Une belle rentrée culturelle

L’été s’est achevé, la mélancolie automnale commence à poindre. Pour éviter le contre-coup de la rentrée, rien de tel qu’un programme culturel riche et varié.

Petite sélection :

– L’impressionnisme et la Mode, Musée d’Orsay, jusqu’au 20 janvier 2013


« Il faut bien comprendre que dans le mot « mode », on perçoit en filigrane le sens du « modernisme ».
 C’est une exposition riche et multi-supports que Robert Carsen, scénographe de l’événement, nous livre. Comme l’a écrit Baudelaire, chaque art était moderne à son époque et c’est à l’aune de l’impressionnisme que la mode est ici observée. Si certains impressionnistes n’étaient pas particulièrement intéressés par la mode, il n’en demeure pas moins les témoins prévilégiés des évolutions vestimentaires et des attitudes de leur temps. Une exposition qui rappelle à quel point l’art et la mode sont historiquement liés.

Raphaël, les dernières années, Musée du Louvre, jusqu’au 14 janvier 2013

Organisée en partenariat avec le Musée du Prado détenteur avec le Louvre de la plus belle collection d’oeuvres de Raphaël, cette exposition entend montrer l’achèvement stylistique de l’artiste romain  sous le spectre des sept dernières années de sa vie. A l’ombre de ses maîtres comme le Pérugin et Michel-Ange, Raphaël compose avec un atelier d’une cinquantaine de personnes. Tableaux, portraits et dessins sont réunis afin de mettre en exergue la grâce et la douceur de ses réalisations ultimes.

Edward Hopper, Grand Palais, jusqu’au 28 janvier 2013

Artiste iconoclaste, Hopper dresse un portrait saisissant de l’Amérique de son époque. Entre modernité et réalisme, ses oeuvres inspirent une foule de sentiments à l’image de la solitude ou de la mélancolie. Toujours traité avec une certaine douceur dans le geste, ses peintures confrontent des personnages qui ne se regardent pas, qui semblent n’être que l’ombre d’eux-mêmes. Une première grande rétrospective parisienne consacrée à l’artiste américain.

Chloé Attitudes, Palais de Tokyo, jusqu’au 18 novembre 2012

A l’occasion des 60 ans de la maison française, la femme Chloé s’expose au Palais de Tokyo. Au programme : 70 pièces sélectionnées au sein des archives (de Gérard Pipart à Clare Waight Keller en passant par Phoebe Philo ou Stella Mc Carney pour ne citer qu’eux, tant les changements successifs de directeurs artistiques font partie de l’histoire de la marque), croquis de Karl Lagarfeld datant de 1972 ou encore photographies de Helmut Newton, Guy Bourdin, Jean Loup Sieff. Chloé Attitude inaugure un cycle d’expositions intitulé « Fashion Program » mis en place au Palais de Tokyo afin de mettre en lumière les temps forts de la création en matière de mode. Une belle initiative de Jean de Loisy et une occasion de redécouvrir la naissance du prêt-porter de luxe sous la vision novatrice de sa fondatrice : Gaby Aghion.

Les frères Campana -Barrocco, Rococò, les Arts décoratifs, jusqu’au 24 février 2013

Ambassadeurs incontestés du nouveau design brésilien, Fernando et Humberto Campana ont révolutionné l’art du design par leurs réalisations insolites et écologistes qui détournent les objets afin de leur donner une seconde vie, un nouvel usage à la fois ornemental et fonctionnel. Des créations exhubérantes et colorées qui dévoilent en filigrane l’âme riche et sensuelle de la culture brésilienne.

Et surtout n’oubliez pas la FIAC qui se tiendra sous la verrière du Grand Palais (as usual) du 18 au 21 octobre 2012. 218 galeries au rendez-vous et de nombreux événements hors les murs. Pour plus d’infos.

Culture mode : Louis Vuitton-Marc Jacobs et Helmut Newton s’invitent à Paris

Retour en images et en mots sur deux expositions qui célèbrent la mode, l’art et la création.

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs

Voyage au coeur du luxe, du savoir-faire et de l’artisanat ou gros coup de pub pour la maison Vuitton ?Libre à chacun de se forger sa propre opinion.
Quoiqu’il en soit la scénographie est assez exceptionnelle.
Au premier étage, l’espace a été entièrement revu pour les besoins de l’exposition. Les murs ont été recouverts de bois gris laqué, ce qui donne une âme nouvelle, plus intime au lieu. La première partie est consacrée à l’histoire de Louis Vuitton en tant que malettier et fait écho à l’exposition « Voyage en Capitale » qui a eu en 2011 au Musée Carnavalet. Les malles d’époque sont présentées dans de grandes vitrines et côtoient costumes et accessoires du XIXème siècle.

On découvre alors la toile cirée d’origine, dite « Trianon », très en vue à l’époque car imperméabilisante, la toile rayée (1877) et bien entendu, la « toile Damnier » (1888) à laquelle Louis Vuitton intègre son nom pour se protéger des contrefaçons. En 1896, Georges Vuitton perpétue cette tradition après la mort de son père en créant le célèbre Monogram « LV ». La maison devient alors spécialiste en « emballage des modes » et sera à l’origine de nombreuses innovations pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie et de sa garde-robe toujours plus ample.

Au second niveau, on entre avec frénésie dans l’univers de Marc Jacobs, cet homme visionnaire qui a fait basculer le destin de la maison dans la culture pop et l’art contemporain. Des murs d’inspirations alternant images animées, extraits de films, musique, photographies et oeuvres d’art nous plongent dans le monde hétéroclite du créateur américain. La fameuse parodie de la Joconde « L.H.O.O.Q » de Duchamp est également présente.

Une immense vitrine arbore ensuite une kyrielle de sacs, placés dans des écrins dentellés qui ressemblent étrangement à de petits moules à gateaux. A croire que la maroquinerie Vuitton est un gourmand plaisir…. De formats et styles variés, ces sacs reprennent ainsi quinze ans de création.

Les salles suivantes mettent en scène les défilés emblématiques de ces dernières années (liste non exhaustive) :

  • automne-hiver 2011-2011 avec ses robes bustier corsettées très années 50
  • automne-hiver 2011-2012 avec son ascenseur majestueux, ses mannequins en tenue de soubrette et Kate avec sa cigarette à la main
  • printemps-été 2012 avec son carrousel, ses cols Claudine, ses couleurs pastel, ses robes à motifs floraux et broderies anglaises

« Pour certains, la vie n’a pas de sens sans la mode, pour moi c’est la mode qui n’a pas de sens sans la vie. » MJ

La fin de l’exposition traitent des collaborations artistiques avec Stephen Sprouse et ses graffitis (2001) et Takashi Murakami et son univers « superflat » coloré (2003).

« Je crois que dans le domaine de la création, personne ne fait rien tout seul. J’aime cette citation qui dit : le tout est égal à la somme de ses parties. » MJ

Enfin, ce sont les nurses de Richard Prince (2008) qui clôturent l’exposition : une des mannequins semble d’ailleurs nous dire au revoir de la main.

Mais c’est la petite statuette de Marc qui a le dernier mot, trônant et tournant tel un trophée. Culte du créateur ?

Helmut Newton au Grand Palais

A la fois chronologique et thématique, cette rétrospective, la première depuis la mort du photographe en 2004 a été conçue en collaboration avec sa femme Jude Newton. Elle-même photographe sous le nom de Alice Springs, elle a accompagné Helmut Newton pendant presque 60 ans.

Les ambitions de l’exposition sont fortes et veulent montrer la richesse et la complexité de l’oeuvre de Newton qui ne se résument pas seulement à des photographies de mode ou à des nus. Le photographe maniait également avec brio l’art du portrait mais aussi du paysage.

Newton s’inscrit pleinement dans l’histoire de l’art avec un grand A :

Certaines de ses photos ne sont pas sans rappeler la pose d’un célèbre tableau de Velazquez (Vénus à son Mirroir)

D’autres, une scène de film de Hitchcock (La Mort aux Trousses)

Sa proximité avec Yves Saint Laurent est également emblématique et terriblement touchante. En saisissant le smoking  YSL sur papier glacé, il l’a immortalisé et inscrit dans l’histoire.

Inventeur du « porno-chic », Newton n’a pas peur de jouer avec les codes de la vulgarité car il le fait avec humour. Les êtres qu’il met en scène dégagent tour à tour des sentiments de pouvoir, de domination, de vulnérabilité, de plaisir par la souffrance.

Helmut Newton a incontestablement joué un rôle prépondérant dans la photographie contemporaine à une époque où le « 8ème art » n’était pas considéré comme tel.

Toutefois, la scénographie de l’exposition reste assez plate. Il y a peu d’explications aux murs et l’on se contente d’un film en milieu de parcours où l’on peine à accéder tant l’espace est restreint. Certains clichés mériteraient pourtant d’être recontextualisés, argumentés pour qu’on puisse en percevoir toute la teneur. D’autres laissent par ailleurs, un arrière goût de Vogue dont on finit par faire une overdose. Une petite déception quand même pour cette exposition tant attendue…

Agenda culturel Hiver 2012

A vos agendas ! 

2012 commence à peine et s’annonce riche en événements culturels.

Centre Pompidou

Danser sa vie, jusqu’au 2 avril 2012

Musée Rodin

La saisie du modèle, Rodin 300 dessins 1890-1917jusqu’au 1er avril 2012

Musée Marmottan-Monet

Henri Edmond Cross et le néo-impressionisme, jusqu’au 19 février 2012

Musée des Arts Décoratifs

Jean-Paul Goude – Goudemalion, une rétrospective, jusqu’au 18 mars 2012

Marteen Baas, les curiosités d’un designer, jusqu’au 12 février 2012

Gagosian Gallery

Damien Hirst – The Complot Spot Paintings 1986-2011, du 12 janvier au 18 février 2012

A venir :

Musée des Arts Décoratifs

Louis Vuitton – Marc Jacobs, du 09 mars au 16 septembre 2012

Musée d’Orsay

Degas et le Nu, du 13 mars au 1er juillet 2012

Grand Palais, Galerie Sud-Est

Helmut Newton, du 24 mars au 17 juin 2012

Agenda culturel Automne 2011

Je réfléchis sérieusement à des moyens de rendre ce blog plus interactif – peut-être moins hermétique parfois, tout en continuant à vous parler de ce que je connais le mieux, à savoir ma passion pour l’univers culturel et créatif.

Il m’a donc semblé intéressant de dresser dorénavant à chaque saison -à la manière des défilés et des collections de prêt-à-porter – un bref agenda culturel de ce qui me parait pertinent d’aller voir dans notre chère capitale.

Bonne visite !

Centre Pompidou

  • Edvard Munch : l’Oeil moderne (jusqu’au 23 janvier 2012)
  • Cyprien Gaillard : prix Marcel Duchamp 2010 (jusqu’au 9 janvier 2012
  • Yayoi Kusama (jusqu’au 9 janvier 2012)

Grand Palais

  • FIAC 2011 (du 20 au 23 octobre 2011)
  • Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein (jusqu’au 16 janvier 2012)

 

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Musée des Arts Décoratifs

Musée Cernuschi 

  • Artistes Chinois à Paris (jusqu’au 31 décembre 2011)

Musée d’Orsay

Musée de l’Orangerie

  • L’Espagne entre deux siècles : De Zuloaga à Picasso (jusqu’au 9 janvier 2012)

Musée de la Poste

  • Paint BAL – Des boites aux lettres pour Keith Haring (jusqu’au 1er mars 2012)

Maison de l’Amérique Latine

  • Expo-photo : chroniques brésiliennes – José Medeiros (jusqu’au 03 décembre 2011)

Galerie Emmanuel Perrotin

  • Xavier Veilhan – Orchestra (jusqu’au 12 novembre 2011)

Galerie Thaddaeus Ropac

  • Alex Katz – Danseurs (du 20 octobre au 19 novembre 2011)

Hussein Chalayan au Musée des Arts Décoratifs

Diplômé de la Centrale Saint Martin School’s College of Art and Design de Londres, Hussein Chalayan, créateur d’origine chypriote n’en finit plus de détourner les codes de la mode et nous offre à travers cette exposition « Récits de Mode », un terrain propice à la réflexion et à l’expérimentation (jusqu’au 13 novembre).

Chalayan est un touche à tout, qui intègre dans son art, son environnement, sa culture, ses influences, son attrait pour la science et en fait sien pour nous proposer de véritables prouesses tant sur le plan esthétique que technique. Bref, ses défilés sont des performances à part entière.

Dans « Afterwords », Chalayan questionne par exemple la notion « d’architecture portable » en transformant les meubles en vêtements. Pour « Airbone », il nous propose des robes qui scintillent grâce à des cristaux Swarovski réfléchissant sur des lampes électroluminescentes. Dans « Between », il soulève avec brio le paradoxe du port de la burka en présentant 6 modèles du plus court au plus long, suscitant ainsi une vive polémique et même un léger malaise.

Petit condensé en images :

Par ses créations, Chalayan met ainsi en confrontation des éléments antinomiques tels que la technologie et l’environnement, le design et la nature mais soulève également des problématiques liées à l’identité culturelle, à l’immigration ou encore au déplacement des populations. En repoussant les frontières de la mode, Chalayan se pose en véritable artiste avant-gardiste et c’est je crois, un aspect auquel j’ai été encore une fois très sensible. Chez Chalayan, le vêtement devient un support d’explorations de concepts à la croisée de l’art, de la science, de l’architecture et du design comme l’illustrent ses célèbres robes mécaniques et transformables « les Remote Control Dresses » qui s’allongent, se raccourcissent grâce à une télécommande. Un concentré de technologie et de génie, un enchantement visuel et sensoriel !

Un guide de visite est proposé à l’entrée de l’exposition, n’hésitez pas à vous y plonger pour mieux cerner les intentions de ce créateur très pluridisciplinaire.

Bonne visite !

Histoire idéale de la Mode Contemporaine : 2ème volet !

Une exposition remarquable aux Arts Décoratifs !


Que vous ayez manqué ou non, la première partie de cette histoire idéale portant sur la mode des années 80-90, filez dans ce paradis enchanteresque découvrir les plus belles créations de haute couture de la fin de notre temps. Nous en méconnaissons trop souvent certains pour s’en priver !

De l’école belge d’Anvers avec Martin Margiela, Dries Van Noten aux créateurs japonais à l’instar de Issey Myake, Yohji Yamamoto, Comme des Garçons en passant par la mode conceptuelle et onirique de Hussein Chalayan, Viktor & Rolf et Alexander McQueen, sans oublier John Galliano pour Givenchy et Dior, Karl Lagarfeld pour Chanel, Nicolas Ghesquière pour Balenciaga, et enfin Alber Elbaz pour Lanvin : bref, vous l’aurez compris, il y en a pour tous les goûts !

Pourtant, l’exposition ne prétent pas être exhaustive[1] mais elle a le mérite d’apporter une bonne vue d’ensemble sur les influences majeures qui ont marqué les deux dernières décennies. On découvre ainsi les différents univers des créateurs qui ont suivi l’époque de la mode joyeuse et colorée des années 80 avec Castelbajac et Jean-Paul Gaultier.

Si les années 90 révèlent une certaine hétérogénéité des tendances, les années 2000 compte tenu des événements mondiaux s’ouvrent sur une note plus épurée, voire plus poétique… La mode entre dans une nouvelle ère, une mouvance moins tapageuse, plus expérimentale.

L’iconoclaste Martin Margiela tranche avec son goût pour la déconstruction. Il ironise le vêtement et fait défiler ses mannequins avec un bandeau noir sur les yeux. Il voue un véritable culte pour l’anonymat et se joue des conventions comme Rei Kawakubo (sous la griffe « Comme des garçons ») dont les créations vestimentaires s’apparentent plus à des oeuvres d’arts. Quoi de plus surprenant que sa collection « à bosse » qui déforme délibérément les corps ! Son élève Junya Watanabe s’affirme également avec des collections touchantes, techniquement complexes mais baignées de légèreté et de délicatesse (cf. défilé de 2003 avec ses « robes parachutes »). Issey Miyake joue également avec le tissu en élaborant de véritables « sculptures de textile ».

Helmut Lang et Muccia Prada s’affirment par leur minimalisme, emprunt de simplicité et de sobriété. A l’inverse, John Galliano contraste avec ses excès de matières et l’exhubérance de ses robes portées par des femmes hautes en couleurs. Nicolas Ghesquière reprend en 2001 la maison Balenciaga, fermée en 1968 par son créateur et s’oriente vers un style mêlant romantisme et futurisme.

Mention spéciale pour le fabuleux défilé de Alexander McQueen collection printemps-été 2004 (cf. photo ci-dessous) qui m’a littéralement fasciné puisque je l’ai regardé dans son intégralité les yeux grand ouverts (environ 30 mn). Ce pastiche de « On achève bien les chevaux » est un véritable spectacle (chorégraphie de Michael Clark), dans la tradition des shows médiatiques à la Thierry Mugler, qui met en scène une troupe de danseurs et de mannequins à la limite de l’épuisement. Tout simplement poignant !


[1] 150 modèles sélectionnées parmi les collections les plus emblématiques

A découvrir également pour compléter votre soif d’apprendre :

Le livre à l’origine de la rétrospective « Histoire Idéale de la Mode Contemporaine » de Olivier Saillard (commissaire de l’exposition) , un petit bijou qui entend vous offrir « les plus beaux défilés de 1971 à nos jours » à travers de larges photos sur papier glacé. Un délice !

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