Chloé, 60 ans de création

« Chloé est une perle. Je vous la donne, elle est pure, sans tâche. Alors s’il vous plaît, ne l’abîmez pas…« 

Gaby Aghion

Chloé c’est avant tout une attitude, « un esprit pionnier et audacieux avec de douces ruptures » pour reprendre les mots de Helene Schoumann (Chloé, Editions Assouline).

Chloé Assouline

Fruit des idées novatrices de Gaby Aghion, intellectuelle cultivée venue d’Égypte, Chloé bouscule complètement le secteur de la Haute Couture parisienne d’après-guerre.

Las du vestiaire classique et sur-mesure de la bourgeoise de l’époque, Gaby Aghion introduit un nouveau concept en créant des vêtements disponibles immédiatement et qui se démarquent par leur grande qualité de la confection. Nous sommes en 1952 : le prêt-à-porter de luxe est né.

Gaby Aghion

La créatrice choisit le prénom de son amie Chloé Huysmans pour baptiser sa marque car il évoque par ses sonorités la rondeur et la féminité. La griffe s’affiche alors en rose saumon, embossée sur une étiquette ronde, au fond sable qui rappelle les couleurs du désert de son enfance.

Chloé Logo

Empreinte de liberté, la femme Chloé se définit par sa sensualité, son énergie et sa délicatesse. Il en découle des silhouettes fluides, qui allient légèreté et transparence.

Chloe-PE13

Personnellement, l’univers de Chloé me rappelle par son côté « bohème chic » assez caractéristique, les tenues vaporeuses illustrées par les Préraphaélites à l’image de John William Waterhouse.

ophelia-1889

Et ses jeunes filles délicates et romantiques me font irrésistiblement penser à l’oeuvre de David Hamilton.

David Hamilton

L’arrivée de Karl Lagerfeld en 1966 permet à Chloé de jouir d’une notoriété internationale. La marque s’inscrit alors dans la modernité et les célébrités de l’époque à l’image de Brigitte Bardot, Grace Kelly, Jackie Kennedy se pressent dans la nouvelle boutique du 7ème arrondissement de Paris.

Chloe-by-Karl-Lagerfeld

Après les allers et venues de la tête pensante de Chanel et une période de flottement, la maison entre dans une nouvelle ère en convoquant de jeunes directrices artistiques venues tout droit de Grande-Bretagne. Ces dernières ont le sens des pièces structurées, du tailoring mais savent également par leur désinvolture travailler le flou, jouer sur les mix des matières.

Ainsi, en 1997, la maison accueille Stella Mac Cartney, alors âgée de 25 ans qui insuffle à la marque un esprit très contemporain inspiré de sa mère Linda. C’est un tournant pour la maison qui sous la présidence de Ralph Toledano, est couronnée de succès.

Tee-Shirt Ananas Stella Mac Cartney pour Chloé

Son bras droit Phoebe Philo lui succède en 2001 et apporte sa touche personnelle de féminité, cet esprit « baby-doll » très remarqué lors du défilé de l’été 2006. Elle sera aussi à l’origine du célèbre sac Paddington.

CHLOE by Phoebe Philo Eté 2006

En 2008, Hannah Mac Gibbon prend la suite, après la parenthèse incomprise du suédois Paulo Mellim,
pour enfin passer le flambeau à Clare Waight Keller, actuelle directrice artistique depuis 2011.

Pour son dernier défilé automne-hiver 2013-2014, la femme Chloé s’affranchit des codes traditionnels de la féminité et s’aventure dans la jungle urbaine sous des airs d’étudiante rebelle en soif d’aventure.

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Vêtue de cape et de grand manteau en guise d’armure protectrice, elle arpente le podium, besace sous le bras et mocassins au pied. L’esprit collège transparait par la dominance du bleu marine et du blanc. Salopettes, bermudas et pantalons amples s’affirment et donnent aux silhouettes une démarche non-chalente que la présence de cols sages tempère. Plus tout à fait innocente, légèrement influençable, la jeune fille Chloé a soif d’indépendance. Armée de grosses bagues et d’une agrafe sur le lobe de l’oreille, elle porte des jupes à bretelles telles des harnais, de larges ceintures et des robes chasubles ornées de bijoux cloutés. Prête à affronter les nuits froides, elle s’emmitoufle de matières chaudes et arbore une jupe en fourrure, rassurante comme un ours en peluche.

Dans cette atmosphère gangster sur fond de hip-hop, la jeune fille Chloé garde aussi de sa fraîcheur. Le mélange audacieux des matières joue sur la transparence et adoucit son côté « bad-girl ». Elle se montre à la fois précieuse en arborant une robe grillagée tout en bijoux et délicate vêtue d’une longue robe en plissé de soie d’inspiration antique. Le défilé se clôt sur deux pièces fortes : des jupes en plumetis déstructurées et asymétriques, en version noire et blanche. Tel le cygne de Tchaikovsky, la femme Chloé a deux facettes, elle est à la fois mystérieuse et douce.

Défilé Chanel Métiers d’Art Paris-Edimbourg 2012

Depuis 2002, Karl Lagerfeld consacre un défilé aux Métiers d’Art.
Ce dernier met à l’honneur le savoir faire artisanal traditionnel des neufs ateliers rachetés par Chanel depuis 1985 : Desrues (parurier), Lesage (brodeur), Michel (modiste), Massaro (bottier), Goosens (orfèvre et joaillier), Lemarié (plumassier), Guillet (parurier floral), Montex (brodeur au crochet acquis en 2011) et Barrie Knitwear (fabricant d’articles en cachemire basé en Ecosse depuis 140 ans que la maison Chanel vient de racheter).

Paris-Shanghai

Chaque année, Chanel nous fait voyager à l’occasion de ce rendez-vous inhabituel qui se tient en dehors du calendrier conventionnel des collections de Haute-Couture et de Prêt-à-Porter : Tokyo (2005), Los Angeles (2006), Londres (2007), Moscou (2008), Shanghai (2009), Byzance (2010) et Bombay (2011).

Paris Byzance

Présentées initialement comme des pré-collections de la saison Automne-Hhiver, les créations des Métiers d’Art ont atteint un tel niveau de complexité et de perfection qu’elles sont devenues au fur à mesure comparables à des collections de Haute-Couture.

Paris-Bombay

Le 04 décembre dernier, Chanel nous a emporté pour cette onzième édition, à Edimbourg. L’occasion de mettre en avant le savoir-faire lainier de Barrie Knitwear mais aussi de rappeler l’attachement affectif de Mademoiselle Chanel pour l’Ecosse. C’est là-bas qu’elle a en effet découvert grâce au Duc de Westimenter la veste en tweed, le cardigan et le tricot en maille, éléments qu’elle a emprunté au vestiaire masculin pour donner à la silhouette féminine confort et élégance.

Paris-Edimbourg

Le défilé s’est tenu dans le Palais Linlithgow, ancienne résidence royale des Stuarts, où Mary Queen of Scots, future reine de France et d’Écosse est née en 1542. Composé de 78 silhouettes dont plusieurs masculines, il fait la part belle au tweed, à la maille et au tartan.

Paris-Edimbourg

L’ambiance  est sombre, moyen-ageuse, avec des faux-airs de châteaux hantés. Pour braver le froid, les mannequins sont de vêtus de longs manteaux, de pulls XXL et d’imposantes écharpes. Les imprimés écossais côtoient couleurs sombres à l’image du bordeaux, du vert profond, le drap de laine et le cachemire font légion.

Paris-Edimbourg

La petite veste en tweed revisitée et le noeud lavallière orné d’une broche-bijou éclairent les tenues, les manches sont bouffantes et le motif argyle fidèle au tricot jacquard s’improvise sur les jambes. L’allure se veut précieuse, la maitrise des volumes est parfaite et l’ambiance oscille entre costume de la Renaissance et influence néo-punk à la Vivienne Westwood. La fin du défilé s’illumine de blanc éclatant et les silhouettes se font plus douces et romantiques sous l’influence de la soie, des perles et des plumes.

Autre détail étonnant, les bottes recouvertes de fourrure : « C’est une collection anti-talons aiguilles« , explique Karl Lagerfeld. « J’aime la facilité des chaussures plates avec une tenue sophistiquée. »

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