayures façonnent la silhouette de cet homme urbain qui porte le perfecto en cuir avec la souplesse d’un pilote de F1. Dévoilant malicieusement les doigts de pieds, les bottes à lacets sont une référence aux chaussures de montagne et signe une allure à la croisée du streetwear et du tailoring parisien.

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Tels des armures, vestes de costumes et sweats à capuches se portent avec un sac à dos en cuir ajusté sur les épaules. Mention spéciale pour les ponchos d’inspiration Navajo, entièrement brodés de perles de verre et de bois, qui rappellent tout le savoir-faire artisanal des ateliers Balmain.

Wooyoungmi 

Ecorchés vifs, insouciants et rêveurs, les garçons de Wooyougmi dévoilent cette saison une attitude plus qu’un simple vestiaire. Affranchis des contraintes infligées par les codes vestimentaires et les bleus de travail, ils coulent une existence paisible, chapeau cloche sur la tête, baluchon de cuir porté négligemment sur l’épaule et sandales à mi chemin entre les Crocs et les Pataugas aux pieds.

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Briseurs de cœurs à leur insu, ils aiment les débardeurs à large décolleté, portent les chemises déboutonnées ou remontées aux manches avec une ceinture dévoilée asymétriquement sur la hanche. Une grande fluidité se dégage de cette collection qui fait la part belle à la légèreté du coton de soie, du lin ou encore de l’agneau plongé. La maille est audacieuse et laisse dévoiler les corps à travers ses larges cotes en résille.

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Détails abstraits et imprimés inspirés par les motifs à pois de Lichtenstein complètent une palette chromatique composée principalement de couleurs sages avec une déclinaison délicate de gris, de bleus, de beiges accentuée par quelques touches de jaune.

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La fin du défilé est couronnée par une référence au travail de Cruz-Diez, un des principaux acteurs de l’art optique, donnant aux regards avertis la possibilité de redécouvrir chaque silhouette scandée par les rythmes phosphorescents d’une boite à lumière grandeur nature.

Julien David, créateur postmoderne

Dans le cadre d’un projet de groupe à l’IFM, j’ai eu la chance de découvrir le travail remarquable d’un jeune créateur : Julien David.

Parisien d’origine, Julien David a fait ses mains chez Narciso Rodriguez et Ralph Lauren après des études concluantes à la Parsons School of Design à New York. Fort de ces deux expériences, il s’envole découvrir le Japon et décide de créer sa propre marque en 2008 : une première collection de foulards en sergé de soie voit le jour. Un brin arty, ses foulards graphiques et pop sont devenus aujourd’hui sa signature. Ce style unique, à la fois streetwear et couture, puise son inspiration dans les codes de la génération 80 : le hip-hop, le skate, la rue, les jeux vidéo. Un choix créatif, une démarche personnelle dont la force se manifeste par cette capacité à créer un univers, loin des codes traditionnels de la mode et du luxe.

Le premier défilé IN de Julien David a eu lieu le 8 mars 2011 à la Semaine de la Mode de Paris. Dans cette collection intitulée « Transformation, Confusion », les mannequins ont défilé avec un carré de soi sur le visag, ce qui leur donne à leur visage un aspect flouté et pixélisé. On retrouve ici l’influence des jeux vidéo comme « Mario Bros » ou « Space Invaders », symboles de la génération 80. Les vingt-deux silhouettes proposent un univers à la fois street et classique dominé par le noir, avec des pointes de couleurs. Ce vestiaire conceptuel et élégant est à la croisée des genres, de l’héritage du Japon et de la France et s’exprime par une maîtrise original des volumes.

Dans son deuxième défilé IN du 27 septembre 2011, Julien David a su montrer un juste équilibre entre les influences du streetwear, du luxe et une féminité assumée. Les vingt-quatre looks présentés mêlent sensibilité bohémienne et style urbain engagé. Les mannequins sont maquillées d’une larme sur la joue en référence aux gangs dont les membres ont pour coutume de se tatouer lorsque qu’ils tuent ou qu’ils vont en prison. En dehors de cet aspect, la larme dessinée donne une allure romantique et vulnérable. On ressent véritablement l’influence du tsunami dans cette dernière collection : un fort sentiment de protection ressort de ses créations. De plus, les matières sont douces mais les coupes affirmées. Julien David aime mélanger des silhouettes très contrastées : des coupes féminines, des volumes masculins. Un top en soie délicatement associé à un bermuda très sport, très bad boy.

Les deux robes présentées en bout de défilé sont la quintessence du style Julien David : du pop décontracté par les motifs et une allure résolument féminine par l’utilisation du tulle. La taille est marquée, ce qui fait ressortir le volume de cette robe de mariée contemporaine (cf.photo ci dessous).

Véritable consécration, Julien David a vu sa côte de popularité s’envoler. On le cite partout (Vogue, Express Style ou encore Elle) et on dit de lui qu’il s’agit du « créateur à suivre ». À cela, le créateur répond : «tout s’est fait progressivement, il n’y a pas eu de succès immédiat, je me bats à chaque saison pour paraître au bon endroit et pour vendre mes pièces tout en transmettant un message à mes clients afin qu’ils soient sensibles à mes créations et qu’ils comprennent ma vision, ma constance».

À suivre !

Julien David est en vente chez Colette.

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