Rencontre avec Matthew Slotover, co-fondateur de la Frieze Art Fair

Né en 1968, Matthew Slotover est le co-fondateur de la Frieze Art Fair avec son associée Amanda Sharp. Ils ont lancé en 1991 le magazine d’art contemporain Frieze, avant de créer la foire en 2003. La 12ème édition de la Frieze Art Fair s’est tenue du 15 au 18 octobre 2014 et a rassemblé 162 galeries venues de 25 pays à travers le monde. En 2012, la Frieze s’est exportée à New-York et Frieze Masters est né, offrant aux visiteurs un regard contemporain sur l’art ancien et l’art moderne.

Courtesy of Frieze
Courtesy of Frieze

Quelle est la spécificité de la Frieze par rapport aux autres foires ?

Tout d’abord, la Frieze se tient à Regent Park ce qui lui confère une atmosphère toute particulière. De plus, nous travaillons directement avec les artistes sur des projets spéciaux conçus pour la foire, les Frieze Projects. Nous les commissionnons à travers la réalisation de performances et d’installations. A ce titre, nous avons commencé comme une société sans but lucratif. Tout cela donne à la Frieze une identité propre.

Pensez-vous que la Frieze est une foire anglaise ou internationale ?

Les trois pays principalement représentés sont la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle est anglaise dans la mesure où Londres est devenu aujourd’hui une place importante du marché de l’art mais elle est aussi internationale car nous recevons des personnes du monde entier.

Quelle est la différence avec la Frieze de New-York ?

C’est le même modèle. Cependant, je trouve que New-York est plus informel. Les gens sont un peu plus smart. De plus, la proportion de galeries américaines y est plus importante qu’à la Frieze de Londres.

La Frieze est-elle toujours en lien avec son magazine ?

La Frieze reste bien évidemment étroitement liée au magazine. Nous partageons les mêmes bureaux et notre magazine travaille aussi sur les projets que nous montons pour la foire. Le fait que la Frieze soit née autour d’un magazine la rend plus « intellectuelle ». A ce propos, nous attachons une importance toute particulière à la notion de curating. Voilà pourquoi nos talks programms ne parlent pas exclusivement du marché de l’art mais aussi des artistes et du processus créatif. Nous croisons également les disciplines en mêlant la danse et la vidéo par exemple.

Que pensez-vous du choix de la FIAC de s’exporter à Los Angeles ?

C’est un pari. De nombreuses foires ont tenté leur chance à Los Angeles mais elles n’ont malheureusement jamais vraiment fonctionné. La ville s’est construite autour de l’industrie du cinéma et non de l’art. Los Angeles regorge de plus en plus de galeries et d’artistes mais les musées ont des difficultés de financement et les collectionneurs locaux manquent à l’appel. Ce n’est pas aussi facile que sur la Côte Est ou en Europe. De plus, ce n’est pas très central géographiquement parlant. Après les foires se développent de plus en plus à travers le monde.

Comment était le monde de l’art lorsque vous avez débuté votre carrière il y a plus de vingt ans ? 

Beaucoup plus petit ! Et tout particulièrement à Londres où il devait y avoir cinq galeries intéressantes.

Et comment expliquez-vous cette mutation ?

Il y a deux choses : Internet est apparu et les gens voyagent de plus en plus ce qui attise leur curiosité. Aujourd’hui, l’art contemporain est devenu très mainstream. A Londres, c’est un sujet que vous pouvez parfaitement aborder avec un chauffeur de taxi ! Voilà pourquoi à travers Frieze magazine, nous essayons d’être à la fois accessible et pointu bien que ce ne soit pas toujours évident.

Courtesy of Linda Nylind/Frieze
Courtesy of Linda Nylind/Frieze

Que pensez-vous de cette tendance grandissante du ludique dans l’art, phénomène très perceptible sur la foire à l’image de la Galerie Gagosian qui a transformé son stand en terrain de jeux pour enfants ou de Carlos/Ishikawa qui proposait du nail art aux visiteurs ?

C’est une très bonne chose pour la foire et visuellement c’est plus excitant ! Nous avons à ce titre onze galeries qui ont travaillé sur des projets spéciaux. Certains étaient très spectaculaires et d’autres plus intellectuels, plus exclusifs. Nous essayons de nous diversifier afin de contenter toutes les sensibilités. De manière générale, le fait que les galeries concentrent leur effort pour rendre leur stand plus attractif est très bénéfique pour la foire.

Impressions californiennes

Sunset in LA

Je rentre tout de juste de la Californie du Sud où j’ai eu la chance de voyager pendant deux semaines. J’étais terriblement impatiente de découvrir cette région des Etats-Unis qui arbore à mon sens une culture urbaine du soleil sans précédent et qui est aujourd’hui un bassin émergent en matière de création contemporaine. Bien sur la Californie du Sud – et je parlerai ici essentiellement de Los Angeles et de Palm Springs – fait rêver pour ses starlettes de cinéma et de musique à la sauce MTV mais ce n’est pas sous cet angle que j’ai appréhendé les lieux. Ce que j’ai voulu voir et comprendre c’est comment une mégalopole mythique comme Los Angeles a su se renouveler en dehors du grand écran et comment une ville au milieu du désert comme Palm Springs a su influencer par son esthétique moderniste incroyable et son style de vie l’architecture et la mode d’aujourd’hui.

« Penchez ce pays sur le côté et tout ce qui ne tient pas très bien dégringolera jusqu’à Los Angeles. »  Will Rogers

Los Angeles

Bigger Splash by David Hockney

Avant de frôler le béton à Los Angeles, j’étais radicalement bercée par une imagerie allant des piscines de David Hockney aux photos plastiques de David Lachapelle et j’en oubliais presque Hollywood que j’ai vaguement parcouru à travers son célèbre « walk of fame ».  Cette ville m’a véritablement fascinée tant par son étendue et sa diversité que par son incroyable énergie.

Britney Spears by David Lachapelle

Certains diront que Los Angeles est une ville sans histoire, une ville fausse, une ville façade, qui cache derrière ses avenues interminables bordées de palmiers et ses villas gigantesques, une misère terrible, une injustice à en faire pâlir plus d’un.

J’ai été rythmée dans mes plus jeunes années par les romans de Bret Easton Ellis. Et cela m’a fait tout particulièrement repenser à son premier opus « Moins que zéro » qui retransmet à merveille cette ambiance tragique presque absurde. Ce roman de jeunesse décrit avec crudité et sans fard, l’effroyable vide de sens qui s’abat sur des filles et de fils de producteurs richissimes qui n’ont envie de rien si ce n’est d’aller à « la » soirée in de L.A. L’incipit m’a également beaucoup marquée : « Les gens ont peur de se retrouver sur les autoroutes de Los Angeles. » Je n’ai d’ailleurs cessé de me le remémorer tant il est criant de vérité, tant il prend tout son sens quand on voit cette ville gigantesque se déployer sous nos yeux au tempo de ses interminables freeways.

moins-que-zero

Los Angeles bénéficie aujourd’hui d’une vitalité sans précédent et s’affirme de plus en plus sur la plan artistique comme une alternative de choix à la prédominance new-yorkaise. Et pour cause, la FIAC a décidé de se dupliquer à Los Angeles en avril 2015 et espère réunir entre 130 et 150 exposants. La ville dispose d’un terrain fertile : on y trouve en effet de nombreux musées d’art moderne et contemporain à l’image du MOCA, du LACMA et du Hammer qui disposent de collections permanentes respectables et qui sont très actifs en matière d’expositions temporaires. Je repense à ce titre à la très médiatique exposition Murakami qui s’est tenue au MOCA et qui avait beaucoup fait parler d’elle par son partenariat avec la maison Louis Vuitton.

Air Planes Parts by Nancy Rubins @MOCA

De plus, Los Angeles est dotée d’un réseau de galeries très dense qui concoure à la pleine expansion de son marché de l’art. Elles se concentrent principalement entre West Hollywood et Beverly Hills aux alentours du MOCA – le Pacific Design Center regroupe à ce titre plus de 130 galeries – et du LACMA, avec à sa tête Perry Rubenstein, Matthew MarksGagosian et Blum & Poe. Si vous souhaitez davantage d’informations, je vous conseille d’aller sur ce site qui les répertorie très bien. Il est très difficile de tout voir et tout écumer à Los Angeles si l’on n’y réside pas tant les distances sont importantes. On ne peut malheureusement pas y flâner à l’improviste comme dans les rues de Paris.

Urban Light installation by Chris Burden @LACMA

En terme de concept store intéressant qui rapproche l’art contemporain et le luxe, je recommande de passer la porte de « Just One Eye« . Installé dans les anciens studios de Howard Hughes, le bâtiment bénéficie d’une magnifique façade Art Déco et s’impose de l’intérieur par son style industriel. Vous y trouverez un condensé fashion, allant des grandes maisons à l’image de Chloé, Valentino aux créateurs les plus pointus comme Christophe Lemaire, Pedro Lourenço, Maiyet dans une ambiance galerie d’art contemporain où Murakami, Hirst et Newton sont à l’honneur. La sélection est également assez ample niveau bijoux, accessoires et objets design. Et même si vous ne pouvez rien acheter, l’ambiance est inspirante alors jetez-y « juste un œil » pour le plaisir !

« Just One Eye »

Parmi les endroits incontournables de Los Angeles sur le plan culturel figurent également le Getty Center et la Getty Villa.

Jean-Paul Getty était un riche homme d’affaires de l’industrie pétrolière, polyglotte et épris de culture. Convaincu par les vertus éducatrices de l’art, il décide en 1954 d’ouvrir son propre musée – actuelle Getty Villa – pour donner accès au public à sa collection d’antiquités gréco-romaines, de meubles français et de peintures européennes. Cette sublime réplique d’une villa romaine est située à Malibu et impressionne par ses perspectives qui laissent entrevoir une large piscine qui reflète le bleu du ciel.

Getty Villa
Getty Villa

Le Getty Center a été pour sa part inauguré en 1997. C’est un lieu qui vaut le détour, tant pour son architecture et ses jardins, que pour ses œuvres dont le large spectre comprend peintures de la Renaissance, aux sculptures modernes, à la photographie contemporaine. L’édifice est l’oeuvre de Richard Meier et offre une vue panoramique incroyable sur la ville et l’océan.

Getty Center
Getty Center

Palm Springs 

Reconnu et reconnaissable pour ses maisons d’architecte résolument modernes et ses palmiers haut perchés, Palm Springs est un îlot de tranquillité au milieu du désert. Source d’inspiration pour de nombreux artistes (Robert Doisneau y a séjourné dans les années 60) et décor de prédilection des éditos de mode pointus, la ville se transforme en destination branchée et colorée le week-end et vit aux rythmes de ses pools parties. Elle adopte aussi des allures bohèmes-chics mi-avril le temps de son célèbre festival Coachella.

The Saguaro Hotel @Palm Springs

Repaire pour retraités en mal de soleil, la moyenne d’âge avoisine les 60 ans à Palm Springs mais cette ville semble presque coupée de tout repère spatio-temporel. Il y a en effet une sorte de détachement du monde habituel qui se dégage quand on pénètre pour la première fois dans la ville. Ce fut assez déroutant pour ma part car j’étais comme pour Los Angeles emplie d’une esthétique bien particulière, certainement mi-réelle, mi-fantasmée.

Villa moderniste à Palm Springs
Villa moderniste à Palm Springs

Tout d’abord, lorsque l’on quitte L.A. pour Palm Springs, on s’attend à traverser une petite ville. Et bien, non, c’est au contraire assez étendu avec une urbanisation certes rectiligne mais peu uniforme. Il y a un centre « historique » que j’ai fini par identifier en repérant les allées de boutiques et de restaurants mais il ressemble davantage à un décor de dessin-animé. Palm Springs est en effet relativement jeune car elle a commencé à véritablement prendre son essor en tant que station balnéaire dans les années 20.

Edgar Kaufmann House @Palm Springs

Véritable musée à ciel ouvert, l’architecture affiche une identité hautement reconnaissable baptisée « le modernisme du désert », héritier de la Bauhaus et du Corbusier. Fruit des architectes Richard Neutra, Lloyd RIght, Albert Frey et du « Case Study Program », les villas sont montées sur un seul et unique niveau, elles offrent ergonomie et simplicité dans une harmonie totale avec le paysage extérieur. Les plus célèbres sont la Edgar Kaufmann House, la maison de Frank Sinatra (architecte E. Stewart William), Twin Palms et l’Elwis Honey Moon (Robert Alexander). Ces deux dernières étant disponibles aujourd’hui à la location.

Palm Springs Art Museum
Palm Springs Art Museum

Si vous souhaitez approfondir, le Palm Springs Art Museum traite bien entendu du « mid-century modern » et dispose aussi d’une collection permanente assez complète en matière d’art moderne et contemporain. Il offre par ailleurs un regard intéressant sur l’art local à l’image de Ed Ruscha, de Roland Petersen et aborde les racines de l’art amérindien.

Et puis, si toutefois vous en avez assez des activités culturelles ou des boutiques, il est toujours possible de « work out » au vert et de lézarder au bord de la piscine car à Palm Springs comme à Los Angeles, « demain est toujours un autre jour de ciel bleu ».

 

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