Wim Delvoye, « l’enfance de l’art »

Wim Delvoye est à l’honneur à la Galerie Perrotin jusqu’au 31 octobre 2014 et présente une vingtaine d’œuvres inédites. Vous y découvrirez entre autres des valises en aluminium ciselées aux motifs persans, des pneus dentelés, des roues de vélos en double torsion ou encore une version miniature de « Suppo » en marbre d’où surgissent d’étranges racines…

A bientôt 50 ans, Wim Delvoye n’a pas pour autant perdu son âme d’enfant. C’est à l’occasion du vernissage de sa dernière exposition à la Galerie Perrotin que je fais sa rencontre. Dès les premiers échanges, je ressens chez lui un mélange d’excitation et d’appréhension. Et, c’est avec amusement que je cherche rapidement à capter sa personnalité et son énergie débordante car derrière la nébuleuse de ses propos, se cache une timidité, certes maîtrisée avec les années, mais aussi une grande sensibilité.

IMG_2531
Wim Delvoye lors de son exposition « Au Louvre » devant l’oeuvre « Suppo » 2011, Photo : Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

Wim Delvoye est l’aîné d’une famille de trois enfants. Chaque week-end, ses parents l’emmènent visiter des églises et des musées. Son père porte en effet un grand intérêt à la peinture et met toutes ses expectatives sur son fils. Instituteur, il rentre chaque soir à la maison avec des papiers et des crayons, offrant à Wim ses jouets favoris. Dès plus le jeune âge, il se met à dessiner.

Déclaré inapte aux mathématiques suite à une batterie de tests psychologiques, il décide très vite d’endosser une carrière artistique et entre à quinze ans à l’Ecole d’arts plastiques de Coutrais. Lorsque Wim Delvoye intègre, trois plus tard, l’académie des Beaux-Arts de Gand, il est presque fatigué et a l’impression de ne rien apprendre. C’est loin du conceptualisme ambiant des années 80 dans lequel il ne se reconnaît pas, qu’il va alors construire en secret son identité artistique.

wim castle outlines

Grand admiratif de Marcel Duchamp, il développe très vite une obsession pour la scatologie et l’analité. Avec Cloaca, machine qui reproduit scientifiquement le processus de digestion, Wim Delvoye choisit ainsi de montrer la fragilité, l’humilité loin de tout particularisme.

« Dans les années 80, nous étions face à deux problématiques, celle du genre et du néo-colonialisme. J’ai eu alors envie de faire des œuvres qui pourraient dépasser ce complexe de l’homme blanc. Mes œuvres sont très masculines finalement. » Il y a certainement de quoi être déstabilisé lorsque l’on découvre pour la première fois une machine comme Cloaca. Mais comme le rappelle si honnêtement l’artiste, « en Belgique, l’art quelle que soit la forme qu’il prend, est toujours pris au sérieux. »

Cloaca, 2006
Cloaca, 2006

Wim Delvoye est bel et bien Belge et c’est un détail à ne pas omettre si l’on veut appréhender son art et son goût prononcé pour le détournement. « Mon souci, c’est d’être compris par tout le monde. Un pneu, une valise, le caca tout le monde connaît. C’est une manière d’aborder le quotidien de façon très cosmopolite » avance-t-il tout naturellement. Parer son œuvre d’universalité est chez lui un principe fondamental.

Fasciné par le populaire, la science, la religion ou encore le sexe, Wim Delvoye propose des œuvres très éclectiques tant dans leurs inspirations que dans leurs réalisations. Les supports et matériaux utilisés sont variés et vont de l’acier au caoutchouc, en passant par le marbre, le bronze ou encore la peau de cochon voire la peau humaine.

Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué
Wim Delvoye, Snow White, 2006, Cochon naturalisé et tatoué

Après Cloaca, Wim Delvoye part en Chine élever et tatouer des cochons. Pour ses dessins préparatoires, il détourne en fils spirituel de Walt Disney – ils ont les mêmes initiales, c’est un signe, assurément – des scènes de cartoons où Blanche-Neige côtoie Cendrillon d’une drôle de façon et où Mickey se retrouve crucifié, ses amis Donald, Minnie et Dingo pleurant son malheur à ses pieds. On y retrouve également des références à l’univers du luxe comme Louis Vuitton, où il reprend à son compte initiales enlacées LV, pointes de diamants, étoiles et fleurs quadrilobées propres à la célèbre toile enduite du malletier parisien. Une manière subtile de rappeler que l’artiste est devenu aujourd’hui une marque et que l’art contemporain est le summum du luxe.

En mai 2012, Wim Delvoye s’est installé au Louvre au sein du département des Objets d’art instaurant ainsi un dialogue entre le passé et le présent. A cette occasion, « Suppo », une tour gothique en acier torsadé atteignant 11m de haut, a été érigé sous la pyramide du Louvre flirtant ainsi avec le spectaculaire. Tim, véritable peinture vivante dont le dos a été tatoué par les soins de l’artiste et vendu 150 000 euros à un collectionneur, était également présent dans les salons Napoléon III.

Vue de l'exposition Wim Delvoye "Au Louvre", "Tim", Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique
Vue de l’exposition Wim Delvoye « Au Louvre », « Tim », Peau tatouée / Tattooed skin Photo: Guillaume Ziccarelli © Studio Wim Delvoye, Belgique

Tiraillé entre la loi du marché et ses projets personnels, Wim Delvoye a pris le chemin de la liberté et fait le pari de la difficulté. « Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère où c’est le marché qui compte, la vente et le collectionneur passent avant tout. Mais j’ai osé faire quelque chose de différent, peut-être parce que je suis Belge… Quand on est Belge, on se dit qu’on n’a rien à perdre » précise-t-il avec assurance. Il ajoute : « il faut sortir l’art de son élitisme. D’après moi, l’art c’est du divertissement, du ludique à un niveau plus sophistiqué. »

Pour mener à bien ses projets, l’artiste belge établi à Gand travaille avec une équipe de sept personnes, qui chacune se charge de déléguer le travail à des artisans spécialisés sur des savoir-faire précis. Ainsi, pour réaliser ses pneus à l’allure dentelée dont les dernières versions sont exposées actuellement à la Galerie Perrotin, Wim Delvoye a fait appel à un sculpteur-graveur sur bois. A ce propos, lorsque je lui demande si à force de déléguer, il n’a pas le sentiment d’être dépossédé de son travail d’artiste, il me répond en toute honnêteté qu’il « se sent plus proche d’un architecte que d’un peintre. » Le rôle de chef d’orchestre, voire de chef d’entreprise, n’est donc pas pour lui déplaire. De plus, il précise : « chaque pièce que je fais prouve que j’ai choisi de devenir quelqu’un dans l’art. Je fais en sorte de bien finir mes œuvres. C’est une manière de respecter mon public. »

Wim Delvoye, "Sans titre (Truck Tyre)" 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin
Wim Delvoye, « Sans titre (Truck Tyre) » 2013, Pneu de camion taillé à la main, ©Studio Wim Delvoye, Belgium, Courtesy Galerie Perrotin

De notre conversation, je retiens aussi un goût prononcé pour la politique mais quand j’emploie le terme d’ artiste engagé, il ne semble pas à l’aise avec cette dénomination. « Cela reste quelque chose dont je parle avec mes amis mais ça n’a rien à voir avec mon art » avoue t-il.

Pour clore la discussion, je l’interroge sur ses projets pour le futur. Il me confie que cela fait trente ans qu’il voudrait quitter la Belgique et l’Europe. Il évoque un palais en Iran, à Kashan, un endroit où l’on pourrait tout rénover pour y faire une « mini fondation, une mini galerie, un mini atelier mais aussi un hôtel pour les amis. » Et effectivement, cela laisse rêveur…

L’ère des collaborations artistiques

La rentrée fut marquée par une collaboration très attendue , celle de Yayoi Kusama et de Louis Vuitton

Les vitrines du célèbre malletier ont été transformé pour l’occasion en véritable espace d’exposition poussant à son paroxysme la confusion entre monde de l’art contemporain et monde du luxe.

Je me suis déjà exprimée à plusieurs reprises sur cette thématique – je vous renvoie à ce propos aux précédents articles sur l’art, la mode et le luxe et sur l’exposition de Louis Vuitton-Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs- mais, je souhaitais ici revenir sur quelques faits marquants qui ont animé cette année 2012 signant ainsi la consécration ultime de l’artketing.

Marc Jacobs a été l’un des pionniers en la matière.
Grand collectionneur et connu pour son goût de l’art, il a initié dès 2001 une série de collaborations successives (Stephen Sprouse, Takashi Murakami, Richard Prince) qui ont animé ses collections de maroquinerie pour Louis Vuitton. Bien que le résultat esthétique semble parfois contrasté, la stratégie s’est avérée payante pour ce grand magma du luxe.

A tel point que Delphine Arnault, directrice générale adjointe chez Dior, a elle aussi mis son dévolu sur un artiste, Anselm Reyle, pour revisiter les accessoires iconiques de la maison. Une façon pour cette passionnée d’art contemporain de rendre hommage à l’esprit avant-gardiste de Christian Dior, qui, ne l’oublions pas, fut galeriste avant de se lancer dans la Haute-Couture.

Tous les ingrédients ont été réunis pour obtenir la recette du succès : un artiste contemporain côté sur le marché de l’art, un patrimoine historique et culturelle mis en avant, une image de marque revalorisée.

Comme l’affirme Yves Carcelle, ancien président de Louis Vuitton : « L’univers du luxe partage avec le monde de l’art, les valeurs d’émotion et de passion pour la création. Si la marque inspire les artistes, ils stimulent notre maison en retour. C’est donc un processus d’inspirations mutuelles très productif. »

Pourtant, bien que je trouve les initiatives de Louis Vuitton et de Dior intéressantes, le travail d’un artiste n’est à mon sens pas le même que celui d’un artisan ou d’un couturier. Appliquer, adapter les codes de l’art à l’univers du luxe ne me parait pas toujours approprié. L’art contemporain est indiscutablement à la mode mais l’utiliser à outrance pour parer le monde du luxe d’une identité arty me paraît à terme limité.

Dans la même lignée, Lancel s’est inspiré de Dali en revisitant le Daligramme, alphabet secret composé pour Gala et composé de huit cryptogrammes. Les motifs gravés au laser sont déclinés sur différents modèles de sac et accessoires de petite maroquinerie.

Les collaborations artistiques font également légion dans le secteur de la beauté. Isabelle Musnik, fondatrice du trendmag Influencia, en explique les raisons : « D’une part, l’art contemporain est de plus en plus populaire ; d’autre part, les marques doivent répondre à plusieurs problématiques : toucher à l’exceptionnel et faire rêver le public, enrichir son ADN en conservant les valeurs propres au luxe. La solution : se positionner comme des néomécènes en proposant des produits arty qui donnent au consommateur le sentiment d’acquérir une oeuvre d’art. » 

Ici, la femme Prada Candy est imaginée par l’illustrateur François Berthoud et le personnage de la Petite Robe noire de Guerlain crée par le couple Kuntzek+Deygas. Le créateur s’impose en directeur artistique  pour réenchanter la vision de la marque dans le respect de ses codes.

Dans un autre domaine, Jean-Michel Othoniel, artiste connu pour ses sculptures de verre, réalisa deux montres pour Swatch qu’il présenta à la Biennale de Venise 2011. Le bracelet est fait de perles noires pour l’un, multicolores pour l’autre. Ici, l’artiste a véritablement imposé sa vision en créant une montre à son image.

Ces rapprochements des mondes de la création n’est pas nouveau et Yves Saint-Laurent déclarait lui-même : « J’ai de tout temps été passionné par la peinture, il était donc naturel qu’elle inspire mes créations. On se doute que mon propos n’a pas été de me mesurer aux maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie. »

Une vision que Guillaume Henry, directeur artistique de la maison Carven, partage. Certaines silhouettes du défilé automne-hiver 2012-2013 s’inspirent en effet des toiles de Jérôme Bosch, peintre néerlandais de la Renaissance. L’impression numérique est très réussie et le résultat sublime : les couleurs sont lumineuses et mettent en valeur le thème figuratif reproduit. Victimes de son succès, les pièces ont été sold-out dès leur sortie en boutique… à mon grand désespoir !

Culture mode : Louis Vuitton-Marc Jacobs et Helmut Newton s’invitent à Paris

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition « Voyage en Capitale » qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite « Trianon », très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la « toile Damnier » (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram « LV ». La maison devient alors spécialiste en « emballage des modes » et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde « L.H.O.O.Q » de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

« Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie. » MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers « superflat » coloré (2003).

« Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties. » MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du « porno-chic », Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le « 8ème art » n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

La fonction de l’art dans l’univers de la mode et du luxe

Je commence ici un article qui me tient grandement à cœur puisqu’il abordera dans son expression la plus sincère, la relation ambiguë et controversée qu’entretiennent l’art et la mode, l’art et le luxe. Des mondes attirants, intimidants qui tendent aujourd’hui à se confondre dans leurs excès tant spéculatifs que mondains.

Pour illustrer ces propos, on ne peut s’empêcher de penser aux « supers-stars » du système de l’art contemporain à l’image de Jeff Koons, Takashi Murakami, Wim Delvoye que les collectionneurs François-Henri Pinault et Bernard Arnault, à la tête des deux plus beaux empires du luxe, s’empressent d’acquérir.


De plus, lorsque l’on observe des événements comme la Biennale de Venise ou encore plus flagrant, la Miami Art Basel, foire d’art contemporain la plus fashion du moment, née de sa célèbre consœur helvétique, on se rend bien compte – au regard de l’élite qui fréquente ces lieux – de la convergence inéluctable qui s’opère entre ces deux mondes.

Pourtant, cette fascination réciproque entre l’art et la mode n’est pas un fait contemporain. Déjà dans les années 20, Elsa Schiaparelli inaugurait une tradition de collaboration avec Salvador Dali, en créant des sweaters trompe-l’oeil d’inspiration surréaliste qui marqueront les esprits, tendance qu’elle perpétuera avec la robe-homard à forte symbolique sexuelle.

Par ailleurs, Sonia Delaunay, femme du célèbre peintre orphiste, concevait des vêtements géométriques (cf. les « robes-simultanées ») aux couleurs vives et aux matières variées, qui ne sont pas sans rappeler ses tableaux et le constructivisme russe.

Par la suite, Warhol ancien illustrateur de mode pour Vogue et Harper’s Bazaar, n’a cessé tout au long de sa carrière, de flirter dans ses œuvres d’art avec le monde de la mode et du luxe à l’image de sa série « Diamond Dust Shoes » (1980-81) où les toiles représentant des escarpins en vrac, sont recouvertes de poudre de diamant. Yves Saint Laurent dans une démarche, je dirai plus pure et plus sensible, rend lui aussi hommage aux artistes avec sa robe Mondrian (1965) et sa robe Braque (1988) pour ne citer qu’elles. La mode devient un langage artistique à part entière.

L’apparition dans les années 90 d’empires du luxe à l’image de LVMH et PPR a accéléré ce processus de cross-over. On ne compte plus aujourd’hui les collaborations entre artistes et marques de luxe et on ne s’étonne plus de voir ces mêmes maisons faire du mécénat culturel ou créer leur fondation. Les exemples à l’image de Cartier, Vuitton, Hermès, Prada, pullulent et sont révélateurs d’une tendance de fond : l’art contemporain est à la mode. Le luxe s’esthétise et on n’est pas surpris de découvrir que Marc Jacobs lui-même est amateur et collectionneur d’art. Les artistes sont invités à se lancer dans des projets, qu’ils ne pourraient jamais mener de front, sans le soutien financier des entreprises du luxe qui se parent ainsi d’une image de marque plus arty. Les frontières entre art, mode et luxe s’avèrent de plus en plus floues. L’exemple le plus frappant, vécu par certains comme une profanation dans le temple de l’art, est sans doute l’installation de la boutique Vuitton lors de la rétrospective Murakami en 2007 au MoCA de Los Angeles. Le luxe franchit la porte du musée et consommer devient un acte culturel, une revendication esthétique.

Autre fait marquant pour conclure : le 15 septembre 2008, alors que la chute de Lehman Brothers entraîne avec elle la bourse américaine, Damien Hirst, chef de file des Young British Artists (YBA), prend le marteau chez Sotheby’s et organise sa propre vente sans passer par la médiation d’une galerie. Une première pour la maison comme pour un artiste. Hirst parvient ainsi à court-circuiter le système et vend près de 223 pièces pour un total de 139,5 millions d’euros (estimation initiale : 81 millions d’euros). Toutefois, il faut bien garder en tête qu’il y a toujours un marchand d’art ou un grand collectionneur pour faire artificiellement monter les prix. Ce genre de pratiques ne peuvent qu’inquiéter. Et, ces logiques financières rapprochent visiblement le marché de l’art à celui du luxe. On serait entré dans l’ère du « financial art », de la « tritisation du néant » pour reprendre Aude de Kerros, artiste et auteur d’un livre incontournable intitulé L’Art caché, les dissidents de l’art contemporain. Pourtant, ceux qui voient l’art comme une valeur refuge « as good as gold » se trompent : une œuvre n’aura à mon sens, jamais la même liquidité que l’or. Et lorsque l’on regarde ces œuvres emblématiques de Hirst : le veau d’or ou ce crane incrusté de 8601 diamants baptisé « For the Love of God », on est cœur de cette hybridation monstrueuse entre art et luxe.

L’art et le luxe se sont aujourd’hui mués dans un langage de signes et de symboles, déconnecté de toute réalité. Pourtant si ces deux mondes cohabitent, il n’y a jamais réellement de fusion : c’est un perpétuel mouvement d’attraction et de répulsion.

Concernant le marché de l’art en France, il semblerait que nous devrions sérieusement engager une réflexion de fond… sinon la réflexion se fera sans nous.

Pour aller plus loin :

Art & Mode, Florence Müller, Assouline, 1999

Art Business (2), Judith Benhamou-Huet, Assouline, 2007

L’Art Contemporain et la Mode, Jill Gasparina, Editions du cercle d’art, 2007

« Le Luxe et l’Art, du Marketing à l’Arketing » de Christophe Rioux in Le Luxe, Essais sur la fabrique de l’ostentation, sous la direction d’Olivier Assouly, Editions IFM / Regard, 2011

Le retour du col Claudine

Qui aurait cru que cette collerette tombée en désuétude depuis plusieurs décennies reviendrait aujourd’hui à la mode  ?

Caractéristique du vestiaire de la petite fille, le col Claudine doit son nom un brin surranné, au roman de Colette, Claudine à l’école. Publié sous le pseudonyme Willy, l’auteur y raconte ses souvenirs d’école avec un léger parfum de scandale et pose même pour la couverture de son livre avec le fameux petit col.

Si vous faites votre shopping outre-manche, il s’appellera « Peter Pan collar » en référence à l’un des attributs du personnage de J.M. Barrie.

Gabrielle Chanel n’hésitait pas à le porter sous ses perles et le cinéma de la Nouvelle Vague l’a également érigé en valeur suprême à l’image de Françoise Dorléac dans La Peau Douce de Truffaut ou encore de Jeanne Moreau dans Journal d’une femme de chambre de Buñuel. Audrey Hepburn l’a également détourné en le portant dans une variante rouge sulfurique. 

Après avoir été jeté aux oubliettes pendant près de 50 ans, le col Claudine a aujourd’hui retrouvé ses lettres de noblesse grâce, entre autres, à Guillaume Henry qui a été l’un des premiers à l’avoir réhabilité chez Carven en 2010. Depuis la rentrée, que ce soit chez Marc Jacobs pour Louis Vuitton en version cuir blanc vinyle, ou chez Petit Bateau  par Didier Ludot avec la petite robe noire « Catherine », le col à rabats arrondis est partout. Je ne cite volontairement pas ici toutes les marques du Marais que nous connaissons toutes ;-).


Parmis les grandes fans du col Claudine, on pense bien entendu à Alexa Chung, Natalie Portman, Emma Watson, Elle Fanning (mon coup de coeur !) ou encore Carey Mulligan.

Personnellement, j’aime l’ambiguité sur laquelle joue le col Claudine qui donne une allure de pensionnaire faussement sage. A coordonner sans tarder avec un jean ou une jupe plissée !

Fashion Week PE 12 : Marc Jacobs pour Louis Vuitton

Voici probablement le dernier défilé de Marc Jacobs pour Louis Vuitton, qui s’est tenu le 05 octobre dernier à Paris dans la Cour carrée du Louvre. Ce dernier semble même dans sa collection nous donner un avant-goût de son présumé passage chez Dior: un carrousel grandeur nature, des robes en dentelle et organza ornées d’ombrelles romantiques et Kate Moss en invité spécial. La vidéo est courte mais donne le ton. Une belle inspiration !

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :