Paola Pivi n’a pas peur de la démesure

Paola Pivi, "Ok, you are better than me, so what?" 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Ok, you are better than me, so what? » 2013, Photo: Guillaume Ziccarelli, Courtesy Galerie Perrotin

De grands ours à plumes colorées, une pizza oversize, un avion à bascule, des performances qui mêlent éléments improbables à l’image d’un léopard traversant une forêt de tasses de capuccino factice ou encore un alligator plongé dans la crème chantilly… difficile de passer à côté du travail de Paola Pivi. Si son nom n’est pas gravé dans votre mémoire, ses œuvres vous parleront certainement, soit parce qu’elles auront incontestablement accroché votre regard, soit parce qu’elles feront tout simplement appel à votre instinct.

Et l’instinct, c’est bien ce qui anime l’artiste, la pousse à produire et à vivre son art pleinement. « Ingénieur de formation et professeur d’aérobic à mes débuts, il n’y a pas eu d’art dans ma vie avant mes 23 ans. Pourtant, c’est quelque chose qui était bien à l’intérieur de moi. »

Paola Pivi,"Pizza" 1998, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Pizza » 1998, Courtesy Galerie Perrotin

Loin d’une explication rationnelle du pourquoi du comment à laquelle je m’attache obstinément à percer le mystère en décortiquant ses œuvres, Paola Pivi tend vers un au-delà qui nous rappelle à notre humanité. « Je n’ai pas vraiment de mots pour cela car nous sommes plutôt dans le registre du contemplatif. Bien souvent, mes œuvres sont la résultante d’une vision qui se produit dans mon esprit et que je décide ensuite de produire. J’ai mes idées et je les exécute, ce qui s’avère somme toute très excitant. »

Paola Pivi, "How I Roll" 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « How I Roll » 2012, Photo: Attilio Maranzano, Courtesy Galerie Perrotin

En composant son art avec des animaux, des personnes ou encore des objets de la vie quotidienne a priori banals, Paola Pivi le charge d’une grande poésie visuelle et d’un soupçon énigmatique. Éclectiques, ses œuvres ont la particularité d’éveiller à l’unisson notre curiosité.

Pris aux mains d’interrogations intempestives, nous ne pouvons nous empêcher de dérouler le fil d’une histoire et d’en essaimer les suppositions. Que font ces chevaux juchés sur le 1er étage de la Tour Eiffel ? Comment sont-ils montés jusqu’ici ? Tenté de répondre « par l’ascenseur » tout simplement, l’emblème parisien semble être devenu leur environnement naturel. De cette situation en apparence incongrue, ils en ressortent plutôt sereins voir tout simplement biens, comme plongés au beau milieu d’un terrain de jeu propice à la découverte.

Paola Pivi, "Yee-Haw (horse)" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, « Yee-Haw (horse) » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Projet à l’envergure folle, « Yee-Haw » est né d’une rencontre avec Virginie Coupérie-Eiffel, cavalière et championne de France. Pour cette deuxième édition du Longines Paris Eiffel Jumping, l’arrière petite fille de Gustave Eiffel a invité l’artiste italienne à réaliser l’affiche de l ‘événement qui a eu lieu du 3 au 05 juillet dernier. Imaginé sous l’absence sourde des cow-boys, le résultant de la performance est immortalisé par une série de cinq photographies exposées jusqu’ au 1er août prochain dans l’espace Saint-Claude de la Galerie Perrotin. Amateur d’art empli d’amour pour l’univers équestre, vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire !

Paola Pivi,"Yee-Haw" 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin
Paola Pivi, »Yee-Haw » 2015, Photo: Hugo Glendinning, Courtesy Galerie Perrotin

Pharrell Williams commissaire d’exposition, coup de pub ou coup de génie ?

Murakami Pharrell
Takashi Murakami « Portrait of Pharrell and Helen Williams »

Juger cette exposition, ouverte lundi soir en grande pompe dans le nouvel espace de la Galerie Perrotin, m’a confrontée à la même difficulté d’appréciation que le supermarché Chanel de Karl Lagerfeld. On emploie les grands moyens, ça amuse la galerie, les peoples sont au rendez-vous et surtout les médias en parlent. Faire preuve de discernement face à tout cela devient souvent un exercice périlleux.

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JR, Jean-Michel Othoniel et Daniel Firman

Pharrell Williams s’improvise commissaire d’exposition. Je serais presque tentée de dire un brin ironique : « [Ça] me plait. Quel événement ! » pour plagier les mots de Duras, dans Hiroshima, mon amour. En effet, devant la nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la starification grandissante des commissaires d’expositions dans l’art contemporain mais aussi sur leur légitimité. Moins formatés que les traditionnels conservateurs, les commissaires d’exposition – du latin curator, qui prend soin – ne se contentent pas d’être experts en histoire de l’art, critiques ou écrivains. Ils cherchent au contraire à sortir des sentiers battus en prenant de vrais partis-pris. Ils font bouger les lignes, provoquent de l’inattendu, apportent un vent frais à la manière des directeurs artistiques des grandes maisons de mode. Et étant donné qu’il n’y a pas de formation type pour atteindre ce graal, s’autoproclamer commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui pratique courante.

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Face à sa nouvelle fonction, le chanteur touche-à-tout fait tout de même preuve d’humilité et se considère encore en apprentissage… « Avec les artistes visuels, je suis comme un étudiant, j’apprends tellement à leurs côtés. » Pharrell, génie surdoué de l’industrie musicale mais pour l’heure, encore « baby curator ».

Celui dont les ritournelles Get Lucky et Happy nous font danser mécaniquement depuis plusieurs mois, souhaite rendre ici hommage aux femmes. Vaste programme, et des plus délicats…! Ceci dit, en s’inscrivant dans la lignée patronymique de son album baptisé « G I R L », Pharrell a déjà le mérite de faire preuve de cohérence. Mais bizarrement en découvrant l’exposition, je n’ai pas vraiment l’impression que les femmes soient au cœur du propos : elles m’apparaissent davantage en support qu’en véritable sujet. D’autant que Pharrell ne recule pas quand il s’agit de faire preuve de narcissisme voire de mégalomanie, à l’image de cette sculpture faite de résine et de verre brisé que Daniel Arsham a tout spécialement concocté pour l’occasion et qui semble nous murmurer « Pharrell, ce Dieu tout puissant ».

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En s’auto-adulant, l’apprenti-commissaire nous fait vite perdre le fil de l’exposition qui s’apparente davantage à une accumulation de grosses pointures de l’art qu’à un véritable dialogue créatif. Bien sur, l’exposition reste très premier degré et n’entend pas révolutionner nos idées sur le féminisme. Si vous recherchez quelque chose de plus sensible et profond, filez voir Chen Zhen avant le 07 juin dans l’espace principal de la Galerie au 76 rue de Turenne. Ici, les œuvres doivent être prises sur le ton de l’humour, comme ce « savoureux » cliché de Terry Richardson qui, en phase avec sa réputation sulfureuse, dévoile un sexe féminin orné au trois quart d’une friandise portant la mention « eat me ». Tout un poème…

Terry Richardson, Eat me

foto 2 alex katz

Mais elles sont parfois aussi un peu plates comme ce nu sans intérêt de Alex Katz, artiste que j’admire pourtant profondément. Il semblerait que la déception fasse aussi partie des émotions artistiques.

Sur les 37 artistes représentés, 18 sont des femmes, de quoi presque contenter les inconditionnels de la parité ! Les Guerillas Girls clin d’oeil à l’exposition « elles@centrepompidou » ouvrent le bal, s’en suit Cindy Sherman désarmante de simplicité ou encore Aya Takano, fidèle du crew Perrotin dont l’univers manga touche par sa charge érotique innocente. Les références sont là mais la magie ne s’opère pas instantanément. Heureusement, l’exposition finit à mon sens en beauté. Car si elle fait la part belle dans sa majorité au clinquant et au bling-bling, la dernière salle qui réunit entre autres, Sophie Calle, Germaine Richier, Prune Nourry et Paola Pivi, rehausse enfin le ton et apporte de la substance à cette vaste machinerie commerciale.

Devant la frénésie aveuglante du marché de l’art et de façon plus générale de l’industrie du luxe, chacun est libre en effet de défendre sa propre esthétique et son sens critique… sans oublier de se laisser guider par l’essentiel : l’émotion.

Vue Girl

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