Paris est une fête

Un demi-siècle s’est écoulé depuis la mort consentie de Ernest Hemingway : l’occasion de (re-)découvrir l’une de ses oeuvres les plus intimes

C’est à travers ses « vignettes parisiennes » que Hemingway nous plonge dans le Paris arty des années 20, celui du bonheur insouciant, du temps de l’innocence. Demeuré inachevé, l’ouvrage ne cessera d’ailleurs de contrarier l’auteur qui le reprendra à plusieurs reprises avant de l’abandonner définitivement en mettant fin à ses jours en juillet 1961. Le destin aurait-il donné raison à Miss Stein qui par ces mots cultes affirma avec conviction : »Vous êtes tous une génération perdue » ?

Loin des clichés de « Midnight in Paris » (dernier Woody Allen en date), Hemingway nous livre ici ses souvenirs d’écrivain en devenir, en évoquant ses rencontres littéraires avec Ezra Pound, Gertrude Stein la collectionneuse et biensur le couple Fitzgerald.

En tant que grande admiratrice des Fitzgerald, de leur relation tumultueuse et de la production littéraire de Scott à travers Zelda, je ne pouvais que me réjouir à l’idée de lire un grand auteur écrivant sur un tout aussi grand.

Morceaux choisis :

« Son talent était aussi naturel que les dessins poudrés sur les ailes d’un papillon. Au début, il en était aussi inconscient que le papillon et, quand tout fut emporté ou saccagé, il ne s’en aperçut même pas. Plus tard, il prit conscience de ses ailes endommagées et leurs dessins, et il apprit à réfléchir. Il avait repris son vol, et j’ai eu la chance de le rencontrer juste après qu’il eut connu une période faste de son écriture, sinon de sa vie ».

« Scott était un homme qui ressemblait alors à un petit garçon avec un visage mi-beau mi-joli. Il avait des cheveux très blonds et bouclés, un grand front, un regard vif et cordial, et une bouche délicate aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, aurait été la bouche d’une beauté ».

Hemingway raconte également cet improbable voyage en province fait avec l’auteur de « Gatsby le Magnifique », dont il ne manque pas de brosser un portrait haut en couleurs qui oscille entre la folie et l’hypocondrie. Scott ne supportait visiblement pas très bien l’alcool et s’imaginait souvent dans ces moments-là pris aux mains d’une grave maladie. Pourtant, Hemingway n’en démord pas et lorsqu’il prend la température de Scott (avec un thermomètre de bain cassé et bloqué à 37°C !), il reste imperturbable en lui affirmant que tout va pour le mieux.

Et c’est tout l’objet de cet ouvrage qui recèle d’anecdotes vivifiantes que l’on prend plaisir à relire tant elles sont cocasses et/ou poignantes de vérité.

D’autre part, la réédition de « Paris est une fête » (chez Gallimard) permet de lire l’oeuvre de Hemingway telle qu’elle l’était à la mort de l’écrivain. Elle présente également huit vignettes inédites ainsi des transcriptions de brouillons, des tentatives récurrentes et obsessionnelles d’introduction, fortement intéressantes quant à l’appréhension des  intentions de l’auteur.

« Ce livre est une oeuvre d’imagination. J’ai laissé beaucoup de choses de côté, opéré des changements et des coupes, et j’espère que Hadley (N.B. : sa première épouse) comprendra. Il se peut qu’un ouvrage de ce genre élimine et déforme, mais il tente de recréer par l’imagination une époque et les gens qui l’ont vécue ».   La vie serait donc une sorte de roman car l’on ne peut empêcher la mémoire de faire son travail de sélection qui, en magnifiant nos souvenirs, nous plonge souvent dans la mélancolie.

De plus, certaines réfléxions sur l’écriture m’ont particulièrement marquées :« Ne t’en fait pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut, c’est écrire une phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraies que tu connaisses ». Ou encore  : « Je m’instruisais de la sorte ; et je lirai aussi afin de ne pas penser à mon oeuvre au point de devenir incapable de l’écrire« . Et pour finir : « J’apprenais beaucoup de choses en contemplant les Cézanne mais je ne savais pas m’exprimer assez bien pour l’expliquer à quelqu’un ».

D’une manière plus générale, Hemingway nous emporte dans sa modeste jeunesse entre Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés (1921-1926), celle de ses débuts en tant qu’écrivain et des difficultés matérielles que cela suppose.

« Paris est une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n’y était simple, ni même la pauvreté, ni même la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d’un être endormi à vos côtés dans le clair de lune ».

Mais Paris y apparaît doux et charmant et comme toujours chez Hemingway, c’est la fête. Le titre original était d’ailleurs « A Moveable Feast » (Une Fête Mobile). C’est la fête (ou l’ivresse ;)) au Dôme, aux Deux Magots, à la Closerie des Lilas et on aimerait bien entendu y être. Il y aussi quelques passages dans les hippodromes (histoire de gagner un peu de sous), des escales dans le Midi, en Espagne, en Suisse, en Autriche…

Bref, on voyage et on ne peut que se réjouir qu’Hemingway se soit finalement résolu à récupérer en 1956 les deux valises conservées au Ritz depuis mars 1928, contenant les fameux écrits, « ces vestiges oubliés de ces premières années à Paris » car sans cela, ce livre n’aurait jamais vu le jour.

Le dernier jour de Jean-Michel Basquiat

Entre fiction et réalité, Anaid Demir nous plonge le temps d’un roman aux côtés de Jean-Michel et de ses dernières heures d’existence.

En reprenant des faits bien connus sur l’artiste – son ascension fulgurante sur le marché de l’art, son addiction aux drogues, son amitié avec Warhol, la non-acceptation de sa mort, son goût pour le Brooklyn Museum, son histoire familiale, l’accident de voiture dont il a été victime enfant, sa relation avec Madonna etc. – l’auteure imagine ce qu’aurait pu faire Jean-Michel dans ce new-york caniculaire de l’été 88, avant de succomber à son dernier fix d’héroïne qui lui sera fatal.

« L’amour, la dope, la peinture. Rien d’autre. Same old shit. Le même plaisir. Tour cela rapproche de la mort. »

Au fil des pages, le récit s’envole et l’on ne parvient plus à démêler le faux du vrai (les plus avertis auront tout de même une petite idée sur la question) mais qu’importe ! On se surprend ainsi à être le témoin de scènes loufoques comme celles où l’on retrouve la mère de Basquiat dans une discussion posthume avec Warhol à la Fabric, Basquiat détruisant dans une performance inouïe de fausses toiles peintes en son nom dans une galerie new-yorkaise, Basquiat s’entretenant avec Madonna (alias Louise Veronica Ciccone) sur sa future cure de désintoxication ou encore Basquiat projetant une soirée avec Keth Haring avec concert de Michael Jackson à la clé.

On se prend d’ailleurs au jeu et on a même envie de croire un instant (bien que ce soit impossible) que Jean-Michel n’y passera pas, qu’il ira retrouver Jennifer son amour perdu, s’envolera pour Abidjan en Côte d’Ivoire et guérira de l’enfer de la drogue grâce aux actions salvatrices des guérisseurs senoufos au coeur de ses racines.

Malheureusement, Jean-Michel a signé son arrêt de mort à l’aube de sa vraie vie d’adulte.

« Les médecins concluront dans quelques jours à une mort par intoxication due à une prise massive de drogues à base d’opiacées et de cocaine. Il serait plus simple de dire : overdose. Sans entrer dans les détails. Le premier artiste noir à entrer au panthéon artistique des Blancs est décédé à l’âge de vingt-sept ans d’une overdose. Comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin. Et comme Rimbaud, comme James Dean et bine d’autres, il a gagné la jeunesse éternelle avant d’atteindre ses trente ans. En moins d’une dizaine d’années et une production abondante, le petit prince de Brooklyn a marqué son époque. »

Ah, hélas,  quand je pense que J-C de Castelbajac a eu la chance de le rencontrer, j’en reste de marbre… La couverture avec le visage de Jean-Michel est d’ailleurs dessinée de la main du créateur (comme pour cet autre livre intitulé Bordel, présent ci-dessous). Un bel hommage pour cette figure de la mode qui n’a jamais cessé de s’intéresser à l’art et à la vie des artistes.

Pour compléter votre lecture

Ouvrage collectif où une vingtaine d’auteurs imaginent des histoires plus loufoques les unes que les autres autour de Jean-Michel.

Certaines se détachent du lot :

Le cimetière de mes globules rouges où Roxane Duru revient sur l’accident de Jean-Michel survenu à ses sept ans et le cadeau que lui fait sa mère Mathilde, le « Henry’s Gray’s anatomy of the human body » à l’origine d’une grande partie de son inspiration dans ses futures peintures.

« Alors, j’ai commencé à reproduire à l’identique ces gros crânes perforés, ces artères grandiloquentes, ces veines intercostales infinies, ces ramifications succintes entre les reins, le gros intestin puis le moyen, le tube digestif à moitié tronqué, des aortes sanguinolentes, des trachées de travers, des tibias fracassés, des ligaments en étoile de mer. J’ai appris que l’être humain était réductible. J’ai appris que nous étions que des corps encombrants et que pour s’en débarasser une bonne fois pour toute, la chirurgie possédait des méthodes très efficaces. Je retrace avec application chaque ligne de cet imagier fantastique ».

Ma vie avec Louis Lanher et Jean-Michel Basquiat de Adeline Grais-Cernea qui relate avec ironie l’histoire d’une jeune dame de cantine par défaut qui via son colocataire, rencontre Jean-Michel installé temporairement sous son toit. La fin est particulièrement cocase, je n’en dirais pas plus :-)

D’autres sont clairement sans intérêt.

Jean-Michel Basquiat dans Sucrette Story de Thomas Lélu. Récit sous forme de pièce de théâtre à l’humour décalé, à la limite du vulgaire…

HOMMAGE DE JOHNNY DEPP (traduction Virginie Despentes)

« Certaines de ses oeuvres me tuent et d’autres ne me font absolument aucun effet. Mais une fois que tu es touché, tu peux soit être dévoré par une espèce de quiétude intérieure, soit te retrouver plié en deux d’un fou rire énorme et douloureux. Car quels que soient l’honnêteté, l’histoire ou le vécu qui jaillissent à travers ses dessins, peintures, objets, écrits ou autres… son sens de l’humour est assassin.Jusque dans son travail le plus poignant, son diabolique sens de l’absurde éructe, sans aucun filtre. Tout comme ses déceptions sincères concernant l’humanité, ou les espoirs qu’elle lui inspirait.

Les symboles forts qui viennent à l’esprit : la couronne, l’auréole d’épines, les portraits écorchés, les organes vitaux pulsant le sang bleu dans les veines, ou les organes vidés de toute vie, ses héros d’enfance Hank Aaron et Charlie Parker, etc. sanctifiés pour l’éternité, l’hommage à ses ancêtres, références incessantes à son enfance…  Il s’est ouvert, comme on ouvre une boîte de sardines, pour que nous puissions tous venir y picorer, alors qu’en réalité c’est lui qui nous dévore. Il n’a jamais été capable de dissimuler ni ses émotions ni ses influences. Il reconnaissait publiquement celles de Cy Twombly, Picasso, les assemblages de mots de William Burroughs et de Brion Gysin, Andy Warhol, Léonard de Vinci, le be-bop, les émissions de télé ou les dessins animés. Il pouvait même trouver l’inspiration dans les dessins des enfants de ses amis. Ses assauts chaotiques prenaient source dans le réservoir infini d’une culture américaine dans laquelle il se noyait presque, et pour laquelle il avait une compréhension profonde, mêlée à une intense confusion.

Quand on observe son travail, il est difficile de ne pas remarquer le soin presque pervers apporté au moindre détail brut, une sensation de concentration précisément distraite. Aussi crue soit l’image, aussi rapide semble l’exécution, les moindres trait, ligne, rature, goutte, empreinte de pied, de doigt, mot, lettre, déchirure et imperfection sont là uniquement parce qu’il a permis qu’ils soient là.

Chaque fois que je regarde ses peintures ou dessins, ils prennent vie sous mes yeux ; et si Jean-Michel Basquiat était resté dans le coin un peu plus longtemps, j’aime imaginer qu’il se serait finalement tourné vers l’animation, au moins pour un temps, combinant sa musique, son langage et ses dessins en une mouvance peut-être plus facilement acceptable pour les honneurs et les cadres, mais qui aurait ouvert les vannes afin que ses messages attaquent les foules. Quelque chose d’équivalent au Thank You Masked Man de Lenny Bruce, une arme ingénieuse qui lui aurait permis de répandre ses tirades célestes sur le monde, sans que le marteau de la censure ne vienne l’écraser.

Si Jean-Michel Basquiat avait survécu aux temps qui l’ont finalement emporté loin de ce monde, qui sait ce qu’il aurait été capable de faire. Les possibilités sont infinies. Rien ne peut remplacer la chaleur et l’immédiateté de la poésie de Basquiat, ni les questions et les vérités définitives qu’il transmettait. La musique, belle et dérangeante, de ses peintures, la cacophonie de son silence, prenant nos sens d’assaut, résonneront bien au-delà de nos respirations. Basquiat était, Basquiat est musique… primitive et féroce. »

L’Oréal vs Helena Rubinstein

Un portrait croisé (signé Ruth Brandon) retraçant les destins si différents de Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal et de Helena Rubinstein.

Ils ne se sont jamais rencontrés. Et pourtant, ils ont fait leurs premiers pas en 1909 et sont l’origine de deux empires majeurs de l’industrie cosmétique.

Alors que Helena fuit son ghetto cracovien pour ouvrir son premier salon de beauté en Australie et concocter ses crèmes à la graisse de laine aux vertus miraculeuses dans son arrière-boutique, Eugène Schueller profite de sa formation de chimiste pour élaborer des colorations capillaires indolores dans sa petite chambre qui lui sert de laboratoire. La formule enfin mise au point (et non sans défauts mais la ténacité de Schueller paiera), ce dernier fonde la société L’Oréal en 1909 pour commercialiser ses produits. Deux versions expliquent la raison de ce nom. Il se serait inspiré d’une coiffure très en vogue à l’époque baptisée L’Auréole (et le nom est assez parlant) et de la contraction de Aurore Boréale. Quand on pense à l’empire que représente aujourd’hui L’Oréal, on a bien du mal à croire que son fondateur ait commencé par de simples colorations !

Mais comme l’explique bien l’auteure, Eugène Schueller a une vision bien précise de l’entreprise mais également de la place minime accordée aux femmes dans la société, qui se doivent de rester au foyer. Et il a su imposer son flair et son sens des affaires à la firme multinationale qu’est aujourd’hui L’Oréal. Il aurait très bien pu faire fortune dans un autre domaine que les cosmétiques et a d’ailleurs été propriétaire des usines Monsavon et Valentine, spécialisée dans la peinture.

A l’inverse, Helena Rubinstein voit vraiment dans les cosmétiques et dans son entreprise familiale les moyens de sa propre libération.  Ils représentent pour les femmes une source de plaisir et d’assurance et marquent leur indépendance à une époque où elles ne l’étaient encore que trop peu. L’auteure par des digressions historiques, nous rappelle ainsi la mauvaise réputation qu’entretenaient la gent masculine au XIXème siècle vis-à-vis des cosmétiques et du maquillage, qu’ils considéraient comme réservés aux prostituées et aux comédiennes, chose que bien entendu, Helena Rubinstein récusait fermement. Aujourd’hui, l’idée a bien fait son chemin dans nos moeurs et on ne compte plus les marques de cosmétiques et de maquillage tant elles sont nombreuses sur cet impitoyable marché !

En dehors de l’industrie cosmétique elle-même, Ruth Brandon consacre par ailleurs plusieurs chapitres aux dérives collaborationnistes de Schueller pendant la Seconde Guerre mondiale et aux démêlés que rencontra L’Oréal avec la justice à la fin des années 80. L’histoire voudra ainsi que Helena Rubinstein croise de manière posthume le destin de L’Oréal qui rachètera sa marque, une vingtaine d’années après sa mort. Les origines juives de cette dernière ne seront d’ailleurs pas sans conséquences dans les « affaires » du groupe.

S’il semble que la victoire (économique ?) revienne à Schueller dans cette « Guerre de la Beauté », Helena Rubinstein aura eu le mérite avec ses consoeurs, Elizabeth Arden, Estée Lauder, Anita Roddick (fondatrice de Beauty Shop) de signer l’acte d’indépendance des femmes dans la société et dans la conduite des affaires, même si malheureusement, ces entreprises sont  aujourd’hui, majoritairement aux mains des hommes.

Au delà de ces destins croisés, Ruth Brandon pousse l’analyse plus loin et nous invite dans les dernières pages à repenser notre rapport au corps compte tenu de la pression qu’exerce aujourd’hui les cosmétiques dans notre quotidien. Alors que la chirurgie esthétique a gagné ses lettres de noblesse, les industries de la beauté surfent sur cette tendance et entendent même concurrencer le « bistouri » en nous proposant des formules de jouvence digne du plus poussé des liftings ! Il n’est pourtant pas sans rappeler que cosmétique signifie également « superficiel, qui n’agit pas en profondeur »… même si cela ne doit pas nous empêcher pas d’y croire et c’est d’ailleurs ce qu’Helena Rubinstein s’évertuait à répondre lorsqu’on la questionnait sur l’efficacité de ses crèmes.

L’univers des cosmétiques serait-il donc l’apanage de l’effet placebo ?! Il est vraisemblablement à l’image de notre société qui se refuse de vieillir en prônant la jeunesse éternelle, signe d’une beauté préservée à tout prix.

Romain Gary, l’homme qui « brûle »

Plusieurs choses me lient à Romain Gary : il aimait Nice, refusait de vieillir et se réfugiait dans l’écriture.

Romain Gary né Roman Kacew, a en effet grandi à Nice et gardera toujours une précieuse admiration pour la Baie des Anges. « Je suis niçois […] parce que j’ai été élevé à Nice, parce que mes premières amitiés se sont formées à Nice, et que je me sens […] toujours bien à la Méditerrannée ».

Un ouvrage est d’ailleurs paru récemment sur le sujet et retrace la vie de l’auteur dans 

Je retiendrais  à ce titre ce passage de « La Vie devant soi » qui ne cessera de m’émouvoir à sa lecture (c’est Momo petit garçon et protagoniste principal de l’oeuvre, qui parle)

« Nice, c’est un oasis au bord de la mer, avec des forêts de mimosas et des palmiers et il y a des princes russes et anglais qui se battent avec des fleurs. Il y a des clowns qui dansent dans les rues et des confetti qui tombent du ciel et n’oublient personne. Un jour, j’irai à Nice, moi aussi, quand je serai jeune. »

Voilà, Romain Gary  me touche tant par son histoire et que par son écriture.

Par ailleurs, à l’occasion du trentenaire anniversaire de sa mort, le 2 décembre 1980, le Musée des Lettres et Manuscrits célèbre actuellement (prolongation jusqu’au 3 avril 2011) l’écrivain dans un parcours littéraire riche et documenté que je vous conseille vivement de découvrir. 160 pièces uniques (articles de presse, lettres, textes inédits, photos) ponctueront notamment votre visite.

De nombreux éléments sur ses engagements politiques et littéraires nous sont ainsi dévoilés comme cette article inédit où il prend la défense de Françoise Sagan ou sa fidélité indéfectible au Général de Gaulle pour lequel il a écrit en anglais à sa mort (Gary a oeuvré pour la Libération de la France). Par ailleurs, l’homme aux deux Goncourt n’a eu de cesse de déjouer la critique en se cachant notamment derrière le personnage d’Emile Ajar, fumisterie à l’origine du plus grand scandale littéraire du XXème siècle.

Si l’on retient souvent Romain Gary pour La Promesse de l’Aube et ses deux Goncourt (Les Racines du Ciel, La Vie devant soi), son oeuvre ne s’arrête pourtant par là. On sort donc du musée avec l’envie de découvrir Education Européenne, Chien blanc, Gros Calin, Les Clowns Lyriques, La Nuit sera calme, Après cette limite, votre ticket n’est plus valable… La liste est longue et le choix des oeuvres restent donc à l’appréciation de chacun. Les nombreux documents manuscrits (attention l’écriture de Gary n’est pas toujours très lisible) permettent ainsi de préciser la pensée de l’écrivain et de mieux le cerner. A noter également la présence inédite et exclusive de son premier roman, écrit à ses 17 ans et jusque là inconnu. Enfin, de nombreuses photos ornementent l’exposition, en particulier un pèle-mèle original qui se situait au dessus du bureau de Gary, où l’on peut admirer l’époustouflante Jean Seberg, qui a partagé sa vie pendant près de 8 ans et avec qui, elle aura un fils Alexandre Diego Gary.

Le destin tragique du couple (tous deux se sont suicidés à une année d’intervalle pour des raisons certes différentes mais suffisantes pour passer à l’acte) nous invite inévitablement à nous interroger sur le devenir de ce petit garçon né de cette union fragile. Et c’est partant de cette constatation que j’ai découvert « S. ou L’espérance de vie »,un roman mêlant fiction et réalité qui traite de la difficulté d’exister par soi-même avec un héritage parental lourd. Je dois dire que j’ai été très sensible à la plume de cet auteur qui bien que de 22 ans mon aîné me semble avoir gardé son âme d’enfant dans ses appréhensions et ses doutes et en un sens, on ne peut pas lui reprocher.

Il nous a cl »Houellebecq »

Après avoir été évincé en 1998 pour les Particules Elémentaires , en 2001 pour Plateforme et quatre ans plus tard (à une voix près) pour La Possibilité d’une île, Houellebecq a enfin été couronné par le Prix Goncourt 2010 pour son dernier roman : La Carte et le Territoire. Il est vrai que celui qui se décrit comme un solitaire semblable à une « vieille tortue malade » se montre ici plus « soft » que dans ses précédents romans.
Il affiche un style épuré et aborde des thèmes moins polémiques que la débauche sexuelle à l’image de l’art, l’argent, l’amour, le terroir, les rapports père-fils, la mort etc. De plus, ce dernier roman tranche avec les précédents car il montre en toile de fond un auteur plus apaisé et qui semble, dans une certaine mesure, s’être réconcilié avec ses vieux démons. En effet, Houellebecq a vieilli : il s’est assagi et affronte avec davantage de sérénité la condition fragile de l’homme et son avenir dans les sociétés occidentales.

Emprunt à des critiques virulentes à son égard, Houellebecq a été pendant de nombreuses années dépeint comme quelqu’un de cynique et sinistre. Pourtant, ceux qui auront cerné la sensibilité de l’auteur apprécieront sans polémique son détachement naturel, caractéristique de sa personnalité. Car comme le dit si justement Frédéric Beigbeder,  « le plus houellebecquien des personnages c’est Houellebecq lui-même ».  C’est un homme profondément libre qui se fiche des conséquences et qui n’hésite pas à déclarer publiquement que « la religion la plus con, c’est quand même l’Islam »[1]. Provocateur scandaleux, Houellebecq n’en demeure pas moins un grand écrivain et le Goncourt le rappelle en consacrant une œuvre considérable qui gagne à être lue dans son ensemble pour être appréhendée à sa juste valeur. Les romans de Houellebecq sont  irrémédiablement à l’image de l’absurde décadence de la postmodernité.

La Carte et le Territoire se compose de trois parties qui relatent le destin de Jed Martin, un artiste plasticien qui semble réussir malgré lui.  Caractéristique des personnages houellebecquiens, Jed est un être profondément détaché mais pas complètement insensible. Le récit s’ouvre sur un événement de la vie quotidienne : un problème de plomberie survenue quelques jours avant Noël et qui semble avoir contrarié le protagoniste. On apprend ensuite que ce dernier a perdu sa mère (qui s’est suicidée à l’âge de 40 ans) et qu’il passe tous ses réveillons de fin d’année exclusivement avec son père, industriel accompli passionné par l’architecture mais désireux d’en finir avec la vie.  Au fil de l’histoire, Jed rencontre Olga lors du vernissage de son expo photos de cartes Michelin, « la Carte est plus intéressante que le Territoire ». Cette jolie russe travaille pour la communication du groupe Michelin et lui ouvre son carnet d’adresses le propulsant ainsi vers la voie du succès.  Malheureusement, cette dernière doit repartir en Russie. Il ne la retiendra pas. Jed renoue alors avec sa passion première, la peinture et enregistre un franc succès avec « Bill Gates et Steve Jobs s’entretenant de l’avenir de l’informatique »  (à défaut d’un « Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l’art » que le peintre avait préalablement détruit, faute de satisfaction).

Dès la deuxième partie, Houellebecq opère une étonnante mise en abyme en  se confrontant à son héros pour lequel il doit écrire la préface de son catalogue.  On découvre alors un Houellebecq qui ne manque pas de s’ironiser et s’amuse à se diaboliser. La troisième partie apparue plus faible aux yeux de certains, affiche un style résolument nouveau puisque Houellebecq s’essaie dans l’art du polar et il y arrive plutôt bien. On a alors l’impression que l’on passe d’un roman d’amour à un roman policier. C’est tellement intriguant que l’on est curieux de voir où l’auteur nous emmène. Les romantiques que nous sommes parfois auraient peut-être attendu un autre rebondissement dans la vie de Jed Martin mais il n’en est rien car La Carte et le Territoire c’est avant tout un autoportrait réaliste qui s’inscrit dans le cheminement intellectuel de Houellebecq.


[1] Lors d’une interview pour Lire à la sortie de Plateforme en 2001

Bienvenue

Qui suis-je ?

Je m’appelle Pauline Weber, j’ai 29 ans et je suis Parisienne d’adoption.

Enivrée par le beau et les arts, je passe le plus clair de mon temps libre à arpenter les musées, les librairies, les galeries, les lieux insolites par pure folie créative.

Crédits photo @Julien Weber
Crédit photo @Julien Weber

Après avoir fait mes armes dans l’industrie de la beauté (Revlon, Paco Rabanne) et du prêt-à-porter de luxe (Chloé, Dior), j’ai décidé de mettre mon goût pour les mots au service de ma passion pour l’art et la mode.

Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l’Institut Français de la Mode, je souhaite à travers ce blog révéler ma sensibilité esthétique et sémantique en abordant au fil de l’actualité, des thèmes en relation avec l’agenda culturel et les tendances qui animent l’art, la mode, la beauté, la littérature ou la musique.

De plus, chacun de mes voyages est un support à la découverte de nouvelles influences que je m’attache à retranscrire avec le plus de sincérité et d’objectivité.

Crédits photo @Jean Picon

Pourquoi ce blog s’appelait-il « Le Théâtre de la Création » auparavant ?

Ce nom s’inspirait d’une exposition organisée en 1945 entre Paris et New York intitulée « Le Petit Théâtre de la Mode«  où les plus grands couturiers du moment dont « Dior pour Lelong » ont été présentés sur 200 poupées de 70 cm. J’avais trouvé l’idée originale. Elle traduit bien en effet l’idée d’un condensé de société en miniature. Je l’avais donc reprise et élargie à la création en général vu quz mon blog ne traite pas exclusivement de mode mais de toutes les formes de création moderne et contemporaine.

Cependant, je me suis rendue compte avec la pratique que malgré l’inspiration originelle, ce nom ne parvenait à retranscrire fidèlement mon état d’esprit et qu’il diluait même le message.

Mon appétence journalistique et l’attachement que je porte à ma patronyme m’ont ainsi poussé à rebaptiser mon site par ce qu’il y avait de plus simple : mon nom s’est alors imposé comme une évidence.

En espérant que cette interface virtuelle et interactive vous stimulera, je vous souhaite à tous une très bonne visite !

N’hésitez pas à me contacter pour de plus amples informations :

weber.pauline@gmail.com

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